Contempler

La Source est première, sans alternative

La vérité est la vérité de tout temps. Elle est entière et incorruptible. C’est seulement parce que nos yeux et notre esprit sont fermés qu’ils nous empêchent d’en voir l’évidence.
La vérité n’est pas dissimulée ni annoncée pour plus tard. C’est chacun en soi, qui la diffère, qui veut s’en croire différent, mais pourtant utile et méritant pour la retrouver.

La Source est absolue. Elle vient avant nous, avant tout. Elle ne peut pas résulter de méthodes que nous appliquons à partir de l’illusion. L’illusion ne sait que fonctionner dans une logique duelle. Elle nous laisse croire qu’il existe un point de départ et un point d’arrivée.

Toutes nos conditions à l’éveil sont les mensonges du personnage pour continuer de se faire exister. Si la Vérité est “ici” et qu’elle ne se cache pas, cela veut dire que nous devons en avoir un accès immédiat. C’est à travers le jeu du mental, par tout ce que nous racontons que nous nous mettons en “échec.” Aussi, le mieux c’est de ne pas y recourir.

Bien souvent, nous pensons et faisons comme si la vérité dépendait de nous. Nous aimons croire que par notre “bon comportement”, nos pratiques et nos prières, elle va nous sourire et s’imposer à nous. En fait, avant même que nous nous asseyions pour notre méditation, que nous nous intéressions à elle, la vérité est pleinement là et disponible.

Comprenez qu’au-delà de toute argumentation, de tout projet, vous y Êtes déjà, “nous Sommes”, et qu’en dehors de la Vérité rien d’autre n’existe. Le mensonge de l’illusion ne remplace pas la Vérité. Seulement, il nous en détourne en nous persuadant d’un “ailleurs”.

Méditer ce n’est pas contempler. Si vous méditez, vous ne contemplez pas. Vous pourriez bien méditer toute votre vie sans pour autant expérimenter la contemplation.
Ces deux approches sont bien différentes. La contemplation n’est pas une technique, ni même une pratique destinée à développer des qualités spirituelles. Par contre, on pratique la méditation dans le but d’établir le calme mental, de pacifier l’esprit, de faire progresser l’attention, etc.

Ne pas assumer l’illusion et son personnage

Contempler n’est pas un exercice, une méditation, un entraînement, ce n’est pas un chemin vers… mais le fruit même, le but même, que l’on goûte en Soi. La Vérité n’est pas cachée. Elle n’est pas ailleurs ni dans un autre temps.
La contemplation ne se pratique pas. Ce n’est pas un travail sur soi, un entraînement duquel on attend un résultat. Contempler, c’est déjà vivre le résultat du fait de reconnaître en être à l’origine, en appartenance à l’unique Cause parfaite et absolu.

Bien différemment, la contemplation intervient comme un réveil. Elle est tel un soleil dans notre ciel. Elle est une émergence, un éclat radieux par-dessus l’ignorance. Elle ne vient pas l’utiliser et la nourrir. Elle nous permet de nous en libérer dans l’instant. C’est comme si elle nous disait : “tu n’es pas ce que tu crois être”.

En s’appliquant à la méditation le chercheur recherche un état, un niveau, une libération. À travers la contemplation le chercheur s’oublie dans la Source. L’objectif de la contemplation est de nous simplifier, d’ouvrir l’illusion et sa logique trompeuse. C’est elle qui croit en un second et nous convainc d’une séparation. Grâce à l’abandon, nous laissons l’idée d’un éloignement, celle d’un retour et surtout d’un rôle que nous aurions à tenir. Ainsi, directement, nous retrouvons et goûtons la contemplation que la Source met en nous.

La vérité ne se révélera pas dans une réussite du personnage ; elle surgira dans sa défaite.
Pour nous, réussir spirituellement rassure notre imposture. Cela la valorise et l’encourage à s’affirmer. Cependant, ce n’est pas ce dont nous avons besoin pour notre libération.
Au contraire, c’est de s’abaisser, de s’effacer, de s’oublier, qui permettra de dévoiler la vérité de notre Être. C’est le passage par le dénuement, la perte de notre identité factice, de nos ambitions dans le “jeu”, qui permettra cette mise en évidence.

Denis Marie