Le réenchantement de notre Nature

3e millénaire : Dans l’ignorance de nous-mêmes, de notre identité originelle, la devise “Liberté, égalité, fraternité” n’a aucun sens véritable. Ce n’est qu’une utopie républicaine, un idéal vers lequel toute société civilisée devrait tendre ; c’est l’idéal d’une citoyenneté inatteignable. Dans la connaissance de nous-mêmes, dans la présence d’être, ne découvrons-nous pas la réalité de la liberté, de l’égalité et la fraternité ?

3em_couvDM : Je ne dirai pas que ces devises n’ont aucun sens “véritable”. Ces devises, bien que nous les ayons forgées depuis notre ignorance, nous l’avons fait en le sein et avec les gènes de notre Nature fondamentale. Malgré notre sommeil, nous ne cessons d’appartenir pleinement à la vérité. Ici, dans cette vie, il nous est possible de constater qu’à la base de nos rêveries diurnes ou nocturnes demeure constamment notre corps physique avec la totalité de notre être enracinés en la présence, unis au vivant. Fondamentalement, ce que nous recherchons à travers toutes les formes relatives, comme nos désirs et nos projections, c’est la plénitude et le réenchantement de notre Nature. Notre fascination pour le jeu duel et illusoire que nous connaissons ne repose pas seulement sur une emprise que nous subissons. C’est aussi une tension du devenir, la sensation d’exister en tant que personnage amplifiée par les passions. L’objectif non avoué de toutes nos possessions, de toutes nos collections, c’est la confirmation d’un possesseur.
Nous savons embellir les apparences, magnifier les formes, afin d’être séduits et d’en faire des objets indispensables. Nous recherchons cette excitation captatrice qui semble nous rendre plus vivants, nous faire transcender le mensonge du costume et celui du décor. En fait, c’est comme s’il nous fallait rêver ces qualités pour que d’une image, tel un brouillon, nous osions caresser le réel. Cette vie humaine n’est-elle pas le lieu où chaque jour nous nous employons à essayer de concrétiser nos rêves, nos attentes de liberté, d’égalité et de fraternité ? Tout ce que nous sommes devenus, tout ce que nous possédons, d’une façon ou d’une autre nous l’avons “rêvé” ou “songé”…

(Lire la suite de l’article dans le numéro d’automne de la revue 3e Millénaire →)

Le Ciel absolu

3e millénaire : – L’éveil s’est produit, pour vous, au cours d’une étape physiquement très douloureuse de votre vie. Vous étiez à l’hôpital pour une lourde opération. Pouvez-vous nous dire en quoi cet éveil, que vous qualifiez volontiers d’« ordinaire », a-t-il changé votre relation à la souffrance
physique, à la maladie ?

3emillenaireDM : Comme beaucoup, je n’ai pas attendu de perdre la santé pour connaître la souffrance et souhaiter lui trouver une réponse. Me retrouvant gravement malade et dans l’impossibilité de vivre comme avant, cette question, ce besoin de réponses est devenu encore plus pressant. Le fait d’être plongé dans la maladie a provoqué une profonde remise en question. Qu’allais-je faire à présent ? Comment devais-je prendre cette situation ? Qu’est-ce que je n’avais pas compris ? Qu’est-ce que je n’avais pas su faire ? Il y avait des décisions à prendre. Je voyais bien que je pouvais compenser, que je pouvais me réfugier dans mes pratiques, ou encore me prendre pour quelqu’un de spécial dans la maladie. Toutes ces postures ressemblaient à des pansements sur une jambe de bois. C’était insatisfaisant. En fait, je ressentais que toute cette épreuve était une invitation pour aller voir tout au fond de moi. Plutôt que de me considérer comme une victime, je pressentais que cette épreuve était une opportunité. Bien souvent dans nos réactions, dans notre refus, nous ne faisons qu’ajouter de la souffrance à la souffrance. Il n’était donc pas question de surenchérir, mais d’essayer de comprendre le pourquoi, le sens de toute cette souffrance. La souffrance qui nous affecte ne repose pas tant sur des situations ou des faits que dans la façon dont nous les prenons et dans l’auto-jugement que nous nous infligeons…

(Lire la suite de l’article dans le numéro d’été de la revue 3e Millénaire →)

L’éveil et son mythe

Quand on dit “il n’y a personne”, ça veut dire que notre personnage est vide, que ce n’est qu’une comédie. En fait, il n’y a jamais eu quelqu’un. Aussi, tout cela n’était qu’un jeu. À présent, combien voulons-nous l’entendre ? Car, voyez-vous, ici, tout est déjà fini avant d’avoir besoin de commencer.

