Que décidons-nous ?

Pourquoi ne s’éveille-t-on pas ? Parce que nous ne le décidons pas. Plus précisément, parce que, déjà, nous avons décidé du contraire en continuant de jouer un rôle, d’assumer un personnage, une représentation de nous qui n’est pas nous.

L’illusion n’a pas d’existence en tant que telle. C’est le fait de s’illusionner, de se raconter une histoire, qui nous laisse croire le contraire. La vérité est très simple, très concrète, très immédiate. Cependant, ce n’est pas ce que nous regardons et vivons. Ce que nous retenons ce sont nos idées, notre opinion de la vérité.

Au lieu de vivre la présence au monde, l’adhésion naturelle au “vivant”, à “cela qui Est”, nous nous projetons dans un discours, dans une bulle mentale où nos pensées conversent entre elles. Nous tournons sur nous-mêmes, suivons notre reflet. Dans cette dualité illusoire, rien d’autre, rien d’extérieur à nous n’est impliqué. La vérité elle-même n’est pas impliquée. C’est uniquement “cela” qui se croit existant dans une saisie, dans l’action de valider sa propre confirmation.

L'espace de l'instant

Quelle est la base depuis laquelle nous pouvons agir ? Cette base est le temps présent, l’espace dans lequel nous sommes.

Nous avons cette idée de “l’instant présent” comme une chose subtile et difficile à saisir. En réalité, il s’agit d’une Ouverture infinie en laquelle nous sommes en permanence.

À travers la pensée, la parole, nos actions, nous avons le sentiment d’aller et venir, d’une absence et d’une présence, alors que toutes ces expressions ne sont qu’un enchaînement de mouvements dans l’espace. Tel un danseur, à différents niveaux, nous bougeons, nous nous déployons en son sein sans que cela ne le modifie un tant soit peu.

Sans l’Ouverture primordiale, aucune expression ne serait possible. Parce que nous choisissons de retenir notre création et d’oublier la Nature et l’Ouverture qui la rend possible, nous développons l’idée et l’impression d’un manque, d’une séparation. Il en résulte que l’idée prend appui sur l’idée, le mouvement prend appui sur le mouvement, sans plus que soit reconnu et vécu la Nature, l’Ouverture originelle, l’instant présent.

Nature de l'illusion

À quoi nous éveillons-nous ? À la vérité ! Et la vérité est déjà là. C’est pour cela que l’on parle d’une “illusion” : illusion de la séparation, illusion de la dualité… À travers l’esprit conceptuel, il est facile de concevoir et d’appliquer notre propre grille de lecture du monde. S’illusionner c’est donner l’avantage à notre version de la vérité. Cependant, ce filtre ne change en rien la vérité de ce qui est. C’est pour cela que nous n’allons pas la “rétablir”, ou bien nous “hisser” jusqu’à elle. Plus simplement, nous allons cesser de lui substituer nos idées et nos projections.

Mettre fin à la substitution revient à constater, à reconnaitre, qu’en réalité celle-ci à toujours été factice. Au regard du réel, notre jeu mental n’a pas plus de pouvoir que celui des reflets sur l’eau.

Du rêve à la réalité

Généralement nous zappons d’une pensée à l’autre. Cependant, savons-nous zapper du mental lui-même ? Ce qui pourrait concrètement nous libérer dans notre démarche pour la vérité, c’est de changer notre “référentiel”. Si malgré tous nos efforts nous demeurons illusionnés, c’est parce que toutes nos tentatives sont également illusoires. Elles appartiennent à la même illusion. Nous sommes en quelque sorte à creuser un tunnel imaginaire pour nous évader d’une prison imaginaire. Ainsi, nous ne faisons que modifier le scénario de notre rêve.

Le changement de référentiel est un changement total de paradigme ; celui du personnage à l’être. C’est le passage du monde des idées au monde réel. Ce qui correspond au fait de passer du flot des pensées à leur nature. Au lieu de nous cantonner au bavardage mental avec ses théories, ses connaissances, ses décisions, ses jeux symboliques, nous pouvons contacter et vivre le monde tel qu’il est, intrinsèquement. Il nous est possible de recontacter sa nature originelle autant de fois qu’il est nécessaire, autant de fois que nous l’oublions.

