De forme en forme

Quoi que nous pensons de nous, positif ou négatif, en termes d’aptitude ou d’inaptitude, nous “Sommes” et conservons notre appartenance à la vérité. Depuis notre confusion, ce n’est pas un “état” ou une “compréhension” que nous devons atteindre, mais Voir et vivre la Nature de ce que nous sommes. Les compréhensions et les états que nous pouvons gagner sont aussi ceux que nous pouvons perdre. La vérité de la Nature renferme tous les états, manifestés et non manifestés. Si tout état est vrai en Nature, il est superflu d’en changer pour réaliser la Nature. Il en ressort la vanité d’un but et d’une recherche, qui nous ouvre à l’évidence et à une vacance naturelle.

(les commentaires ne sont pas ouverts pour cet article)

Nature constante et immuable

Fragmenté en mille morceaux, le miroir reste un miroir dans chacun des morceaux.
Par identification, nous donnons de l’importance et une préférence aux “formes” relatives et changeantes, alors que c’est dans le “fond” que réside la Nature constante et immuable.

[quote align= »left » color= »#999999″]
Note : À la source de toute manifestation, il y a un éclat premier, une ouverture, une qualité spacieuse et indicible. Cela est direct et constant. Cela ne résulte pas d’un “faire”.
L’illusion que nous connaissons vient de retenir ce qui s’élève dans cette ouverture et d’oublier cet éclat qui le rend possible.
Cela est comparable au fait de se focaliser sur le jeu des reflets et d’oublier l’eau sur laquelle ils apparaissent.
S’il y a reflet, cela signifie qu’obligatoirement il y a eau ; la nature qui les rend possibles.
C’est à travers une détente que nous passons de “l’expression” à la “source”, de nos “états” d’esprit à leur “nature”.
En relâchant l’attraction, en oubliant la logique conceptuelle et ses enjeux, nous permettons que s’ouvre notre regard à la vue spontanée et illimitée.
[/quote]

La vision nue

Il y a une nature, une présence première, qui reste première. Quoi que l’on fasse, quoi que l’on manipule, elle reste première. Ce n’est donc pas une manipulation qui va faire qu’elle le devienne, puisqu’elle est déjà première. Ce n’est pas non plus une manipulation qui va faire qu’elle ne le soit plus, puisque sans cette primauté il n’y a rien à manipuler.

Si nous prenons une feuille de papier et que nous la manipulons ; elle reste du papier. Par exemple, nous pouvons en faire une boulette, une cocotte, un bateau, une fusée, etc. Que nous construisions, que nous détruisions, ce n’est que du papier qui ne devient pas “autre chose”.

La vision nue est un “Voir” direct. C’est “Voir” le papier, “Voir” la continuité de la Nature dans toutes ses formes. Aussi, ce n’est pas une manipulation, qui va nous le révéler. C’est ce Voir spontané, fidèle, honnête, qui nous ouvre à cette unité fondamentale. Nous demeurons indifférenciés par-delà les changements et les formes successives. Il y a un regard “héroïque”, originel, autosurgissant, qui ne connaît pas de “second” dans lequel s’oublier, s’impliquer et s’illusionner.

Inspiré par le texte “Autolibération par la vision nue de la nature de l’esprit” de Padmashambava

Être son propre obstacle

S’éveiller c’est revenir chez soi. Je devrais dire : se “retrouver” chez soi. L’instant d’avant, nous étions encore dans une histoire. Nous étions identifiés à nos idées, à nos théories…

“Cela qui est” ne dépend pas de la pensée. Le réaliser entièrement nous fait passer de la forme au fond, du “poing à la main”. Se mettre en “live” permet d’entreprendre ce “passage”. Nous pouvons faire des interruptions dans notre histoire. Cependant, ce qui nous libère réellement, c’est de voir et de reconnaître que la forme qui nous retient n’est que notre création. L’histoire en laquelle nous croyons n’a pas de solidité. Elle est comme un mythe. Elle est une représentation mentale, un discours que l’on se raconte. Nul autre que nous-même ne nous retient. Il est difficile de concevoir que nous puissions être à la fois geôliers et prisonniers.

En “cela qui est”, nous sommes ici, dans cet instant, nulle part ailleurs, ni dans une quelconque construction de l’esprit.

[quote align= »left » color= »#999999″]

Note : Bien sûr, le but n’est pas de s’accabler. Il est au contraire de réaliser la bonne nouvelle que véhicule cette information. Si nous sommes notre propre obstacle, alors, il nous appartient de cesser de l’être.

