Demain n’arrivera jamais

Regardez le ciel, regardez les arbres, regardez les gens qui passent et tout ce qui vous entoure. Tout cela se donne à nos yeux et à tous nos sens. Si tout cela s’offre autant extérieurement, alors, combien plus encore la vérité et la vie s’offrent en nous et en notre cœur !
Nous n’avons pas à « dealer » avec la vie et avec nous-même à travers des méthodes ou des pratiques infructueuses, avec de belles promesses qui remettent à plus tard et nous gardent dans l’ignorance de ce qui s’offre maintenant dans la gratuité et l’abondance.
La vie, le vivant, est don absolu et incessant. L’éclat de cette réalisation rend bien fade tous les objets matériels et immatériels, les plaisirs relatifs, derrière lesquels nous courons indéfiniment. Nous misons sur demain, mais demain n’arrivera jamais. Il est tel l’horizon que l’on ne peut atteindre. Nous sommes « ici », toute notre vie est ici. Les jours et les nuits n’ont pas le pouvoir de fractionner l’instant présent, l’instant de vie.
Je ne dis pas que nous ne devons pas espérer et faire que nos existences s’améliorent. Je dis qu’il y a un éclat de vie, un éclat en « Soi », qui nous illumine, qui nous anime, ici, indépendamment des circonstances bonnes ou mauvaises que nous traversons. C’est un luxe, une extravagance de penser que nous avons du temps, et qu’il nous faut d’abord réaliser nos idées et nos rêves afin d’être heureux. La Vie ne sera pas plus vivante demain. La Vérité ne sera pas plus vraie non plus. Le vrai bonheur, le contentement, ne résulte pas de conditions. Mais, au contraire, de voir qu’il en est libre. Il est dans l’actualisation et la présence vive. Il est dans « ce qui est » déjà. Il ne dépend pas de « ce que l’on a », ni de « ce que l’on n’a pas ».

« Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs percent et cambriolent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel : là, point de mite ni de ver qui consument, point de voleurs qui perforent et cambriolent. »(JC Mat 6, 19)

Se chercher dans son propre reflet

Nous sommes dans une illusion qui ne « marche pas », qui demeure insatisfaisante. Pourtant, nous la défendons. Nous tentons de la justifier en argumentant et en nous faisant son avocat. C’est à croire que la finalité de l’illusion soit juste sa propre « survie » et de se prouver sa réalité. Nous ne comprenons pas qu’en nous entêtant ainsi, nous gaspillons nos forces au profit d’une chimère ; notre propre création. Aussi, soit nous continuons de donner vie à notre rêve incertain et nous nous loupons, soit nous comprenons que ce rêve n’est qu’une ombre vide, la nôtre, et que c’est nous-mêmes finalement que nous tentons d’attraper dans notre reflet. Cependant, plutôt que de nous chercher dans un reflet, il est plus simple de nous retrouver en « celui » qui en est à l’origine, avant toute réflexion.