La subtilité étant que la référence n’est pas extérieure ou différente de nous. Par-delà les formes et les états successifs, nous sommes la Nature indivisible et inchangée. En elle, nous sommes le référentiel originel. Il s’agit d’oublier toutes nos considérations intellectuelles au point que “changer” ne soit plus qu’une idée vide.

Lâchez-vous… Libérez la saisie de vous… Accordez-vous une détente totale, une ouverture propice à l’évidence. Ainsi vous trouverez “ce qui reste”, et auquel vous appartenez. Vous constaterez que tout état, toute conscience et toute projection sont contenus en la Présence-clarté initiale qui s’actualise spontanément.

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Note : Qui prend la décision ? Probablement le personnage. Mais cela importe peu, puisqu’il n’existe pas vraiment ! Tout reflet appartient à l’eau. Ils en ont la nature. Chercher à éviter que le personnage prenne des décisions, c’est encore lui accorder, ou s’accorder, beaucoup d’importance. L’éveil est plus qu’une démystification du “personnage”. Il trouve son ampleur du fait de réaliser l’inertie de notre sommeil, de notre confusion, de notre autisme, en proie au monde imaginaire et sans limites des projections mentales.

Le point c’est de cesser d’entretenir notre “système”, de permettre que se désamorce la fascination du miroir.

Note II : Si nous en sommes ; nous y sommes ! …

Notre bavardage mental n’affecte pas la vérité, pas plus qu’une radio n’affecte la pièce où elle diffuse. C’est pour cela que la réalité est une expérience qui se “savoure” à travers le corps-esprit, plutôt qu’une notion à “comprendre”, à saisir par l’intelligence. Notre investissement mental s’arrête, précisément, lorsqu’il a “compris” et admis que cela ne peut pas dépendre de lui. Dès lors, le mental est perçu comme un attribut, une simple fonction de la Nature. C’est depuis ce constat que nous nous “lâchons” et contactons l’Être en tombant dans sa simplicité, dans sa Présence-clarté. C’était ici, seulement nous ne le prenions pas en compte, puisqu’il est impossible de l’appréhender par une logique mentale.

En cela, il y a une sorte de dénouement redoutable qui nous précipite dans le réel.

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Le mythe d'une séparation

Pour moi, il est important de dire et de redire ce que nous “sommes” et “là”, où nous sommes. Sinon, je m’adresse à une croyance et donne ainsi du crédit à ce qui n’est pas. L’une des choses les plus dévastatrices et irréversibles qui m’a frappé lors de la réalisation, a été de constater que, aussi loin remontait ma mémoire, j’avais toujours été ici, dans cet instant vivant, dans ce monde. C’est uniquement dans mon récit, dans le mental et ma logique conceptuelle, que j’avais “bougé”.

Quelle blague ! Malgré toutes nos entreprises, tous nos déplacements, nos gesticulations, nos gloires et nos échecs… Jamais, nous ne quittons la Présence. Nous demeurons ici, dans cet instant, au cœur du monde. Comment pouvons-nous croire le contraire ?

Comment dans ma recherche, tous ces maîtres que j’avais rencontrés et suivi l’enseignement m’avaient, nous avaient, laissé croire que nous étions ailleurs et séparés ? Quel était donc leur éveil, puisque eux aussi donnaient foi à un ailleurs et à la pratique d’un chemin pour “revenir” ? Bien que des textes bouddhistes affirment cette vérité absolue et immuable, dans les faits cela reste théorique. Il semble qu’à notre “niveau”, celle-ci ne sera possible que sous certaines “conditions”, plus tard dans un “autre temps” !?

Comme je l’ai déjà dit, il n’est pas nécessaire de prolonger le rêve, ni de le changer, ni de le finir, pour se réveiller. Cela revient à reprendre des somnifères. Il y a “ce que nous sommes” et “ce qui nous arrive”. Il y a l’océan et il y a les vagues. La Nature absolue ne dépend pas du relatif. Elle l’est déjà, et demeure ABSOLUE. Elle EST spontanément.

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Note : Quoi qu’il en soit, là, maintenant, n’êtes-vous pas “ici”, en vérité “ici” ?

