Ne pas en reprendre

Certains pensent qu’avec le temps, l’éveil finira par leur tomber dessus, comme “tout cuit dans le bec”. Cela arrive dans certains cas, mais c’est assez exceptionnel.

J’ai plutôt envie de dire que, si l’éveil et la libération ne sont pas en haut sur la liste de nos priorités, ils ne se produiront pas.

Lorsque l’on est en addiction, on ne lâche pas le morceau comme ça. Sortir de nos croyances réclame certains efforts, de l’endurance, de la persévérance, du courage… Il y a des rechutes, des passages à vide… Probablement que nous avons une formidable compréhension, une expérience des pièges que l’on rencontre tout au long de la quête. Cependant, si nous ne lâchons pas certains automatismes, certaines habitudes illusoires, aucun changement radical ne prendra place. Nous resterons coincés “entre deux chaises”. Cela peut durer longtemps.

Nous aimons dire qu’il n’y a “rien à faire” pour s’éveiller. C’est vrai, l’éveil se manifeste de lui-même. Toutefois, il s’agit de le permettre, afin de passer de la connaissance à l’évidence. Si nous continuons de “consommer” l’illusion, “d’en faire”, nous ne parviendrons pas à reconnaître, à réaliser l’autolibération, la Vérité spontanée. Tant que nous agitons l’eau, elle s’agite… sa nature absolue ne nous apparaît pas. Notre effort dans ce cas ne porte pas sur l’éveil, mais sur l’irrépressible envie de s’impliquer dans l’illusion.

La façon simple de se désintoxiquer, c’est de “ne pas en reprendre” et ce, jusqu’à en être libre.

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Note : Je suis convaincu que nombre d’entre vous ont une bonne compréhension, et pour certains, la reconnaissance de leur Nature. À présent, sommes-nous libres dans les faits ? Notre réalisation doit également se traduire dans l’action. Parce que notre illusion s’est propagée sur un plan trivial, c’est au cœur de la trivialité qu’il est nécessaire de libérer. Je conviens qu’il est possible de se libérer sur un seul déclic. Il existe des témoignages. Mais, la plupart du temps, notre addiction est tenace, elle s’est enkystée et nous devons nous y reprendre à plusieurs fois. 

Si vous vous arrêtez la première fois, vous n’aurez pas besoin d’une seconde fois. Si vous le faites la seconde, vous n’aurez pas besoin de la troisième… Cela se fera progressivement en fonction de la “solidité” de vos croyances et de votre détermination. Finalement, dans le fait de “s’arrêter”, nous n’atteignons rien de nouveau. Nous ne faisons que permettre un “état ordinaire”, ou l’expression naturelle de ce qui Est fondamentalement. C’est parce que vous re-vivrez le caractère immuable et parfait de votre Nature que s’imposera la réalisation, étant donné qu’il n’y a jamais rien eu d’autre.

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Note II : “Le beurre et l’argent du beurre”, on en revient à cette formule.

Nous aimons penser que si l’absolu englobe notre relatif, c’est bon, nous pouvons le garder comme il est. La seule chose, c’est qu’en agissant de la sorte, c’est le relatif, la vision étroite de l’absolu que nous continuons de vivre dans les faits. La “solidité” de notre illusion demeure intacte. Notre avancée consiste à nous satisfaire seulement d’une potentialité. Sinon, nous expérimenterions la liberté. Nous irions “au-dehors”, plutôt que de préférer notre vieille prison. Il est possible d’être libre dans sa prison. Cependant, si celle-ci est notre création, pourquoi à nouveau la recréer ? Pourquoi s’y enfermer ?

