La vision nue

Il y a une nature, une présence première, qui reste première. Quoi que l’on fasse, quoi que l’on manipule, elle reste première. Ce n’est donc pas une manipulation qui va faire qu’elle le devienne, puisqu’elle est déjà première. Ce n’est pas non plus une manipulation qui va faire qu’elle ne le soit plus, puisque sans cette primauté il n’y a rien à manipuler.

Si nous prenons une feuille de papier et que nous la manipulons ; elle reste du papier. Par exemple, nous pouvons en faire une boulette, une cocotte, un bateau, une fusée, etc. Que nous construisions, que nous détruisions, ce n’est que du papier qui ne devient pas “autre chose”.

La vision nue est un “Voir” direct. C’est “Voir” le papier, “Voir” la continuité de la Nature dans toutes ses formes. Aussi, ce n’est pas une manipulation, qui va nous le révéler. C’est ce Voir spontané, fidèle, honnête, qui nous ouvre à cette unité fondamentale. Nous demeurons indifférenciés par-delà les changements et les formes successives. Il y a un regard “héroïque”, originel, autosurgissant, qui ne connaît pas de “second” dans lequel s’oublier, s’impliquer et s’illusionner.

Inspiré par le texte “Autolibération par la vision nue de la nature de l’esprit” de Padmashambava

Le mythe d'une séparation

Pour moi, il est important de dire et de redire ce que nous “sommes” et “là”, où nous sommes. Sinon, je m’adresse à une croyance et donne ainsi du crédit à ce qui n’est pas. L’une des choses les plus dévastatrices et irréversibles qui m’a frappé lors de la réalisation, a été de constater que, aussi loin remontait ma mémoire, j’avais toujours été ici, dans cet instant vivant, dans ce monde. C’est uniquement dans mon récit, dans le mental et ma logique conceptuelle, que j’avais “bougé”.

Quelle blague ! Malgré toutes nos entreprises, tous nos déplacements, nos gesticulations, nos gloires et nos échecs… Jamais, nous ne quittons la Présence. Nous demeurons ici, dans cet instant, au cœur du monde. Comment pouvons-nous croire le contraire ?

Comment dans ma recherche, tous ces maîtres que j’avais rencontrés et suivi l’enseignement m’avaient, nous avaient, laissé croire que nous étions ailleurs et séparés ? Quel était donc leur éveil, puisque eux aussi donnaient foi à un ailleurs et à la pratique d’un chemin pour “revenir” ? Bien que des textes bouddhistes affirment cette vérité absolue et immuable, dans les faits cela reste théorique. Il semble qu’à notre “niveau”, celle-ci ne sera possible que sous certaines “conditions”, plus tard dans un “autre temps” !?

Comme je l’ai déjà dit, il n’est pas nécessaire de prolonger le rêve, ni de le changer, ni de le finir, pour se réveiller. Cela revient à reprendre des somnifères. Il y a “ce que nous sommes” et “ce qui nous arrive”. Il y a l’océan et il y a les vagues. La Nature absolue ne dépend pas du relatif. Elle l’est déjà, et demeure ABSOLUE. Elle EST spontanément.

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Note : Quoi qu’il en soit, là, maintenant, n’êtes-vous pas “ici”, en vérité “ici” ?

En aucune façon nous ne bougeons d’ici, de la Présence. Aussi, nous devrions nous détendre… cela n’arrivera jamais !

Nous ne partons et ne revenons qu’en pensée et en rêve.

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Être son propre obstacle

S’éveiller c’est revenir chez soi. Je devrais dire : se “retrouver” chez soi. L’instant d’avant, nous étions encore dans une histoire. Nous étions identifiés à nos idées, à nos théories…

“Cela qui est” ne dépend pas de la pensée. Le réaliser entièrement nous fait passer de la forme au fond, du “poing à la main”. Se mettre en “live” permet d’entreprendre ce “passage”. Nous pouvons faire des interruptions dans notre histoire. Cependant, ce qui nous libère réellement, c’est de voir et de reconnaître que la forme qui nous retient n’est que notre création. L’histoire en laquelle nous croyons n’a pas de solidité. Elle est comme un mythe. Elle est une représentation mentale, un discours que l’on se raconte. Nul autre que nous-même ne nous retient. Il est difficile de concevoir que nous puissions être à la fois geôliers et prisonniers.

En “cela qui est”, nous sommes ici, dans cet instant, nulle part ailleurs, ni dans une quelconque construction de l’esprit.

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Note : Bien sûr, le but n’est pas de s’accabler. Il est au contraire de réaliser la bonne nouvelle que véhicule cette information. Si nous sommes notre propre obstacle, alors, il nous appartient de cesser de l’être.

Il n’y a pas d’excuses à trouver, puisque cela ne provient pas de “l’extérieur”. Nous n’avons pas, non plus, à nous battre contre l’un de nos aspects “rebelle” ou “négative”. Ce que nous considérons comme négatif n’est pas “autre” et prend place dans la vérité. Par-delà les apparences et les jugements, nous demeurons dans une unicité où il n’y a jamais eu deux. Ce n’est que dans notre regard illusionné que cela à pris forme.

Toute notion de séparation et de division n’a toujours été que symbolique. Sur l’Ouverture, nous projetons ces visions antagonistes soutenues par un discours diviseur ou rassembleur. Elles n’ont jamais eu d’autre “réalité” que celle issue de la croyance que nous leur prêtons.

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