Surmonter l'ennui

Rompre avec notre demande insatiable de distractions.

Le renouveau de la Présence s’actualise spontanément à l’image du silence, ou comme le plat de l’eau se reforme en un miroir. Nous avons seulement à reconnaître cela, sans tenter d’intervenir dans ce rétablissement naturel.

Dans cette quête de “Soi”, certains nous exhortent à l’attention et au maintien de la conscience. D’une autre façon, je placerai l’accent sur le fait de ne pas succomber à la distraction et au remplissage par les occupations. Le but étant de mettre au jour la “vacance”, cette disponibilité, cette fraîcheur permanente de la Nature.

Interrogez-vous sur ce besoin incessant d’activités, de pseudojouets à manipuler dès que vous êtes livrés à vous-mêmes. Quel est ce “mal-être” lié au fait de se trouver simplement ici, dans l’instant ? Qu’essayez-vous d’éviter en trouvant d’habiles prétextes qui vous détournent de la Présence vive et de Soi ? Nous sommes accros à la distraction, au point de nous “occuper” spirituellement. Nous ne faisons que remplacer une distraction par une autre. Pouvons-nous reconnaître cette propension à l’esquive ?

Nous serions plus avisés de rester fidèles au “maintenant” et d’épouser l’éclat du vivant. Lorsque nous n’occultons pas cet “ici”, cet instant, nous pouvons constater que nous en sommes et que nous y demeurons sans réels efforts. C’est un peu comme le sens de l’équilibre. Nous éprouvons de l’inconfort dans sa recherche. Cependant, après l’avoir trouvé, nous parvenons, par exemple, à tenir sur un vélo sans que cela exige notre attention. Confiant de cette aptitude, nous n’hésitons pas à l’éprouver en nous aventurant sur des terrains inconnus et plus accidentés.

Lire aussi :

L’art de se distraire

Frontière de l’illusion…

18 réponses sur “Surmonter l'ennui”

  1. Voir la compulsion de certaines occupations journalières ou distractions favorites, NE RIEN FAIRE et se reposer dans le « regard », simplement, est peut-être le cadeau le plus précieux que nous pouvons nous offrir…

    Observer sans intervenir comment l’esprit cherche encore à se remplir de petites histoires et les voir telles qu’elles sont, de simples histoires qui se racontent et disparaissent dans la vacance, toujours ici, immuable, infinie…

    Tout comme les étoiles que nous regardons dans la nuit révèlent spontanément l’immensité du ciel, ce que nous « regardons » qui parfois agite ou excite notre esprit nous ramène instantantanément à l’immensité qui le sous-tend, la vacance que nous sommes… se révèle peu à peu la profonde tranquillité, confiance en la vie dont nous sommes étincelles d’amour…

    Merci Denis

  2. J’aime beaucoup la phrase « Lorsque nous n’occultons pas cet “ici”, cet instant, nous pouvons constater que nous en sommes et que nous y demeurons sans réels efforts ».

    Et ce « maintenant » que nous sommes ne demande aucune distraction, aucune autre chose et aucun autre temps que le « maintenant »…

    J’ai bien l’impression qu’esprit et distraction sont souvent un, et que dans les distractions demandées par l’esprit, il y un peu l’idée de se redonner « encore un tour » d’existence.

    Sans distractions, la Présence occupe le devant de la scène (et le derrière, et les cotés!), et l’esprit (re)devient une suite discontinue d’émergences temporaires, idées, émotions, etc, une part de ce que nous sommes, un outil utile dans certaines situations, et c’est tout.

    Pour l’esprit, perdre le rôle principal, c’est mourir. La suite discontinue de rôles secondaires qui apparaissent au sein de la présence, sont joués, et disparaissent, ne fait pas une histoire cohérente… or il ne se concevait que comme cette histoire unique, faite de tout le reste, et dirigée, assumée, endossée par lui. Et pour que cette histoire unique et continue « tienne la route », il ne faut pas trop de vides. Donc beaucoup de distraction pour remplir les vides…

  3. Il est vrai que ce « maintenant » est « vacance », désencombrement, allégement….l’esprit quelque part se meurt, s’ennuie car « l’histoire » ne peut prendre racine. L’apparition et la disparition de tout ce qui émerge s’évanouit dans le regard.

    Je dirai simplement être confiant en ce que nous sommes « avant », car toute agitation pour fuir dans l’histoire stimule l’histoire de l’ennui, de l’attente, de l’espoir qui ajourne en permanence, cet ici. Mais ce regard est avant ce « va et vient, de l’ennui et l’agitation, c’est « une tranquillité qui s’approfondit elle-même, s’actualise d’elle-même quelque soit les états confortables, inconfortables qui surgissent.

