Sans “moi”

Ça marche sans nous… c’est parce que nous occupons la place que nous ne le voyons pas. C’est pourquoi nous devrions “laisser la place”. La main est bien plus qu’un poing, mais celui-ci ne le sait pas. Aussi, il trouve toujours une raison de s’accrocher. C’est en cela que lorsque nous essayons d’être présents nous faisons toujours un effort. Nous n’atterrissons pas. Nous ne laissons pas la Présence nous porter. “Celui” qui expérimente ne veut pas s’en aller. C’est un peu comme si la vague restait suspendue à regarder l’eau, gardant une certaine distance pour ne pas se mélanger. La croyance de la séparation, ou en un “second”, n’est donc pas démystifiée. C’est pourquoi la vague demeure en quête de l’océan.

La finalité de mourir dans la forme est de se redécouvrir en l’origine du fond. Ne meurt que ce qui est relatif, impermanent et voué à disparaître, sublimant ainsi l’éclat de la Nature immuable.

L'obstacle du doute

La réalisation n’est pas une “compréhension”. C’est davantage des retrouvailles qui se manifestent dans un contact à la fois du corps et de l’esprit. C’est un sentiment d’appartenance, qu’il est difficile de traduire par des mots. C’est pour cela qu’aucune compréhension intellectuelle n’est appropriée ou ne peut suffire. Lorsque l’on y a recours, cela démontre une inclination et un attachement à se projeter dans les vues de l’esprit.

S’éveiller c’est comme trouver son point d’équilibre. C’est l’équilibre dans le corps qui nous permet simplement de marcher. Je ne parle pas de devenir équilibriste. Toute personne en possession de ses moyens tient debout naturellement, sans faire d’effort. Illusionnés, c’est comme si nous ne pouvions nous passer d’une aide, d’une rambarde ou d’une béquille pour y parvenir.

Se laisser porter c’est ne plus faire de différenciation. C’est au contraire permettre que s’exprime l’homogénéité, l’appartenance. Souvenez-vous enfant, c’est le doute qui nous empêchait de tenir et de réussir à faire du vélo. C’est le doute qui nous empêchait de flotter et de nager sur l’eau… À chaque fois, à l’occasion d’une première fois, c’est le doute qui nous a paralysés et mis en échec. Quelle aptitude nous détenons pour nous disqualifier !

Apprendre à faire du vélo ou à nager n’exige pas un talent exceptionnel. Une fois que nous avons “pris le coup”, nous n’avons plus à nous en soucier. L’équilibre nous l’avions. C’est seulement la confiance qui nous faisait défaut. Nous parlons de “perdre” l’équilibre, mais ce n’est pas ainsi ; nous ne faisons qu’en sortir. L’équilibre fait partie de nous.

[quote align= »left » color= »#999999″]

Note : C’est notre personnage qui veut s’éveiller.

Tant qu’il espère que ça va lui arriver, tant qu’il s’en fait l’artisan, il va demeurer !

J’ai écrit quelque part : « n’allez pas vers l’éveil, vous en venez ! ».

Avant que le personnage se soucie de l’éveil, celui-ci est déjà là.

Le mental a seulement la force que nous lui donnons. Nous devons Voir et vivre, comment nous « Sommes », combien ça « Est », indépendamment de lui. Nous n’avons pas besoin du rôle pour exister. C’est bien de le savoir, mais il nous faut l’expérimenter concrètement afin de le valider.

Pour commencer, nous pouvons faire une pause afin de contacter cette qualité, cette identité naturelle et gratuite qui n’a pas besoin d’être jouée. Ainsi, dans la pause ou de pause en pause, nous trouvons la « vacance » … Laisser être … Voir ce qui reste… ce qui survit à tous nos « jeux », à tous nos « faires ». Plus nous goûtons, plus nous reconnaissons comment nous sommes portés ; plus nous nous lâchons… Le « poing » ne devient pas la « main », c’est la main qui se réalise en lui grâce à sa détente.

L’êtreté nous précède, la vérité précède tous nos mensonges. C’est elle qui ressent. C’est elle qui est continuellement bafouée dans l’illusion. Pour mentir, il faut une vérité. Paradoxalement, indirectement, chaque mensonge nous rappelle la vérité, nous la confirme !! Les mensonges ne remplacent pas la vérité, ils essaient de la cacher.

[/quote]

Arrêter d'être “spécial”

Si nous pouvons fermer la main, nous pouvons aussi l’ouvrir. Si nous pouvons masquer nos yeux avec les mains, nous pouvons aussi les retirer. Aujourd’hui, dans notre attitude illusionnée, c’est une idée, une croyance, une forme mentale, que nous avons placée sur notre conscience.

Nous ne sommes pas tous illusionnés de la même façon, parce que c’est chacun qui crée son illusion. Cela a commencé dans notre plus tendre enfance. Nous nous sommes détournés de l’innocence afin de nous conformer, afin de nous intégrer et parvenir à devenir une “personne”. Peut-on vraiment devenir autre chose ? Nous pouvons développer cette croyance. Cependant, l’illusion se conjugue au présent. Elle n’a pas d’existence concrète. Elle est comme un rôle qui doit être joué et déclamé encore pour prendre forme. Bien que nous soyons conditionnés, programmés, à tout moment nous pouvons relâcher cette logique, laisser le costume, afin d’être “simplement”, au contact de notre identité naturelle.

S’illusionner réclame un effort. C’est comme imposer une posture à notre corps alors qu’il en est libre.

Le “meilleur effort” est une détente*.

Laissez tout …

… ainsi que l’idée même de laisser.

Seule, la présence spontanée demeure.

La différence entre l’effort et la détente est que dans le premier cas nous ne faisons que changer ou “améliorer” le jeu, alors que dans le second nous laissons le jeu lui-même !

*Dans le sens de : quiétude, laisser être, faire confiance, abandon.