La Nature du jeu

Voyez l’âne attaché à sa meule. Malgré les kilomètres parcourus à tourner durant des années, il se retrouve au même endroit lorsqu’il s’arrête. Comprenez que tout est déjà parfait en Nature. Ce que vous tentez d’accomplir ne se situe que sur le plan de l’histoire et d’une projection de l’esprit. “Décrochez” pour retrouver le “monde réel”. Comme vous le feriez pour vous défaire d’un jeu captivant sur un écran. Plus nous nous passons du jeu et moins il nous semble existant. De même que plus nous ouvrons les volets, moins il y a d’obscurité à dissoudre. Ce n’est pas qu’elle ait vraiment existé en tant que telle. Ce n’était qu’une conséquence, qu’un effet secondaire de la fermeture.

Le mythe d'une séparation

Pour moi, il est important de dire et de redire ce que nous “sommes” et “là”, où nous sommes. Sinon, je m’adresse à une croyance et donne ainsi du crédit à ce qui n’est pas. L’une des choses les plus dévastatrices et irréversibles qui m’a frappé lors de la réalisation, a été de constater que, aussi loin remontait ma mémoire, j’avais toujours été ici, dans cet instant vivant, dans ce monde. C’est uniquement dans mon récit, dans le mental et ma logique conceptuelle, que j’avais “bougé”.

Quelle blague ! Malgré toutes nos entreprises, tous nos déplacements, nos gesticulations, nos gloires et nos échecs… Jamais, nous ne quittons la Présence. Nous demeurons ici, dans cet instant, au cœur du monde. Comment pouvons-nous croire le contraire ?

Comment dans ma recherche, tous ces maîtres que j’avais rencontrés et suivi l’enseignement m’avaient, nous avaient, laissé croire que nous étions ailleurs et séparés ? Quel était donc leur éveil, puisque eux aussi donnaient foi à un ailleurs et à la pratique d’un chemin pour “revenir” ? Bien que des textes bouddhistes affirment cette vérité absolue et immuable, dans les faits cela reste théorique. Il semble qu’à notre “niveau”, celle-ci ne sera possible que sous certaines “conditions”, plus tard dans un “autre temps” !?

Comme je l’ai déjà dit, il n’est pas nécessaire de prolonger le rêve, ni de le changer, ni de le finir, pour se réveiller. Cela revient à reprendre des somnifères. Il y a “ce que nous sommes” et “ce qui nous arrive”. Il y a l’océan et il y a les vagues. La Nature absolue ne dépend pas du relatif. Elle l’est déjà, et demeure ABSOLUE. Elle EST spontanément.

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Note : Quoi qu’il en soit, là, maintenant, n’êtes-vous pas “ici”, en vérité “ici” ?

En aucune façon nous ne bougeons d’ici, de la Présence. Aussi, nous devrions nous détendre… cela n’arrivera jamais !

Nous ne partons et ne revenons qu’en pensée et en rêve.

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Le concret nature de l'abstrait

À travers le “live” nous prenons appui sur ce que vos yeux voient, sur l’évidence et le concret. Lorsque nous ne le faisons pas, c’est vers le mental et nos pensées que nous nous tournons.

Ce contact, cette communion, au réel qui nous entoure, visent à la détente, à l’adhésion confiante. Ça n’a rien à voir avec une sorte d’exercice de focalisation. En posant notre regard sur ce qui l’emplit, c’est un abandon, un repos complet que nous permettons, pareil à celui que nous vivons à travers le sentiment d’amour ou dans l’étreinte du giron.

Aujourd’hui, notre tendance est de penser ce que nous voyons et de voir ce que nous pensons. In fine, nous ne faisons qu’observer notre propre intellect sans le reconnaître. À la réalité du moment, nous superposons une nouvelle projection. Ainsi, nous inventons “notre monde”…

Sans “moi”

Ça marche sans nous… c’est parce que nous occupons la place que nous ne le voyons pas. C’est pourquoi nous devrions “laisser la place”. La main est bien plus qu’un poing, mais celui-ci ne le sait pas. Aussi, il trouve toujours une raison de s’accrocher. C’est en cela que lorsque nous essayons d’être présents nous faisons toujours un effort. Nous n’atterrissons pas. Nous ne laissons pas la Présence nous porter. “Celui” qui expérimente ne veut pas s’en aller. C’est un peu comme si la vague restait suspendue à regarder l’eau, gardant une certaine distance pour ne pas se mélanger. La croyance de la séparation, ou en un “second”, n’est donc pas démystifiée. C’est pourquoi la vague demeure en quête de l’océan.