Il n’y a pas d’excuses à trouver, puisque cela ne provient pas de “l’extérieur”. Nous n’avons pas, non plus, à nous battre contre l’un de nos aspects “rebelle” ou “négative”. Ce que nous considérons comme négatif n’est pas “autre” et prend place dans la vérité. Par-delà les apparences et les jugements, nous demeurons dans une unicité où il n’y a jamais eu deux. Ce n’est que dans notre regard illusionné que cela à pris forme.

Toute notion de séparation et de division n’a toujours été que symbolique. Sur l’Ouverture, nous projetons ces visions antagonistes soutenues par un discours diviseur ou rassembleur. Elles n’ont jamais eu d’autre “réalité” que celle issue de la croyance que nous leur prêtons.

[/quote]

Trouver sans le chercheur

Ce que nous appelons quête spirituelle ne se déroule pas dans les investigations du mental. Curieusement, il ne s’agit pas d’investir le monde abstrait, mais de réaliser que le concret est de nature abstraite. Le ciel ne se situe pas au-dessus de nos têtes. Il est absolument partout. Aussi, il est vain de le rechercher ailleurs, ou dans un autre temps.

La forme recherche le fond. La vague recherche l’océan. Nous nous croyons différents, séparés, mais il n’en est rien. Tant que nous suivons l’esprit discursif et les projections mentales, nous demeurons en retrait du réel où nous sommes, auquel nous appartenons. Le mental nous “isole” dans une subjectivité, dans une individualité, dans un rêve éveillé, alors que nous sommes simplement ici, dans ce présent, dans une êtreté spontanée libre de tout conditionnement.

[quote align= »left » color= »#999999″]

Note : Il ne s’agit pas de se “maintenir”, mais de réaliser “cela” qui déjà nous porte. Le but n’est pas de devenir un expert, mais de reconnaître et de s’oublier en “cela” que nous sommes spontanément, indépendamment de toute volition. Si notre quête n’aboutit pas, c’est parce que nous continuons de nous investir dans le mental, comme tous les êtres qui s’illusionnent. Nous ne faisons qu’ajouter des idées, des projets spirituels à notre histoire. Dans les faits, nous continuons de nous détourner de la Présence, de l’êtreté, en maintenant notre bulle de rêve. Aussi, l’important n’est pas de chercher, mais de trouver. Arriver ici, arriver dans ce vivant, est un réveil à “ce qui Est”. C’est passer de “notre monde” “au monde”, celui de l’imaginaire et des théories au concret, au vivant. C’est être en “live”.

[/quote]

Être en vérité

Marquez votre appartenance en étant ici, chez vous, dans la Présence. En la présence vive la Lumière règne et dissout tous les cinémas mentaux. Le jeu duel n’a plus cours. Il n’y a plus d’histoire, de théorie avec “deux” ou un “second”. Il n’y a plus un dehors et un dedans, un haut et un bas, un vrai et un faux… Plus aucun concept ne prévaut. L’unité prime comme elle l’a toujours fait. Forme et fond, Terre et Ciel s’étreignent spontanément au sein d’un même espace clair et infini.

Soyez fidèles au Soi, à votre cœur, plutôt que d’être attachés à vos projections. À travers chacune d’elles, nous cultivons notre rêverie et le mythe d’une séparation. Nous prolongeons l’identification au personnage, qui à son tour se justifie par le biais de croyances.

Revenir chez soi, ce n’est pas changer de “film” ou le réécrire ; c’est oublier le cinéma pour nous retrouver à la maison. Aucun film ne comblera, ne compensera, ne remplacera, l’entièreté que nous ne vivons plus lorsque nous sommes dans l’ignorance, détournés de l’amour et de l’unicité de notre Nature.

[quote align= »left » color= »#999999″]Note : Si nous n’étions pas en divorce de nous-mêmes, si nous n’étions pas dans un jugement, dans notre propre disqualification, nous vivrions constamment dans la Présence. De par notre corps nous y sommes, mais à travers l’abstrait et les projections mentales nous éludons régulièrement le concret de notre incarnation. Au lieu d’être dans “le” monde, nous sommes dans “notre” monde.

