Spontané c’est spontané

Il s’agit de “Voir” que nous sommes, indépendamment de tout propos. Affirmer le non-ego est encore une proclamation, une conclusion de l’ego. S’il n’y a pas d’ego, il n’y en a pas. Il n’y a rien à en dire et rien à faire. Notre présence, notre “êtreté” surpasse toute théorie de “je suis”/ “je ne suis pas”. Affirmer et infirmer, c’est poser un problème là où il n’y en a pas. C’est passer à côté de l’état originel, de la présence spontanée.

« Aller dans la Lune »

Je me souviens qu’enfant, l’on nous reprochait d’être soi-disant distraits et perdus dans nos rêveries. Il est probable que nous l’étions parfois. Cependant, je me rappelle de la clarté des yeux de mon frère et de ce que moi-même j’expérimentais alors. Nous n’étions pas dans une simple rêverie, mais nous plongions dans une « vision intérieure ». Nous étions « dans la lune ». Nous étions en contemplation, fascinés de l’absolu. Nos yeux devenaient d’un bleu profond et se remplissaient de l’insaisissable. Nous devenions comme immatériels.

Il y a en nous cette vision, cette perspective infinie, ce ciel, mais combien nous y attardons-nous ? Cet infini n’est pas vide, n’est pas un néant. Il est l’ouverture du cœur ; l’espace sacré de Vie. Ici, il n’y a rien à « regarder » ou à « saisir ». Il n’y a pas d’enjeux, mais cela nous place dans le fait de « Voir ». En nous tournant, en nous ouvrant à ce ciel, à cette clarté, nous découvrons et actualisons une contemplation spontanée. Nous goûtons l’ivresse d’une grâce et d’un don infinis.

Notre Nature

La foi ce n’est pas croire très fort en une chose. Ce n’est pas un engagement total et aveugle dans une croyance. Plus intimement, c’est faire confiance en ce que nous sommes vraiment, intrinsèquement, par-delà les apparences, les définitions et les jugements. C’est un relâchement, une détendre paisible en soi-même. C’est le fait de s’en remettre à notre Nature fondamentale. C’est prendre appui sur notre Être, plutôt que suivre ce nous pensons et que nous élaborons.
“Ce que nous sommes” est “ce qui reste”, ce qui survit à tout événement extérieur ou intérieur. Cela ne peut être affecté ou entravé par aucun “faire”, par aucune théorie de l’esprit.
Lorsque nous perdons, lorsque nous échouons sur un plan ou un autre, nous ne faisons pas que « perdre ». Nous sommes remis face à nous-mêmes. C’est la foi en l’Être, la reconnaissance de notre Nature libre qui, alors, nous éclaire et nous affranchit du jeu relatif de la vie.

L’ouverture

Nous ne savons pas regarder en nous. Lorsque nous le faisons, nous nous contentons de regarder nos pensées et de les opposer. Il est important de regarder la source de la pensée, de regarder « ce » qui la précède.
Encore, nous sommes tentés d’étiqueter cette ouverture par une nouvelle pensée. Ainsi, infructueusement, nous essayons de comprendre notre ciel intérieur. Nous tentons de nous en « rapprocher », de le définir, mais en nous limitant avec des concepts subtils.
Cependant, pour nous connaître, il nous faudra « traverser » notre propre pensée jusqu’à la « dernière ». La vérité n’est pas au bout d’un long et laborieux chemin. Toute illusion, toute pensée sont fondamentalement portées par la vérité. Tout comme les vêtements sont portés par la nudité.

Qui ou qu’est-ce qui porte cette pensée ?

… Et à nouveau, qu’est-ce qui porte celle-ci ?

Ce que nous sommes n’a rien à voir avec ce qui s’élève.

Ombre & Lumière

« Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? » (Luc 24,5)

Ne cherchez pas dans votre esprit, dans vos pensées,
ce qui ne s’y trouve pas.
Nous sommes avant la pensée.
Celles-ci nous traversent, mais elles ne demeurent pas.
Si vous voulez vous connaître, ne les suivez pas.
N’entrez pas dans le jeu conceptuel.
Nous sommes bien plus que toute pensée, que toute formulation.
Nous sommes le « réel » libre de tout mot.
Nous sommes la source qui permet toute expression et toute créativité.
Nous sommes l’espace indéfinissable, la présence vive, la lumière d’où provient le rêve.
Ne cherchez pas dans le rêve « ce » qui en est l’origine.
Dans le monde du rêve, nous ne trouvons que du rêve.
La pensée n’engendre que de la pensée.
Ne vous cherchez pas dans votre reflet.
Comment comprendre l’infini par le fini ?
Regardez en vous, mais ne soyez pas bloqués par « ce » qui vient de vous.
Ne regardez pas pour chercher, pour trouver, pour comprendre.
Regardez, parce que « ça regarde » naturellement.

