Franchir la barrière conceptuelle

S’affranchir de l’esprit,
nous rencontrer sans passer par lui, sans intermédiaire.

On ne trouve pas l’éveil en sortant de l’illusion. On le trouve en comprenant que celle-ci est vide.

« Être comme le nouveau-né ». Peut-être que je ne devrais pas l’expliquer ainsi, car nous pouvons, depuis notre esprit conceptuel, tenter d’imaginer ce que c’est, au lieu de nous retrouver directement dans la fraîcheur de l’enfant qui ne nous a jamais quittés.

Tant que nous essayons de comprendre depuis notre esprit conceptuel, nous maintenons cet esprit, nous maintenons un « second » qui veut comprendre. La Réalisation est spirituelle, elle n’est pas conceptuelle.

Au début, nous voulons trouver le réel dans le rêve, puis nous comprenons que c’est le réel qui porte le rêve. Le rêve nous masque le réel et gagne ainsi sa « propre force ».
L’homme s’invente des concepts et se met en quête d’eux. Il se met en quête de Dieu, d’éveil et de tout un tas de notions qui viennent de lui, mais il ne se connaît pas, il ne se met pas en quête de lui-même.

Se reconnaître en « Soi », n’est pas se reconnaître en « Moi » avec toutes ses histoires. La sagesse, c’est de se relier à sa propre clarté. L’ignorance, c’est de se relier aux concepts qui en émergent. Se relier à l’eau, c’est la boire et s’étancher. Se relier à ses reflets, c’est s’hypnotiser et rêver.

Prendre refuge dans le « réel » et non dans notre esprit. Pourquoi continuer à chercher dans l’esprit ce qui ne s’y trouve pas ? Heureux ceux qui ont l’esprit vide.

“Être avant”, en l’état initial, présent de lui-même

Se reconnaître en la clarté immuable, inaltérable.

Si nous pensons qu’il y a une Vérité, un absolu, alors, cette Vérité est déjà vraie, cet absolu, déjà ici. Paradoxalement, quand nous parlons de « chemin spirituel », cela signifie que nous nous employons à cheminer vers une Vérité, vers un but qui n’est pas accessible ici et maintenant.

Prendre en compte ce qui est déjà là ; « nous Sommes », avant de faire, de tenter quoi que ce soit. Nous ne pouvons pas devenir ce que « nous Sommes ». Il est vain de méditer pour cela. Méditer pour cela, c’est se détourner de ce que « nous Sommes », c’est d’emblée le nier.

Comprendre l’omniprésence de « l’Être ».

Nous disons : je suis heureux, je suis malade, je suis triste, je suis riche, je suis bête… Le dénominateur commun à tous ces états, c’est « l’Être » qui les endosse. Celui qui porte ces états ne varie pas, il est constant, il est libre des états eux-mêmes, sinon, il n’en changerait pas. Il serait condamné à un même et unique état. Regardez comment « l’Être » est déjà avant tout ce que vous entreprenez, durant tout ce que vous essayez de faire et encore là après.

Ce qui est révolutionnaire, c’est de réaliser que la « solution » ou le « but » est avant tout questionnement, toute recherche. Cela a pour effet de squeezer en nous toute velléité, tout espoir et toute crainte. La Vérité est déjà ici, et s’adonner encore à une quelconque recherche, c’est tout simplement la nier, l’éviter.

Ce que nous sommes est sans jeu et libre de toute manipulation. Aussi, toute notre capacité d’entreprendre et d’agir ne nous sert à rien. La vérité s’offre et rien n’a le pouvoir de s’y opposer, de s’immiscer en son dessein. C’est comme si nous voulions « commercer » avec la générosité ou « faire » du naturel. C’est vain !

Si la vérité est là, comment pourrions-nous ne pas la voir ? Il y a ici une simplicité qui n’est pas reçue ou acceptée. C’est comme si la paix était déjà faite, que la guerre était terminée, mais que nous ne parvenions pas à lâcher nos armes. Nous sommes tellement habitués à nous emparer ou à nous dessaisir de tout, que nous ne savons plus exister sans cela.

Moi seul crée un problème. Moi seul pose un doute, pose un jugement vide en nature, car, de problème, il n’y en a pas, il n’y en aura jamais. Ils ne peuvent être que des chimères.

Ce que nous sommes en nature ne peut pas changer.

Pour commencer, je crée un problème, l’idée que quelque chose pourrait aller mal. Ensuite, je me sens affecté par ce constat. Je souffre et je veux remédier à cette situation.

N’est-ce pas ma propre voix que j’écoute, mon propre discours que je me sers ? C’est moi qui parle et c’est moi qui écoute.