    Comme tu le dis Denis « Nous avons seulement à reconnaître cela, sans tenter d’intervenir dans ce rétablissement naturel….Le but étant de mettre au jour la “vacance”, cette disponibilité, cette fraîcheur permanente de la Nature.…. » C’est tout, le reste ne nous appartient pas….ce n’est qu’une sensation « d’être quelqu’un » qui pourrait …..dans l’histoire en s’agitant apporter une sortie, une réponse quelque part là bas qui nous ferait nous sentir bien « ici » (sourire…ou clin d’œil, mais où est donc ce quelqu’un ?)

  4. Une fois perçue clairement alors qu’elle est en train de se créer, la distraction est vue dans chaque acte ou pensée où elle peut se loger.

    Il y a un effet « feu de brousse » très rapide, cette vision se répand dans tout le champ de la perception, dans toute nos actions : on voit à quel point la plupart de nos actions sont des distractions, des façons de s’évader de la simple réalité de l’instant, pour faire vivre le monde/l’histoire imaginaire de l’esprit, que nous avons créé il y a bien longtemps, et entretenu à chaque seconde depuis.

    Dès lors l’esprit est coincé : ce qu’on pensait être de « multiples stratagèmes », des « habitudes », une « histoire » complexe, avec des souvenirs enfouis, etc etc : tout ca se réduit apparemment à une seule chose : se distraire, à chaque seconde, de la réalité, en passant sans arrêt d’un truc à l’autre, et en veillant à minimiser les « vides » au maximum.

    Voyant cela clairement, que reste-t-il d’autre que :

    – arrêter – de – se – distraire !!

    (et c’est très simple, très concret: ne pas mettre un dvd ou un CD, ne pas prendre un livre, ne pas sortir faire un truc pour juste s’amuser, ne pas se lancer dans le projet x ou y, ne pas appeller un ami, etc : en tout cas pas tant qu’on le fait clairement pour se distraire…)

    Dans le « vide » qu’on laisse alors apparaître, nous sommes pleinement nous même, sans effort aucun, sans besoins aucun, et sans suite aucune…

    Denis j’ai vraiment l’impression que ce billet, et les deux autres que tu a rajoutés en lien, cernent fameusement bien le sujet, déjà !

  5. Oui c’est vrai qu’on ne supporte pas d’être simplement là.

    (ce qui est très naturel dans les cultures du sud)

    Mais il faut admettre que notre corps lui même impose des besoins.

    Par exemple le sexe.

    Enorme sujet d’étude pour moi en ce moment.

    Sujet passionnant.

    Car le manque sexuel est bien réel.

    Il se fera sentir par les hormones.

    Je pense que le besoin d’action est du même ordre.

    On ne peut pas passer sa vie dans un plumard.

    Le corps ne le tolèrerait pas.

    Nous sommes donc obligé d’admettre les règles du corps.

    Il faut juste prendre distance et laisser faire.

    Je me demande si le besoin d’action, de remplissage n’est pas de la même veine.

    Peu importe au fond ?

    Laisser tout ça se dérouler et constater.

    Peut être ?

  6. D’accord, le corps a des besoins. Mais ces besoins sont « physiques » : immédiats, sans « réflexion », et surtout, sans suite. Que ce soit pour le sexe ou le besoin d’action (je dirais plutôt activité, ca peut être qqchose d’assez basique comme un jogging), les besoins du corps sont assez simples. Si on n’y rajoute pas tout un tas de concepts mentaux, cela ne fait pas le début d’un commencement d’une histoire ou d’une distraction.

    Si on passait nos vie à n’assurer que de façons directe et simple nos besoins élémentaires… il y aurait énormément de « vides » non remplis, ou la « vacance » dont parle Denis serait visible et appréciable…

  7. Oui la distraction dont il est question ici, est mental, la façon dont nous nourrissons l’action qui se déroule pour valider une histoire perso ! Car l’action se fait, quelque soit le désir, sexuel, manger, boire etc…ce sont des besoins qui ne posent aucun problème par eux-mêmes….ils se font (avec ou sans je » ! cela se fait, c’est l’implication dans ce qu’ils génèrent avec la pensée associé à la mémoire qui maintient une histoire qui en fait ne valide rien, car ce qui se fait se fait ! C’est plutôt la saisie mentale, ce « sens du je » qui se distrait de l’action en voulant prolonger l’histoire de « moi me jouissant » se donnant pérennité en tant qu’agissant, contrôleur de ce qui se déroule !

    Enfin c’est comme cela que je le vois ! Dans tout ce qui se fait, la vie est mouvement ce n’est pas un problème……le problème et d’en faire un problème…mais pour qui ? L’esprit veut perdurer et confirmer l’histoire en se saisissant du mouvement et le faire sien !

  8. Des papillons qui voltigent , c’est merveilleux !

    Pourquoi les  »ATTRAPPER » ?