“Avec nos pensées, nous bâtissons le monde” (Bouddha)

Difficile au poing de trouver la main.
Difficile à la colère de rencontrer la paix.

Tant que nous essayons de nous connaître, de comprendre la vérité depuis notre esprit, nous n’obtiendrons qu’une connaissance intellectuelle et conceptuelle. L’éveil provient d’une connaissance directe, qui ne passe pas par le mental. C’est la raison pour laquelle on parle d’éveil et de libération. Ce n’est pas une fruition de l’intellect, pas une théorie, pas une image, mais une immersion totale en la Nature qui nous laisse sans voix.
Est-ce possible ou pas ? Plus tôt nous cessons de donner suite aux interrogations mentales, plus tôt nous permettons à cette vue directe de nous rejoindre. Il suffit de se taire pour entendre le silence. Parler du silence n’est pas le silence. Cependant, il est probable qu’il nous faille passer pas cette étape pour nous convaincre de son inutilité.

Plus nous détendons le poing et plus nous réalisons la main, ou la main se réalise. Ce n’est pas le poing qui peut comprendre. Le poing ne cherche qu’à se prouver qu’il existe, il ne cherche que sa justification. Ainsi, il se prolonge. Ainsi, il dissimule sa vérité tout en prétendant la rechercher. Sans la main, le poing n’est rien. La main précède le poing, mais le poing l’ignore et la recherche après lui. Il l’espère comme venant de lui.

Si, dès à présent, nous regardons en nous, nous regardons en notre Être plus qu’en notre esprit, nous pouvons contacter une présence simple ; la Nature qui sous-tend tout.
Ici, il n’y a pas de mot, pas de théorie, pas de concept, mais une clarté vive et cognitive. Elle n’est pas une déduction, une conséquence, mais surgit d’elle-même spontanément. Elle est originelle. Elle est la lumière qui permet tous les cinémas. Elle est pareille à l’argile qui se modèle à l’infini.

Si nous brisons un vase, nous retrouvons la terre qui le constituait. Cependant, il n’est pas nécessaire de le briser pour que la terre soit là. Le vase est terre, la terre est le vase. La terre n’a pas changé, elle n’est pas devenue autre chose dans la forme. Vérité relative et vérité absolue sont liées, sont Un. Cependant, l’une d’elles ignore l’autre. Elle se croit « autre ».
Nous sommes, soit dans la logique du poing et cherchons la main, soit dans la vérité de la main et nous sommes Un.

“Être avant”, en l’état initial, présent de lui-même

Se reconnaître en la clarté immuable, inaltérable.

Si nous pensons qu’il y a une Vérité, un absolu, alors, cette Vérité est déjà vraie, cet absolu, déjà ici. Paradoxalement, quand nous parlons de « chemin spirituel », cela signifie que nous nous employons à cheminer vers une Vérité, vers un but qui n’est pas accessible ici et maintenant.

Prendre en compte ce qui est déjà là ; « nous Sommes », avant de faire, de tenter quoi que ce soit. Nous ne pouvons pas devenir ce que « nous Sommes ». Il est vain de méditer pour cela. Méditer pour cela, c’est se détourner de ce que « nous Sommes », c’est d’emblée le nier.

Comprendre l’omniprésence de « l’Être ».

Nous disons : je suis heureux, je suis malade, je suis triste, je suis riche, je suis bête… Le dénominateur commun à tous ces états, c’est « l’Être » qui les endosse. Celui qui porte ces états ne varie pas, il est constant, il est libre des états eux-mêmes, sinon, il n’en changerait pas. Il serait condamné à un même et unique état. Regardez comment « l’Être » est déjà avant tout ce que vous entreprenez, durant tout ce que vous essayez de faire et encore là après.

Ce qui est révolutionnaire, c’est de réaliser que la « solution » ou le « but » est avant tout questionnement, toute recherche. Cela a pour effet de squeezer en nous toute velléité, tout espoir et toute crainte. La Vérité est déjà ici, et s’adonner encore à une quelconque recherche, c’est tout simplement la nier, l’éviter.

Ce que nous sommes est sans jeu et libre de toute manipulation. Aussi, toute notre capacité d’entreprendre et d’agir ne nous sert à rien. La vérité s’offre et rien n’a le pouvoir de s’y opposer, de s’immiscer en son dessein. C’est comme si nous voulions « commercer » avec la générosité ou « faire » du naturel. C’est vain !