Émettre une idée ne me change pas. Les idées viennent de nous, mais pas l’inverse.

Ne demeurant pas chez nous, nous nous retrouvons dans l’ignorance de « celui » que nous sommes. L’aspect qui cherche est l’aspect qui ignore. L’illusion ne tient que par l’illusion. Si l’esprit tourne, à nous de pas tourner avec lui. Nous sommes comme l’axe fixe autour duquel la roue tourne. C’est seulement du point de vue de l’esprit que l’éveil n’est pas possible maintenant. Cesser de gérer son ignorance, de se laisser contrôler par l’esprit. Décider d’atterrir, de détendre le doute. Nous « Sommes » maintenant et cela ne change pas. C’est uniquement dans notre esprit que cela change.

Nous devons nous « rapprocher » de nous comme d’un mur sur lequel se projette notre ombre, afin qu’il n’y ait plus de place pour aucune de nos projections mentales. Il nous faudra alors identifier « le doute » d’y parvenir comme l’ultime distance, l’ultime projection qui nous prive de nous, de Soi.

Le repos de “ce” qui nous porte

Rejoindre la Paix naturelle,
le repos de « Ce » qui reste et se perpétue.

Celui qui sait qui il Est, sait en quoi reposer et n’a pas peur de s’y abandonner.

Pour notre développement spirituel, nombre de traditions nous exhortent à l’attention. Mais dans « attention », n’y a-t-il pas la notion de « tension » ?
Quelle paix, quel repos véritable pourrons-nous trouver alors ?
Nous n’avons pas à imposer un effort de paix à notre cœur, mais plutôt à recevoir la Paix naturelle qui en découle. Le seul effort qui est requis, c’est une détente confiante. Sans effort le cœur bat dans notre poitrine, de même il nous délivre les splendeurs de la vie, il nous inonde de sa paix et de sa bonté.

Ici, laissez toute lutte, laissez tout combat.
« Soyez » simplement.
Accueillez-vous, tout comme la vie vous accueille, maintenant, sans condition, dans cet espace, dans le souffle nouveau qui vous respire.
Venez de la Paix, n’y allez pas !
Détendez-vous…
Connaissez votre Paix…
Laissez-la vous trouver…
Prenez appui sur « ce » qui reste et demeure,
« ce » qui est vrai et qui vous porte depuis toujours.

Ne pas tenter de maintenir la présence à Soi, mais réaliser la présence inconditionnelle de Soi. Celui ou celle qui maintient quelque chose par une « pratique » se détourne de « ce » qui tient de lui-même, se détourne de la Vie.
Le retour à la distraction est notre justification à la discipline du « maintien ». Nous ne voulons pas voir comment la distraction est notre choix, qu’elle n’a rien d’une fatalité. Le vivant, lui, n’est pas distrait, car le propre de la vie, c’est la Vie.

Toute tentative, toute stratégie de « pratique » est un acte de reniement à l’égard de Soi, de notre nature. C’est vouloir en faire une chose optionnelle, plus ou moins présente et sur laquelle on peut intervenir, alors qu’elle est absolue, qu’elle est le fondement inhérent à toute entreprise.

Le « non-effort », cela ne signifie pas adopter une attitude oisive et minimaliste, mais ne pas se réfugier dans la compensation et le « faire ».
Il ne s’agit pas de « ne pas faire » pour « ne rien faire », mais décider de nous relier à « celui » que nous sommes « avant », indépendamment de toute activité.
Si nous comprenons la gratuité de l’existence, nous recevons naturellement l’autorisation, la permission d’être ici, simplement, sans besoin de justification, sans éprouver de culpabilité.
Nous pouvons « Être » en toute simplicité et goûter la paix, le repos, la quiétude de celui qui se sent chez lui.

Le créateur n’est pas sa création. Plus nous admettons cela, plus il est simple de se retrouver, d’être soi-même. Nous sommes simplement celui que nous sommes. De suivre notre discours ne nous permet pas de le réaliser. Cela ne fait que nous maintenir à périphérie de l’Être.
Se reconnaître en soi, nous affranchit de toute recherche de soi, de toutes les stratégies et théories que nous élaborons dans ce but.
« Connais-toi toi-même » ne veut pas dire qu’il nous faut suive des méthodes ou des pratiques pour se connaître. Cela signifie se connaître en soi directement, car c’est seulement soi qui peut manquer à soi. Toute élaboration ou production venant de soi n’est pas soi. Il n’y a pas à stabiliser quoi que ce soit, mais à constater que nous n’avons pas bougé.