Si je vous dis que le père Noël n’existe pas, qu’il s’agit d’une histoire, cela signifie que rien de ce qui le concerne n’a jamais été vrai. Il en va de même pour nous, avec l’éveil et ledit chemin qui est censé nous y conduire. Ce n’est pas dans le réel. Nous nous sommes pris pour “quelqu’un”, un personnage avec toute son histoire. Ce n’est pas arrivé ! Tout ce qui s’est produit n’a eu de réalité que celle d’un jeu relatif. Sous le masque nous n’avons jamais cessé d’être “nous”, le Soi immuable.

Alors, qu’attendons-nous encore pour laisser toute cette comédie et assumer la réalité qui Est ? Le “chemin” durera aussi longtemps que nous l’emprunterons, que nous voudrons croire en notre histoire et que nous essaierons de la faire aboutir.

[blockquote name= » »]Question : Qui est ce nous imaginaire qui va laisser toute cette comédie ? Et qui va choisir la durée du “chemin” ?

Je pourrai aussi demander, mais qui est “celui” qui pose cette question ?

Il n’y a pas deux. Il n’y a pas un “second”. Illusionnés, nous sommes comme un comédien qui doit clamer son rôle pour le faire “exister”. C’est l’illusion qui s’auto-alimente et qui recherche en vain sa propre confirmation. L’image que j’utilise parfois est celle du renard qui tourne sur lui en essayant d’attraper sa propre queue.

L’illusion est vide. Elle se croit existante dans la tension du devenir, dans la projection d’un aboutissement.

Nous faisons beaucoup d’efforts pour maintenir l’illusion de notre personnage. Aussi, il peut également cesser cet effort, cette programmation, afin de se détendre dans sa nature tout comme le poing se détend dans la main. Cela peut prendre un instant, tout comme des années ![/blockquote]

S'oublier pour se trouver

Il s’agit de se détendre, de s’appuyer, afin de s’accueillir dans “ce qui reste”. C’est précisément l’appui, le fait de s’en remettre, qui révèle “ce qui reste”. C’est probablement un acte de foi. En dernier lieu, il ne peut rester que la Nature, l’origine, le non-né, l’essentiel.

Nos idées, nos sentiments, nos certitudes, vont et viennent au cœur de l’instant. Cependant, la Présence naturelle demeure immuable comme le ciel. Depuis toujours elle nous porte. Aussi, tout ce que nous-mêmes pouvons porter, c’est grâce à elle.

Le point brûlant

Il y a ici, un point brûlant que nous ne cessons d’esquiver. En même temps, ce point persiste. Il ne subit pas nos indécisions.

Nous disons de la vérité qu’elle éclate. Elle éclate parce qu’elle n’est pas notre fait. Notre fait c´est de la nier, c’est de nous croire différents et séparés d’elle. Tout cela n’est qu’une histoire avec nous-mêmes. Tout cela ne concerne pas la vérité qui Est.

Alors, qu’est-ce qui “Est”, malgré toutes nos histoires, indépendamment de tout ce que nous racontons ?

Cœur de chair

J’ai retenu de mes lectures cette phrase qui dit : “Aie un cœur et tu seras sauvé.”. Je crois me souvenir qu’elle provient d’un mystique chrétien.

“Avoir un cœur” c’est vivre l’Amour et l’actualiser. Cela commence avec nous. Est-ce que l’amour vibre et résonne en notre être ? Le plus souvent, nous voulons aimer sans être aimés, sans accueillir ce don merveilleux qui émane de notre Nature. Nous ne pouvons donner que ce que nous avons reçu et recevons. En fait, par nous-même nous ne donnons rien ; c’est toujours l’amour qui se donne et qui donne à travers nous. Nous sommes des vecteurs. Parfois, il nous arrive d’être aussi des catalyseurs.

Ce ne sont pas des actions aveugles qui peuvent nous aider, pour prendre soin du monde et des êtres qui le peuplent. Le mal qui ronge l’homme de ce temps c’est le manque d’amour. C’est uniquement l’amour qui nous donne la paix, la confiance, la plénitude et la générosité. Tous nos talents, nos richesses, nos théories, ne peuvent pas combler ou remplacer ce manque. Aussi, chacun à notre niveau, nous avons cette responsabilité, cet appel à transmettre et à témoigner de ce don précieux.