Si la vérité est là, comment pourrions-nous ne pas la voir ? Il y a ici une simplicité qui n’est pas reçue ou acceptée. C’est comme si la paix était déjà faite, que la guerre était terminée, mais que nous ne parvenions pas à lâcher nos armes. Nous sommes tellement habitués à nous emparer ou à nous dessaisir de tout, que nous ne savons plus exister sans cela.

Moi seul crée un problème. Moi seul pose un doute, pose un jugement vide en nature, car, de problème, il n’y en a pas, il n’y en aura jamais. Ils ne peuvent être que des chimères.

Ce que nous sommes en nature ne peut pas changer.

Pour commencer, je crée un problème, l’idée que quelque chose pourrait aller mal. Ensuite, je me sens affecté par ce constat. Je souffre et je veux remédier à cette situation.

N’est-ce pas ma propre voix que j’écoute, mon propre discours que je me sers ? C’est moi qui parle et c’est moi qui écoute.

Émettre une idée ne me change pas. Les idées viennent de nous, mais pas l’inverse.

Ne demeurant pas chez nous, nous nous retrouvons dans l’ignorance de « celui » que nous sommes. L’aspect qui cherche est l’aspect qui ignore. L’illusion ne tient que par l’illusion. Si l’esprit tourne, à nous de pas tourner avec lui. Nous sommes comme l’axe fixe autour duquel la roue tourne. C’est seulement du point de vue de l’esprit que l’éveil n’est pas possible maintenant. Cesser de gérer son ignorance, de se laisser contrôler par l’esprit. Décider d’atterrir, de détendre le doute. Nous « Sommes » maintenant et cela ne change pas. C’est uniquement dans notre esprit que cela change.

Nous devons nous « rapprocher » de nous comme d’un mur sur lequel se projette notre ombre, afin qu’il n’y ait plus de place pour aucune de nos projections mentales. Il nous faudra alors identifier « le doute » d’y parvenir comme l’ultime distance, l’ultime projection qui nous prive de nous, de Soi.

Autolibération par la vision nue de la nature de l'esprit

Un texte de Padmasambhava

Cet esprit un qui pénètre toute vie et toute libération,

N’est pas reconnu bien qu’il soit notre propre nature fondamentale.

Son flux est constant mais nous l’ignorons.

Son intelligence lumineuse et sans faille n’est pas perçue

Alors qu’elle émerge de toute chose.

Les héros ont proclamé l’inconcevable

Et la totalité des enseignements les plus secrets

Ne disent rien d’autre que cette suprême réalisation.

Bien que les écritures soient aussi vastes que le ciel,

Elles n’enseignent rien d’autre que cet esprit d’identité,

Cette introduction directe est réservée aux héros.

Elle seule vous fait pénétrer l’absolu de plein pied.

Victoire!

Vous, mes enfants fortunés, écoutez !

« L’Esprit » ce mot si connu et si méconnu,

Les êtres n’en savent rien !

Leur compréhension manque l’essentiel!

Cette réalité leur échappe!

Aliénés par l’individualité, ils passent à côté de la nature de l’esprit

Et du même coup à côté de leur propre nature.

Ils errent dans l’incertitude des trois royaumes,

Et manquent l’essentiel !

Les ascètes et les maîtres clament leur compréhension

Mais ignorent ce trésor !

Paralysés par les textes et leur propre connaissance,

Ils ne touchent pas à la transparence spatiale de l’esprit!

Fascinés par le sujet et l’objet,

Modérés et extrémistes passent à côté de ce trésor.

Par le rituel tantrique, ils s’en éloignent,

Par la pratique, ils se ferment les yeux,

Même ceux qui se réclament de Mahamûdra et du Dzogchen

sont limités par leur propre intelligence;

Ils errent dans la dualité et le non dualisme!

N’allant pas plus loin, ils ne connaissent pas l’éveil authentique!

Vie et libération sont ton propre esprit,

Ne sois pas prisonnier d’une compréhension qui se mord la queue

En un cycle sans fin! Abandonne choix et détermination!

Alors, abandonne tout cela et réside en ta royale inaction

Et par cet enseignement, réalise sur le champ,

Ta Grande Libération naturelle,

Par la vision de ton intelligence dénudée jusqu’à la moelle

Réalise cette perfection innée de l’Esprit!

L’Esprit, par cette lumineuse prise de conscience absolue,

Existe et n’existe pas, tout à la fois!

Il est à la source du plaisir, de la douleur et de la liberté.

Les enseignements le nomment: réalité de l’esprit,

Le Soi ou le non-Soi,

L’Esprit inné,

La Nature Absolue,

Le Grand Sceau,

La Libération naturelle,

La Perle de Lumière,

La Base ou L’Ordinaire.