En aucune façon nous ne bougeons d’ici, de la Présence. Aussi, nous devrions nous détendre… cela n’arrivera jamais !

Nous ne partons et ne revenons qu’en pensée et en rêve.

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Que reste-t-il ?

Dans de nombreux textes spirituels, on nous dit que la vie est semblable à un rêve. Pouvez-vous en faire l’expérience, ou trouvez-vous que c’est exagéré et que ce monde vous paraît plutôt réel ? Généralement, c’est seulement au réveil que nous réalisons que nous étions plongés dans un rêve. Aussi, dans notre cas, comment savoir si nous sommes endormis ?

Le matin, lorsque nous émergeons, nous retrouvons notre lit. Nous étions dans une histoire, et à présent il n’en reste rien. Ce qui caractérise le rêve c’est qu’il n’a pas de réalité. Il ne s’agit que d’une histoire. À tout moment, indépendamment de tout ce qui arrive, nous pouvons nous réveiller.

Peut-être vous êtes vous déjà dit que la mort n’était finalement qu’un réveil, que la fin d’une histoire. Qu’à travers elle, nous ne disparaissions pas, mais qu’au contraire nous réintégrions ce que nous sommes réellement. Pouvez-vous reconnaître que vous vivez une histoire ? Les histoires sont comme des rêves ; il n’en reste rien.

Que reste-t-il ici, où nous en sommes ? Que reste-t-il de notre vie ? Il n’en reste rien. Il ne nous reste que cet ici, que cette présence. Et tout ce que nous croyons avoir accumulé, construit, l’expérience, les souvenirs d’une vie accomplie, etc., reconnaissez que cela vous échappe et se passe de vous. A cet instant, cela prend forme et ne nous appartient que dans nos pensées qui, elles aussi, disparaissent et nous laissent seulement dans cet ici, dans cette présence vivante, claire et infinie.

S'illusionner

En empêchant la lumière d’entrer, l’obscurité s’établit dans une pièce et la rend propice aux projections de cinéma. Nous concernant, c’est par différents moyens que nous nous fermons, que nous nous détournons de l’éclat de vie et de vérité afin de donner du pouvoir à nos histoires.

Avant que nous nous intéressions à la Présence, la Présence est déjà là. Tous les cinéma ont une source lumineuse sans laquelle ils n’existeraient pas. L’illusion pense détenir une vérité, mais celle-ci n’est pas la sienne. Si l’éclat du soleil scintille sur l’eau, c’est parce que, déjà, il brille au-dessus d’elle dans le ciel.

Lorsque nous plaçons nos propres mains sur nos yeux, nous sommes aveugles. Pourtant ici, il n’y a aucune cause, aucun élément extérieur qui s’interposent. L’unité est intacte. Ni nos yeux, ni nos mains, ne portent un handicap. Cependant, comment pouvons-nous fonctionner ainsi ?

Nous utilisons nos questionnements pour nous pré-occuper. Nous désertons la Présence et le concret pour aller dans notre cinéma intérieur et mieux nous attacher à une réalité abstraite et imaginaire.

Ouvrir les cinémas

Ne changez pas de “film”, ouvrez le “cinéma”… Bougez au bon endroit !

Toutes les remises en question, les changements que nous avons faits jusqu’ici se sont produits dans la sphère de l’illusion. Nous avons changé d’illusion, mais nous n’avons pas mis au jour la mécanique de l’illusionnement.

Parce que nous nous détournons du concret, l’illusion, l’imagination, trouve les conditions qui lui permettent de s’imposer. Il faut de l’obscurité pour que le cinéma fonctionne. Aussi, préférez tirer les rideaux, ouvrir les volets, lever les paupières, afin que la lumière entre. Ainsi, l’image sur l’écran s’affadira et perdra naturellement sa force attractive.

Nous ne sommes pas “dans” l’illusion. Nous maintenons l’illusionnement. Les erreurs restent des erreurs parce que nous les considérons comme telles. À la base, il n’y a que la Nature, le flux du vivant, qui apparaît tantôt clair, tantôt sombre, comme l’alternance du jour et la nuit. La Présence est immuable. Elle est à l’image du ciel qui permet toutes les variations de climats possibles sans jamais les devenir.