La finalité de mourir dans la forme est de se redécouvrir en l’origine du fond. Ne meurt que ce qui est relatif, impermanent et voué à disparaître, sublimant ainsi l’éclat de la Nature immuable.

Du mortel à l'éternel

Heureusement que le monde illusoire est impermanent. Ainsi, par l’usure et la destruction, par le vieillissement et la mort, nous pouvons reconnaître l’éternité en laquelle toute forme vient et repart.

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… Quand nous échouons, il nous faut bien comprendre que ce n’est pas nous qui échouons, mais notre aspect illusionné. En vérité, c’est l’échec de l’illusion. Notre esprit échoue, Dieu merci ! Sinon, nous ne pourrions jamais lui échapper. Bien qu’il échoue, notre identification à lui est telle que cela nous empêche de réaliser l’ouverture qui se trouve ainsi recréée. Dans notre réaction, alors que nos constructions s’écroulent, nous nous empressons de rebâtir de suite en oubliant de tirer les vraies leçons, tant il est vital pour nous de réussir. Réussir n’est pas mauvais en soi, mais il est probable que l’idée que nous nous en faisons ne soit pas juste. (L’éveil ordinaire, page 128)

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Signe d'appartenance

Que nous nous sentions dignes ou indignes, acceptés ou rejetés, notre appartenance au monde ne change pas, ne s’altère pas. Tout ce qui advient, favorable ou défavorable, marque et signifie cette appartenance. Finalement, la reconnaître, c’est constater notre présence, notre émanation, et aussi que rien ne pourrait être sans elle. Toute tentative de faire quelque chose pour qu’elle existe ou pour la confirmer, ne vient que dans un second temps, ne servant qu’à valider la croyance d’une séparation.

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L'absolu de l'absolu

“C’est fini !” Je dis cela à l’égard du “personnage” qui cherche continuellement à rajouter une couche, ou bien à en retirer une. Ce cher personnage, il a tellement d’espoir, de volonté d’y arriver… Lorsque je dis “c’est fini”, comprenez que c’est parce que nous tendons tellement vers une “autre” vérité que celle-ci où nous sommes et dont nous faisons partie. Qu’est-ce qui ne va pas avec ce maintenant qui est là ?

Cet instant ne change que dans sa forme, dans son apparence. En réalité, il s’agit du même. Tout comme c’est le même ciel qui s’assombrit, se zèbre d’éclairs, se met à pleuvoir, à neiger, à s’éclaircir… Voyez comme ça bouge, ça change en permanence à l’extérieur, comme à l’intérieur… Pourtant, vous ne bougez pas, vous êtes constamment ici. La Nature absolue comporte un aspect relatif, à l’instar de l’eau avec ses reflets et ses mouvements. Nous ne reconnaissons que cet aspect. Notre personnage cherche l’Être, le Soi, parce qu’il se pense différent. À travers lui, nous pouvons penser et aussi ressentir tellement de choses. Cependant, tout ceci est l’expression relative d’une Nature absolue. L’êtreté n’a pas besoin d’être pensée. Elle est spontanément Présence-Vie.

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Note : Symbolisons notre Être par un téléviseur et notre mental par les programmes qu’il diffuse.

Le programme peut être pourri ou excellent, le téléviseur va bien dans tous les cas.

Dans tous les cas, il y a d’abord un téléviseur (le fini) qui permet des programmes (le relatif).

La Nature absolue, comme l’eau, le ciel, l’être, demeure une ouverture immuable.

Les pensées, les reflets, les climats, s’élèvent et alternent, pourtant, ils ne changent en rien l’espace, la Nature d’où ils proviennent.

Le ciel ne se définit pas en fonction des variations du temps. Il en va de même de notre Être.

Apparaissant en lui, ce n’est qu’un “programme”, qu’une pensée relative qui juge et colle une étiquette ![/quote]