Toutes nos considérations dans l’illusion ont aussi la nature de l’illusion. C’est comme si c’était toujours l’illusion qui donnait la réponse. Bien sûr, c’est aussi l’illusion qui pose les questions, mais là, ça semble plus normal. Lorsque l’on vit l’impersonnalité, ça n’a rien a voir avec le costume, avec le théâtre et le jeu. Nous passons sur une autre dimension. Nous devenons le céleste plus que le terrestre. Nous réalisons que le bonheur réside en le Ciel (le Royaume), bien plus qu’en tous les objets qui s’y trouvent. Toutes ces choses, en fait, n’ont jamais fait que nous le montrer. La saveur du Bonheur céleste rend les bonheurs terrestres bien fades, pareils à de simples reflets. Aussi, leur attrait s’épuise de lui-même.

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L’image de Soi

…Ce n’est pas Soi.

Nous pouvons nous perdre dans nos idées, mais jamais nous écarter, nous perdre de “Soi”.

Dans toutes nos pertes, “Soi” est là. Il ne se perd pas.

Lecture des signes

Par moment, il y a des vents qui nous agitent à travers la pensée et les émotions. Pourtant, ceux-ci ne peuvent réellement remettre en cause notre stabilité fondamentale. “Quand le drapeau s’agite dans le vent, il ne bouge pas.”(*) Il ne s’écarte pas de sa nature de drapeau. Il conserve son identité. Il ne devient pas “autre chose”.  Ces manifestations, ces expressions, bonnes ou mauvaises, attestent l’Être qui se trouve à l’origine. Elles ne peuvent en aucun cas le remettre en cause. N’y voyez pas une menace, mais, au contraire, une confirmation.

* Koan zen

(Le mouvement au sein de l’immuable, chapitre 4, page 46)

Le point zéro

Nous y sommes lorsque ce que nous définissons comme “rien” ou “vide” nous convient, que cela est suffisant. Enfin de compte, nous le reconnaissons comme notre propre espace.

Le point zéro, c’est généralement l’état que l’on évite, car il nous fait “flipper”. Pourtant, malgré toutes nos précautions à l’esquiver, nous finissons par tomber dessus. En gardant une certaine ouverture, il se pourrait que ce “temps mort”, tant redouté, nous apparaisse sous un jour nouveau.

Supposons que nous assistions à une projection et que le film casse. Nous serions alors plongés dans l’obscurité. Nous voici interrompus, privés de tout spectacle. Aussi, la tentation de réagir et de contester cette situation serait grande. Toutefois, par-delà notre déception, nous pourrions aussi réaliser que ce “rien” dans lequel nous sommes ne nous rejette pas. Au contraire, il semble mettre en évidence un “espace”, une “ouverture”, une “continuité”, un “autre temps”… Finalement, nous pourrions trouver ici l’occasion d’expérimenter, de rencontrer, la Présence que nous Sommes au milieu de la Nature absolue.

Frontière de l'illusion, frontière de l'éveil

Il ne s’agit pas de gagner l’éveil, mais plutôt de “perdre” l’illusion. L’illusion nécessite constamment d’être entretenue pour “fonctionner”. C’est comme le cinéma qui, par l’enchaînement des plans, parvient à nous captiver, à donner du sens et à retenir notre attention. C’est le sentiment d’ennui qui signe le déclin de cette emprise. Dans la vie, nous avons l’art d’esquiver cette sensation redoutée. Nous détenons une certaine aptitude à relancer notre cinéma, nous agitant et rebondissant dès qu’il ralentit. Continuer la lecture de « Frontière de l'illusion, frontière de l'éveil »

Laisser le gain, laisser la perte

Difficile de faire cohabiter lumière et obscurité.

Bien souvent, c’est au cœur de l’échec et la perte que nous trouvons la vérité.

Ainsi, il nous faut laisser toute illusion, oublier tout espoir, tout désespoir pour pouvoir rencontrer l’éveil.

Alors, par-delà le gain et la perte, l’espoir et le doute, s’impose la vérité de “ce qui Est”.

Le don du cœur

Tout va bien…

Ici, dans cet instant, l’espace nous accueille infiniment…

infiniment…

Le cœur envisage, il ne juge pas.

Lorsque ça va bien, il redouble de joie.

Lorsque ça va mal, il nous console et nous révèle toute sa grandeur.

Il nous aime davantage.