Que sommes-nous sans amour ? Des êtres exsangues en survie, dépourvus de tout repère, du souffle créateur qui les guide. La priorité dans nos vie devrait être celle de l’amour porteur de Vie. L’amour nous éclaire. Il nous place au sommet de notre incarnation. Il nous rend lucides. C’est par l’amour que fleurira notre humanité.

Lumière de vie

Le corps c’est comme une chose que nous avons, ce n’est pas une chose que nous sommes ; d’ailleurs nous le perdons. Nous perdons tout ce que nous “avons”, mais nous ne perdons pas ce que nous “sommes”. Le corps, nous ne cessons de le perdre. Tous les jours, instant après instant, nous le perdons un peu plus. Il se dégrade, il ne va pas en s’améliorant. Cependant, le fait de vivre ce qui est périssable et qui passe permet, en contrepartie, de reconnaître ce qui dure et qui ne passe pas.

Qu’est-ce qui ne bouge pas ? C’est la Nature qui ne bouge pas, c’est “l’éclat” en vous. En nous, il y a l’éclat du Vivant présent dès la naissance. Il ne dépend pas de nous ; il s’agit de la vie qui nous anime. Si nous lui “laissons la place”, il transparaît, il ne reste que lui. Cependant, nous l’avons perdu de vue et nous continuons de nous en détourner. Par contre, nous savons l’utiliser pour entreprendre une multitude de choses. C’est pareil à la nudité que nous savons déguiser afin de jouer divers rôles. À la base de chacun d’eux, sous le costume, il y a bien un corps nu ? Sinon, comment pourrions-nous revêtir nos habits et jouer toutes ces comédies ?

Dans nos vies, il existe une Présence naturelle, lumineuse, radiante, vivante… Cela n’est pas inanimé, insensible, comme ce verre sur la table. Bien sûr, nous avons aussi cette qualité pareille au verre à travers le corps, sa masse et sa forme. La différence, c’est qu’en nous il y a une vie, une vraie vie, toute la vie. C’est comme un trésor merveilleux qui jaillit spontanément, simplement, sans besoin de faire quoi que ce soit. C’est comme un feu, ou bien la lumière de l’ampoule d’un projecteur qui produit tous les cinémas. Elle est vive… À présent, voyez comment nous nous sommes détournés d’elle. Nous ne regardons que l’écran et le film projeté. Nous ne voyons plus l’éclat originel de l’ampoule. Nous suivons nos pensées, nos projections, sans en voir, sans en vivre la Nature première.

C’est bien cela notre méprise, dans l’illusion nous cherchons “l’ampoule” dans le film. Elle ne s’y trouve pas ! En même temps, l’image est pleine de lumière aussi. En elle, nous pourrions la distinguer dans les photons, les particules lumineuses qui s’agitent. Bien sûr qu’elle existe aussi sur ce plan. C’est pour cette raison que même dans l’illusion nous pouvons expérimenter la vérité. Cependant, si vous vous “retournez”, si vous revenez en vous, elle apparaît, pleinement visible ! Le problème c’est que nous n’avons pas réellement envie de la voir. Nous voulons continuer le cinéma, nous voulons la “fin du film”. Nous avons passé tellement de temps avec ce film, que nous pensons que ce serait une perte de le laisser, que cela gâcherait tous nos plans et notre vie. À l’inverse, nous préférons tirer un peu plus les rideaux, afin qu’il y ait plus d’obscurité, afin que l’image ait plus de relief, qu’elle soit encore plus convaincante.

En somme, l’illusion, le plus souvent, entretient l’illusion. C’est un truisme ! C’est pour cela que les situations où nous sommes perdus sont aussi des occasions, des moments intéressants. C’est vrai que nous n’aimons pas ça, que cela nous dérange. Au cinéma, lorsque la lumière rentre d’un seul coup, nous ne voyons plus l’image projetée qui s’affadit. À cet instant, cela provoque un bref égarement : où sommes-nous ? Il n’y a plus d’histoire, de film ! Nous sommes frustrés. En fait, cet égarement dans la perte est intéressant, de même que tous les moments de la vie où nous vivons de telles ruptures. Il n’est pas nécessaire de subir de grands accidents, mais de petits incidents, que, généralement, nous sommes tentés de combler, d’occulter précisément. Ne les comblez pas ; soyez curieux ! Demandez-vous ce qui se passe vraiment. Tous ces moments d’apparence inconfortable constituent des ouvertures. Au milieu d’eux, essayez de voir comment resurgit la vérité, comment elle est là, en fait.