Cette réalisation a trois portes:

L’absence de traces, la clarté et l’espace,

La réalisation passée ou présente

Est sans racine, fraîche, instantanée,

Elle consiste à demeurer tel quel, sans contrainte.

A saisir le temps dans toute sa simplicité immédiate,

A se voir dans son absolue nudité à chaque instant,

Alors ta vision sera limpide, transparente, sans objet!

C’est l’intelligence nue, fulgurante!

C’est la spatialité qui ne pose rien,

L’étincelante vacuité au delà des formes,

Délivrée de la permanence, fluide,

Sans limite, vibrante et claire!

Sans unité, sans pluralité,

Elle n’a qu’une saveur,

Elle ne vient de nulle part,

Clairement consciente d’elle-même,

C’est la Réalité même!

Cette introduction directe à la Réalité

Contient la totalité des mondes.

Le corps de vérité, le corps de félicité,

Le corps absolu en regorgent.

Étincelante est cette énergie naturelle de la liberté!

Voici l’introduction à cette puissante méthode

Révélatrice de la réalité même:

En cet instant, ta conscience est cette totalité,

Elle est cette clarté naturelle dépourvue de contrainte!

Peux-tu dire: « Je ne comprends pas la nature de l’Esprit »

Alors qu’il n’y a rien sur quoi tu puisses méditer

Dans cette clarté sans faille de ton intelligence?

Peux-tu dire: « Je ne vois pas la présence de l’Esprit »

Alors que celui qui pense est cette réalité?

Peux-tu dire: « Même en la cherchant elle demeure mystérieuse »

Alors qu’il n’y a absolument rien à faire?

Peux-tu prétendre que malgré les pratiques elle t’échappe

Alors qu’il suffit de demeurer sans contrainte?

Peux-tu dire qu’il t’est difficile d’agir

Alors qu’il est naturel de demeurer inactif?

Peux-tu dire que tu es incapable

Alors que la clarté, la conscience et l’espace sont ta propre réalité?

Peux-tu prétendre que la pratique ne porte pas de fruits

Alors qu’elle est naturelle, spontanée, libre de tous liens?

Peux-tu dire « Je cherche et ne trouve pas »

Alors que la pensée et la libération naturelle sont simultanées?

Pourquoi penser que les remèdes sont inefficaces

Alors que ta propre intelligence est simplement « cela »?

Comment peux-tu prétendre que tu ne sais pas?

Sois assuré que la nature de l’esprit est vacuité sans appui.

Ton esprit est aussi dépourvu de substance que l’espace vide.

Que cela te plaise ou non, regarde ton propre esprit!

Sans t’en tenir au concept d’une vacuité nihiliste,

Sois assuré que la sagesse a toujours été claire,

Lumineuse, spontanée, résidant en elle-même,

solaire par elle-même.

Que cela te plaise ou non, regarde ton propre esprit!

Sois assuré que ton intelligence est sagesse sans faille,

Coulant comme le flot continu d’une rivière!

Que cela te plaise ou non, regarde ton propre esprit!

Sache que tu ne le trouveras pas par le raisonnement,

Car son mouvement est aussi dépourvu de substance que les alizés.

Que cela te plaise ou non, regarde ton propre esprit!

Sois assuré que tout ce qui apparaît

N’est rien d’autre que ta propre perception naturelle,

Comme celle d’un reflet dans un miroir.

Que cela te plaise ou non, regarde ton propre esprit!

Sois assuré que toute apparition s’autolibère sur le champ,

Issue d’elle même, se produisant elle-même,

Comme un nuage dans l’espace.

Que cela te plaise ou non, regarde ton propre esprit!

Vision vide, libération naturelle, espace scintillant

Du corps de vérité!

Réalise l’absolu par le sans voie,

La divinité est révélée en cet instant!

Ainsi, que la vision intuitive de ton intelligence vêtue d’espace,

Cette Libération naturelle par la vision mise à nu,

Cette réalisation extrêmement profonde,

Soit le lieu d’investigation vers lequel tendent toutes tes capacités!

Gloire à cette profondeur secrète!

Cela existe ou cela n’existe pas est une question, pur ou impur est une question. On n’apaise pas la souffrance avec la discussion. La fin de la souffrance est au delà des questions . L’esprit est une lumière douée de connaissance . Il est lumineux car sa nature est claire et illumine l’environnement comme une lampe chasse l’obscurité afin que les objets puissent apparaître. Cette clarté est la qualité pure de tout phénomène perçu non contaminé par le jugement mental . Cette clarté c’est l’attention.

(Source : http://www.fodian.net/world/zzgse.html)