Être “Soi”

Nos percées sont ridicules, car d’écarter nos bras n’ouvre pas le ciel.
La liberté à laquelle nous aspirons est bien plus grande et généreuse
que tous nos efforts laborieux en vue de l’atteindre. Nous tentons de nous défaire d’une illusion qui n’est pas nous, et d’atteindre une nature dont nous n’avons jamais été séparé.

À travers l’illusion, nous « jouons » au point d’être pris dans un jeu, dans une histoire. Cependant, il n’y a là aucune fatalité. Dès que nous sommes honnêtes, ou vrais, l’histoire perd sa solidité et son pouvoir d’enfermement. Cette histoire, c’est la nôtre. Elle vient de nous, ce n’est pas l’inverse.
Dans ce contexte, être honnête, signifie être « Soi », assumer « Soi ».
C’est bien plus que « l’honnêteté » qui désigne une vertu dans l’illusion.

Dans la question

Regardez-“moi”

Je suis la Réponse, l’origine de tout.

À travers le questionnement ou la question,

nous regardons l’espace de la pensée.

Cependant, généralement, nous ignorons cet espace.

Nous ne retenons seulement que ce qui se manifeste en lui.

Ombre & Lumière

« Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? » (Luc 24,5)

Ne cherchez pas dans votre esprit, dans vos pensées,
ce qui ne s’y trouve pas.
Nous sommes avant la pensée.
Celles-ci nous traversent, mais elles ne demeurent pas.
Si vous voulez vous connaître, ne les suivez pas.
N’entrez pas dans le jeu conceptuel.
Nous sommes bien plus que toute pensée, que toute formulation.
Nous sommes le « réel » libre de tout mot.
Nous sommes la source qui permet toute expression et toute créativité.
Nous sommes l’espace indéfinissable, la présence vive, la lumière d’où provient le rêve.
Ne cherchez pas dans le rêve « ce » qui en est l’origine.
Dans le monde du rêve, nous ne trouvons que du rêve.
La pensée n’engendre que de la pensée.
Ne vous cherchez pas dans votre reflet.
Comment comprendre l’infini par le fini ?
Regardez en vous, mais ne soyez pas bloqués par « ce » qui vient de vous.
Ne regardez pas pour chercher, pour trouver, pour comprendre.
Regardez, parce que « ça regarde » naturellement.

“Avec nos pensées, nous bâtissons le monde” (Bouddha)

Difficile au poing de trouver la main.
Difficile à la colère de rencontrer la paix.

Tant que nous essayons de nous connaître, de comprendre la vérité depuis notre esprit, nous n’obtiendrons qu’une connaissance intellectuelle et conceptuelle. L’éveil provient d’une connaissance directe, qui ne passe pas par le mental. C’est la raison pour laquelle on parle d’éveil et de libération. Ce n’est pas une fruition de l’intellect, pas une théorie, pas une image, mais une immersion totale en la Nature qui nous laisse sans voix.
Est-ce possible ou pas ? Plus tôt nous cessons de donner suite aux interrogations mentales, plus tôt nous permettons à cette vue directe de nous rejoindre. Il suffit de se taire pour entendre le silence. Parler du silence n’est pas le silence. Cependant, il est probable qu’il nous faille passer pas cette étape pour nous convaincre de son inutilité.

Plus nous détendons le poing et plus nous réalisons la main, ou la main se réalise. Ce n’est pas le poing qui peut comprendre. Le poing ne cherche qu’à se prouver qu’il existe, il ne cherche que sa justification. Ainsi, il se prolonge. Ainsi, il dissimule sa vérité tout en prétendant la rechercher. Sans la main, le poing n’est rien. La main précède le poing, mais le poing l’ignore et la recherche après lui. Il l’espère comme venant de lui.

Si, dès à présent, nous regardons en nous, nous regardons en notre Être plus qu’en notre esprit, nous pouvons contacter une présence simple ; la Nature qui sous-tend tout.
Ici, il n’y a pas de mot, pas de théorie, pas de concept, mais une clarté vive et cognitive. Elle n’est pas une déduction, une conséquence, mais surgit d’elle-même spontanément. Elle est originelle. Elle est la lumière qui permet tous les cinémas. Elle est pareille à l’argile qui se modèle à l’infini.

Si nous brisons un vase, nous retrouvons la terre qui le constituait. Cependant, il n’est pas nécessaire de le briser pour que la terre soit là. Le vase est terre, la terre est le vase. La terre n’a pas changé, elle n’est pas devenue autre chose dans la forme. Vérité relative et vérité absolue sont liées, sont Un. Cependant, l’une d’elles ignore l’autre. Elle se croit « autre ».
Nous sommes, soit dans la logique du poing et cherchons la main, soit dans la vérité de la main et nous sommes Un.