C’est à travers le “live” et son actualisation que nous rejoignons la vérité de l’instant. Être ici, entièrement, sans atermoiements. Dès que nous lâchons notre cinéma, nous y sommes. Au départ, c’est comme une habitude qu’il nous faut inverser. Et puis, nous finissons par reconnaître notre fuite. Nous nous surprenons à choisir notre cinéma, notre interprétation du réel, plutôt que d’être en vérité. Nous réalisons qu’il n’y a ni victime, ni oppresseur, que nous seuls sommes à nous battre avec nos constructions, en proie à une vision duelle, à dédoublement schizophrénique.[/quote]

L'obstacle du doute

La réalisation n’est pas une “compréhension”. C’est davantage des retrouvailles qui se manifestent dans un contact à la fois du corps et de l’esprit. C’est un sentiment d’appartenance, qu’il est difficile de traduire par des mots. C’est pour cela qu’aucune compréhension intellectuelle n’est appropriée ou ne peut suffire. Lorsque l’on y a recours, cela démontre une inclination et un attachement à se projeter dans les vues de l’esprit.

S’éveiller c’est comme trouver son point d’équilibre. C’est l’équilibre dans le corps qui nous permet simplement de marcher. Je ne parle pas de devenir équilibriste. Toute personne en possession de ses moyens tient debout naturellement, sans faire d’effort. Illusionnés, c’est comme si nous ne pouvions nous passer d’une aide, d’une rambarde ou d’une béquille pour y parvenir.

Se laisser porter c’est ne plus faire de différenciation. C’est au contraire permettre que s’exprime l’homogénéité, l’appartenance. Souvenez-vous enfant, c’est le doute qui nous empêchait de tenir et de réussir à faire du vélo. C’est le doute qui nous empêchait de flotter et de nager sur l’eau… À chaque fois, à l’occasion d’une première fois, c’est le doute qui nous a paralysés et mis en échec. Quelle aptitude nous détenons pour nous disqualifier !

Apprendre à faire du vélo ou à nager n’exige pas un talent exceptionnel. Une fois que nous avons “pris le coup”, nous n’avons plus à nous en soucier. L’équilibre nous l’avions. C’est seulement la confiance qui nous faisait défaut. Nous parlons de “perdre” l’équilibre, mais ce n’est pas ainsi ; nous ne faisons qu’en sortir. L’équilibre fait partie de nous.

[quote align= »left » color= »#999999″]

Note : C’est notre personnage qui veut s’éveiller.

Tant qu’il espère que ça va lui arriver, tant qu’il s’en fait l’artisan, il va demeurer !

J’ai écrit quelque part : « n’allez pas vers l’éveil, vous en venez ! ».

Avant que le personnage se soucie de l’éveil, celui-ci est déjà là.

Le mental a seulement la force que nous lui donnons. Nous devons Voir et vivre, comment nous « Sommes », combien ça « Est », indépendamment de lui. Nous n’avons pas besoin du rôle pour exister. C’est bien de le savoir, mais il nous faut l’expérimenter concrètement afin de le valider.

Pour commencer, nous pouvons faire une pause afin de contacter cette qualité, cette identité naturelle et gratuite qui n’a pas besoin d’être jouée. Ainsi, dans la pause ou de pause en pause, nous trouvons la « vacance » … Laisser être … Voir ce qui reste… ce qui survit à tous nos « jeux », à tous nos « faires ». Plus nous goûtons, plus nous reconnaissons comment nous sommes portés ; plus nous nous lâchons… Le « poing » ne devient pas la « main », c’est la main qui se réalise en lui grâce à sa détente.

L’êtreté nous précède, la vérité précède tous nos mensonges. C’est elle qui ressent. C’est elle qui est continuellement bafouée dans l’illusion. Pour mentir, il faut une vérité. Paradoxalement, indirectement, chaque mensonge nous rappelle la vérité, nous la confirme !! Les mensonges ne remplacent pas la vérité, ils essaient de la cacher.

[/quote]

L'eau de la Présence

Comme vous le feriez sur l’eau, appuyez-vous sur l’ouverture de l’instant et laissez-vous flotter sur l’espace de la Présence.

C’est comme si nous n’étions pas vraiment arrivés ici, ou que nous n’étions pas entièrement engagés. Nous restons en retrait afin de nous protéger. Au lieu de nous éveiller et de vivre pleinement, nous demeurons dans un demi-sommeil. N’est-ce pas insatisfaisant de se tenir cachés derrière le mental, de continuer à se bercer d’histoires ?

Parce que nous n’épousons pas la Présence, nous ne la connaissons pas. Nous ne connaissons que les idées que nous avons d’elle. Parce que nous ne nous détendons pas, nous sommes encombrés de nous-mêmes. Si cela peut vous rassurer, comprenez que vous y êtes déjà. Ce n’est pas vous qui la prenez en charge, c’est elle qui vous porte depuis toujours. Mais cela, vous le Verrez, vous le vivrez concrètement, qu’au moment où vous aurez tout lâché.