Nous avons une idée sur la façon dont ça devait être, mais ce n’est qu’une représentation. Cela ne ressemble vraiment pas à ce que nous imaginons. Croyez-moi, cela ne ressemble pas du tout à ce que je pensais, parce que ce n’est pas quelque chose que l’on pense, tout simplement. La Lumière est libre de pensée, c’est un éclat direct et radiant.

Question : C’est une sensation ?

D.M. : Oui, entre autres, c’est plein de choses… tellement de choses ! Imaginez un peu lorsque vous êtes dans le meilleur de votre forme, au top, avec la joie, la satisfaction et tout le bonheur que vous vivez… Essayez d’évoquer, de retrouver ces impressions, ce sentiment, lorsque vous êtes vraiment comblés… et bien c’est comme cela. Nous sommes comblés sans aucune raison particulière. Dans cette vie, il arrive que nous vivions cet état-là, parce qu’il y a une situation donnée et de bonnes circonstances pour qu’il se produise. Cependant, ici, dans la simple reconnaissance, cela ne dépend d’aucune cause particulière. Cela n’est dû qu’à la nature. En elle-même, elle détient toute cette richesse.

Comment cela peut-il survenir dans cette vie relative ? Parce que nous permettons aux circonstances d’être favorables et que cela nous rend d’accord avec “l’ouverture”, tout simplement. Parce que nous sommes réceptifs et ouverts, nous vivons et goûtons la Nature. Nous nous permettons d’être rejoint par elle. Nous lâchons le contrôle, nous lâchons cette volonté qui s’efforce de manager l’espoir et la crainte. Nous la lâchons complètement en nous accordant une sorte d’autorisation. Comme si nous pensions “Ok, c’est bon… là : bonheur ! Nous pouvons être heureux”.

Rencontre du 27.01.2013 (extrait)

Le contact avec la vérité

À nouveau, je reviens sur ce que j’ai déjà dit : “laissez-vous rejoindre… laissez-vous rejoindre…” Il y a cette affirmation du Christ « la vérité fera de vous des hommes libres ». La “vérité”, ce n’est pas “nous” qui ferons de nous des hommes libres ; c’est la “vérité” ! Vous comprenez ? Donc, si nous permettons à la vérité, et cela peut être très concret, la vérité de la personne qui est là, la vérité de la pièce, de ce qui nous entoure… de nous laisser rejoindre… celle-ci nous dit, nous enseigne quelque chose sur elle-même. En cela, c’est une approche dynamique, parce qu’il y a toujours une vérité qui nous dit quelque chose. Nous aurons la vérité du facteur, la vérité du concierge, la vérité de… peu importe, elle est là. Que les choses, les situations, soient bonnes ou mauvaises ; elle est là ! Restez en contact avec la vérité. Par la suite, vous vivrez la vérité du dedans, celle qui est invisible et intime à votre être, parce qu’elle est partout. C’est pour cette raison que je n’invite pas à la méditation. Durant une vingtaine d’années je me suis appliqué à la méditation. Cependant, ce n’est pas ce qui m’a le plus aidé. Ce qui l’a fait, c’est de vivre ce lien qui nous unit à la vérité.