    Je decouvre ce blog …quand l’ordinaire est l’EXTRA ORDINAIRE EN TOUTE CHOSE !

    Merci

  9. Bonjour.

    Évidemment , ce sujet fait mouche , et ça fait un moment que je ne peux que faire le constat de ces « occupations » compulsives qui sont autant d’ajournements .

    Bon , ok , c’est un bien lourd héritage légué depuis la nuit des temps…

    Un enfant qui reste bouche bée,en train de contempler l’invisible laisse ses parents dans une grande inquiétude : » va jouer avec tes copains au lieu de rester désœuvré ! »

    C’est énorme ! Et comme il ne s’agit pas de vouloir « ne rien vouloir » et de vouloir « ne rien faire » , reste le fait de voir ce processus , et puis …. Heu … Bah rien . Simplement voir .

    Zut , faut que j’aille faire des courses , il y a tout un tas de trucs absolument inutiles dont j’ai besoin . Hé hé .

    Je suis touché par la simple beauté de ce blog. Merci pour ces témoignages .

  10. Chers compagnons du vivant,

    Faire mouche avec cette : « propension à l’esquive » (Denis)

    Faire mouche avec : : « tout ca se réduit apparemment à une seule chose : se distraire, à chaque seconde, de la réalité, en passant sans arrêt d’un truc à l’autre, et en veillant à minimiser les « vides » au maximum. »( Daniel)

    Mais en même temps, est-ce que le « – arrêter – de – se – distraire !! »(Daniel) n’est –il pas une autre forme de propension à l’esquive ?

    Esquiver quoi ?

    Que Rien, absolument Rien ne peut nous couper du Réel.

    Juste voir, avec l’image de l’élastique de Denis, que parfois l’élastique est détendu, parfois il se met en tension jusqu’à retrouver infailliblement la détente. La « propension à l’esquive » est comme la « propension à la tension » de l’élastique mais cette tension est sans danger pour l’élastique.

    Toujours avec Denis : « Ainsi, tout ce qui s’élève, pensées, émotions, actions, infailliblement, « retourne », se fond en l’état naturel »

    Merci Denis pour cet « infailliblement »

    Joie du partage

    Jean-Claude

  11. Infailliblement, nous sommes notre état naturel, et c’est effectivement le bonheur de voir cela.

    Le besoin d’ajouter quelque chose au réel de l’instant, vient de la croyance qu’alors nous serons « mieux ».

    Se distraire de la réalité, c’est ca pour moi : lancer une activité qui vise à être dans un état différent de l’état présent, selon cette vieille croyance que le réel, à l’instant, n’est pas « suffisant ».

    Les deux sont antinomiques.

    Soit le réel, le simple instant présent, est « suffisant », soit il ne l’est pas.

    Plus on arrête de faire comme s’il n’était pas suffisant, en se lançant dans des activités distrayantes, plus on a de possibilité de se rendre compte qu’il est… beaucoup plus que « suffisant » !

    Arrêter de se distraire n’est que le début… après, ca devient moelleux !

  12. « Joyeux en toutes activités est le Yogi du Dzogchen !  »

    (Düdjom Rinpoché, repris du post de Denis http://www.mystique.denismarie.fr/blog/?p=154)

    Il n’a pas dit « joyeux en toutes activités, y compris celles initiées en croyant qu’il ne sera pas joyeux dans le vide qui se présenterais s’il ne le remplissais pas avec ces activités »…

    Vide, courses, échanges avec des gens, besoins du corps, etc : la vie amène ces « activités ».

    Nul besoin d’en rajouter une seule, et nul besoin de se distraire de la réalité du moment pendant qu’on est dans ces activités, pour être « plus joyeux »

    C’est cela que j’appellerais « arrêter la distraction »

    Joyeux dans une activité – joyeux dans le « vide » – joyeux dans ce qui se présente ensuite – etc – : quel besoin commencer à aménager cette suite d’évènements d’une manière ou d’une autre, à sélectionner ceci ou cela ? Joyeux en TOUTE activité…

  13. Je décide d’interrompre mes occupations habituelles pour un moment indéterminé et de simplement voir…

    je m’asseois là où j’ai le moins de sollicitations extérieures qui me distraient, dans mon salon, habituel, ordinaire… les yeux ouverts, je ne cherche rien, ni le calme, ni l’ennui, ni à méditer surtout…

    un petit flux de pensées ordinaires papillonne puis s’évanouit au coeur du « regard »

    Ressenti instantanné, à la fois contact à ce qui est, direct, sans un millième d’espace, et d’un espace sans limite, indefinissable… « l’infini au plus près » je dirais…

    tranquillité, joie, paix…

    quelques pensées, des images d’hier, retour vers un proche passé… présence du « regard », immuable, sans mouvement