Se prendre pour

La relation avec l’aspect illusionné

Le mental n’est pas “quelqu’un”, de même qu’il n’est pas “autre”. Il s’agit d’un outil, d’une fonction que nous détenons. C’est comme le miroir que nous utilisons pour nous apprêter. Le reflet qu’il nous renvoie est vide. Il en va de même pour notre personnage. Il ne s’agit que d’une idée. L’illusion, ce n’est qu’une idée qui se gêne elle-même, et qui décide de se mettre en quête d’une solution en recherchant la vérité. Mais de quoi parlons-nous ??? C’est aussi cette idée qui veut rester dans “l’observateur” et qui tente d’éviter de “s’impliquer”…  Cela paraît logique du fait de notre identification. Aussi, c’est l’écueil que nous devrions éviter afin de ne pas mettre l’illusion sur le chemin de l’éveil.  

Fondamentalement, il n’y a même pas besoin de défaire cette identification. Il ne s’agit que d’une IDENTIFICATION. “Se prendre pour…” ne fait pas qu’on le devient. Au contraire, parce que nous ne pouvons pas le devenir, il nous faut nous y investir en essayant encore et encore. Comme il m’est arrivé de le dire : “nous pratiquons l’illusion”. Plutôt que d’assumer notre nudité, nous nous habillons, nous nous masquons. Tous les matins nous revêtons notre “costume”. Si le rôle se manifeste, s’impose, c’est parce qu’il est joué, c’est parce qu’il est nourri. Il y a donc bien un corps, une Présence initiale qui est à l’origine de l’illusionnement. C’est pour cela que j’invite à nous découvrir “avant”, plutôt que de nous rechercher “après”. 

La vérité reste vraie. Elle s’accomplit d’elle-même.  

Devant nous, il n’y a jamais eu qu’un “miroir”. Il n’y a personne d’autre.

(billet en réponse à l’e-mail de Nordine et à celui de Sylvain)

L'idée secrète

L’éveil se fera sans vous, sans le “personnage” auquel vous vous identifiez. Il se fera sans lui, parce qu’il est déjà proclamé, déjà servi.

C’est bien parce que nous poursuivons nos idées sur lui, que la réalisation n’éclate pas. Parce que nous nourrissons un flot d’idées sur l’idée initiale d’un “je” que nous voudrions vrai.

Ce personnage ne tient que par un jeu, que par le discours que nous lui prêtons.

Intérieurement, qui parle à qui ?

Vous pouvez arrêter de parler, parce qu’il n’y a personne “d’autre” à qui parler.

Mais si vous voulez continuer de parler, parlez …

De toute façon, il n’y a personne d’autre.

[space height= »20″]

[quote align= »left » color= »#999999″]

Note : Dans la continuité de cette conversation, à laquelle Daniel fait allusion dans son dernier billet : Nous sommes FINIS !

“L’éveil se fera sans moi”, cela ne peut pas être un nouveau projet, mais la fin d’un rêve et d’une fuite en avant ! Tout ce que nous pensons qui ne colle pas dans notre vie, n’a rien à voir avec la vérité de cet instant, mais avec l’irréalité de notre personnage. La vérité est simplement vraie et qu’importent nos jugements de valeur. Cet “ici” est valable depuis toujours. Il n’exige pas que l’on y ajoute notre grain de sel. Achever l’histoire, vouloir s’en sortir, s’éveiller… voilà qui constitue encore un moteur d’espoir dans le jeu de l’illusion.

L’illusion n’a jamais été vraie, elle n’a donc pas besoin d’essayer de le devenir. Il ne s’agit que d’un jeu éphémère, d’un rôle que l’on déclame et qui s’évanouit dès que l’on se tait. C’est le souffle qui porte notre voix qui est vrai ! Wouf ! Ce monde va très bien sans nous (le rôle). Nous essayons de trouver des responsabilités qui justifient notre position, mais il n’y en a aucune. Voilà, la désillusion, la prise de conscience que nous redoutions. Nous avons fait tout cela pour une auto justification, pour avoir une raison d’être.

Cet instant que nous vivons ne nous réclame rien. Nous sommes déjà là. Heureux ou malheureux, éveillés ou endormis… il nous accueille spontanément. L’absolu n’est pas un point culminant. C’est la Nature vraie de toute chose. Indépendamment de toutes les formes qu’elle adopte, des enjeux qualitatifs et quantitatifs qu’on lui associe, elle demeure simplement, uniquement, la Nature absolue.

[/quote]