    Saut imaginaire vers le futur, vers la soirée, vers des projets qui se projettent…ça s’évapore… le « regard » n’a pas bougé…

    Idées, images apparaissent, sensation d’un leger malaise, mon bras qui vient subitement gratter mon visage l’interrompt… la présence toujours ici…

    le leger malaise s’immisce à nouveau, devient en fait une subtile « lourdeur »… une histoire est en train de se raconter, subtilement… « quelqu’un » est en train de se raconter qu’il a des choses plus interessantes ou plus utiles à faire… « je » est dans les images d’autre chose que maintenant, un peu identifié… l’ennui s’est immiscé… « je » est même en train de se raconter que la vie est mouvement, qu’elle ferait mieux de bouger et vaquer à ses occupations…

    La présence veille, jamais éteinte sauf dans l’imaginaire, se laisse toucher par l’ennui, l’ennui s’évanouit instantanément… reste la présence… tranquillité, legereté…

    Joie de partager cette petite expérience, racontée après coup elle devient une histoire à vite oublier 🙂

  14. Daniel : « Nul besoin d’en rajouter une seule, et nul besoin de se distraire de la réalité du moment pendant qu’on est dans ces activités, pour être « plus joyeux » C’est cela que j’appellerais « arrêter la distraction » »

    – J’aime bien cette expression, qui est ce qui se vit, sans rajout de l’esprit, vieille habitude qui va toujours « devant » « après » quand les choses se font ici !

    Daniel : « Soit le réel, le simple instant présent, est « suffisant », soit il ne l’est pas. »

    – Oui cela est ou n’est pas ! On ne peut tricher avec ce qui est, il est une porte ouverte d’instant en instant, car il est « avant » tout ce qui s’y passe, en fait le mouvement n’est aucunement un problème mais « la distraction » « la saisie » qui a lieu est un peu le miroir de notre « aller vers autre chose » car la joie n’y est pas……du moins on cherche la distraction de cette joie ici ….(voir aussi : http://www.parolesducoeur.fr/?p=635#comments…blog de Daniel)

    Comme tu le dis si bien sur ton blog Daniel : «Au final on ne peut pas demeurer “éveillés” et “illusionnés” en même temps… donc peut être faut il admettre qu’un des “deux” doit cesser… Et la joie demeure !

    -C’est très direct et intuitif…..quelque part nous le savons au fond de nous « le jeu de l’autre soit cesser » en cherchant à se distraire de l’instant (vieille habitude !)

    Pour terminer comme le dit bien le titre du billet de Denis : « Rompre avec notre demande insatiable de distractions. »…………………..oui rompre !

  15. « je m’asseois là (..)… les yeux ouverts, je ne cherche rien, ni le calme, ni l’ennui, ni à méditer surtout… »

    Roselyne, nous sommes au moins deux a faire pareil!

    Quand on ne cherche rien, alors l’ouverture est vue, on est coincés dedans comme le bébé de Denis, rien d’autre n’est possible

    C’est la sainteté immédiate, naturelle et sans effort du petit bébé … La Grande Ouverture dont parle Denis dans son prochain billet!

    Haha! Merveille !

  16. Daniel

    J’ai longtemps cherché à atteindre quelque chose, comme une sorte d' »ambition spirituelle » inconsciente, mais on réalise un jour que ça ne marche pas… il y a du dés-espoir, alors on s’affaisse à terre… et là que voit-on ?… la petite fleur qui s’épanouit sans rien demander, sans rien vouloir, pure confiance en l’élan vital qui l’anime… alors on rencontre la ou les personnes qui résonnent à la vraie « aspiration » de notre Etre, qui pointent avec patience et amour Ce que nous Sommes et n’avons jamais cessé d’être 🙂

    Puisque c’est le jour des varietés françaises, sourire à toi Marina, voici un extrait des paroles de Brel dans ‘l’homme dans la Cité’ (l’ensemble de la chanson est grandiose, mais je ne peux toute l’écrire ici)

    Pourvu que nous vienne un homme

    Aux portes de la cité

    Que son regard soit un psaume

    Fait de soleils éclatés

    Qu’il ne s’agenouille pas

    Devant tout l’or d’un seigneur

    Mais parfois pour cueillir une fleur

    Et qu’il chasse de la main

    A jamais et pour toujours

    Les solutions qui seraient sans amour

  17. Oui Roselyne , c’est Grandiose cette chanson .

    Une pensee (tricolore comme celles du jardin ?)

    au reveil ce matin : l’Amour pareil a l’eau se faufile PAR TOUT .

  18. Quand  » au moins deux a faire pareil!  » se reconnaissent

    l’UN se réjouit…

    « là où deux ou trois sont assemblés en mon Nom, je suis là au milieu d’eux. »

    (Matthieu 18,20).

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