Permettez cet échange ; laissez-vous rejoindre. Bien sûr que c’est ouvert, lorsque nous ne sommes plus tournés sur nous-mêmes. Nous n’avons plus besoin d’être un “acteur”. C’est la vérité qui “fait le travail”, qui œuvre, ce n’est pas nous ou “moi”. Ce qui nous incombe c’est de nous laisser retrouver. Ainsi, nous arrêtons de projeter, ce qui à la base favorise nos cinémas. Si j’obstrue et que je me ferme à la vérité, alors je peux penser et croire en tout ce que je veux. C’est de cette façon que fonctionne l’illusion. Nous tirons les “rideaux” et nous nous inventons tout ce que nous voulons. En réalité, depuis la vérité que nous sommes, cela ne nous affecte pas. Le cinéma peut exister. Laissez-vous rejoindre… Passez du temps avec toute chose. Personnellement, j’ai passé beaucoup de temps “avec toute chose”. Pourtant, cela n’est même pas indispensable. J’ai passé du temps, c’est une façon de le dire. Goûtez les choses et la vie. C’est en fait plus de les “goûter” qui fera la différence. Si vous les goûtez ici, tout de suite, c’est l’évidence qui va vous parler. Nous n’avons pas à nous astreindre à cette vérité, je ne sais pas comment dire… il n’y a pas à rechercher une certaine expérience. C’est avoir confiance que cela vient d’elle. Il s’agit plutôt de confiance que d’une “expérience”. Cela vient du fait que nous nous détendons. Fondamentalement, ce qui nous manque c’est de la confiance. Si tu te détends, tu es porté, tu Vois ! Tu es comme en appui sur l’eau. L’eau est là, elle te soutient. Cependant, si tu doutes et bien tu coules. C’est le doute. Toutefois, il s’agit de “notre” doute. Aussi, cela va aller ! Ce n’est pas le doute du voisin. C’est notre doute. Nos doutes que sont-ils ? C’est un manque de confiance tout simplement. Nous venons tous de là. Nous avons tous eu des doutes et tous nous manquons de confiance. Nous savons très bien que ce n’est pas en “tendant”, en “contractant”, que nous y arrivons. C’est en relâchant, en ouvrant. Se laisser rejoindre c’est s’ouvrir. Ainsi, nous laissons la place à l’évidence. C’est dans l’évidence que l’éveil se fait. C’est dans l’évidence que cela se révèle. À nous de créer les circonstances de l’évidence, c’est une ouverture, une brèche dans le présent, cash, directe.

Lorsque tu reconnais que tu fuis l’instant, tu t’interroges : “pourquoi je veux fuir la présence ? Ma présence ? Ah oui, il faut que j’aille téléphoner ! Ah oui, j’ai des courses à faire !…” C’est marrant, nous avons plein de bonnes raisons de partir tout à coup. En le voyant, tu te dis que non, finalement, tu n’en veux pas ! Ainsi, nous commençons à être honnêtes. Au quotidien, nous parlons et reparlons de la vérité, mais concrètement nous n’en voulons pas. Nous voulons continuer notre “petit bazar”, notre histoire ! À présent : “humilité” ! D’accord, nous voyons enfin ce qui se passe ! Il nous faut reconnaître comment nous donnons la priorité à l’illusion. Cependant, il faut le VOIR. Sinon, nous restons dans l’ignorance. Ce qui est intéressant c’est de surprendre comment nous nous échappons du moment même de vérité. Prenez-vous la main dans le sac, en train de partir, de vous défiler ! Parce que vous allez voir, il y a une petite voix qui vous détourne et qui vous invite à délaisser vos bonnes résolutions. “Allons” dit-elle, il y a des choses plus importantes, de plus urgentes à faire, que toutes ces considérations spirituelles. D’un seul coup : Ah oui ! Il faut que nous partions. Il faut que nous allions faire un truc… quelque chose… Oui, nous avons tout un tas de bonnes raisons de “partir d’ici”. Surprenez-vous à faire cela.

Rencontre du 24.02.13 (extrait)

Ce qui est avant reste “avant”.

Ce qui, maintenant, va faire vraiment la différence, c’est combien vous lâchez tout le personnage qui veut contrôler l’affaire. C’est pour cela que, dans l’un des billets récents, j’ai parlé d’appuyer sur le bouton pause. Il ne s’agit pas de faire “une pause”. Il s’agit d’enlever le costume et de le démystifier. Parce que si nous nous contentons de faire une pause, cela reprendra ! Nous pourrions faire “pause” et “play” indéfiniment.

Vous voyez bien, cela fait maintenant des années que vous êtes là-dedans. Nous pouvons en effet faire des breaks, des coupures, mais nous revenons. Cela vient du fait que, fondamentalement, le “personnage” n’est pas désamorcé, il n’est pas démystifié, c’est-à-dire qu’il n’est pas vu juste pour ce qu’il est. Au regard de cette vérité, il est comme une ombre, mais l’ombre en elle-même se donne beaucoup de pouvoir.

À nouveau, passez du temps avec “ce qui Est”. Inversez l’énergie que vous avez donnée au pouvoir de l’imagination afin de redonner le pouvoir au réel ; soyez avec. Plus vous “serez avec”, plus le réel reprendra sa place. C’est comme un vêtement, plus nous retirons et plus nous voyons la nudité cachée en dessous et qui le soutient.

La question n’est pas d’enlever entièrement le costume. Nous nous en fichons ; c’est juste un costume ! Cependant, au départ, nous avons besoin de retrouver la confiance dans « l’éclat naturel”, en la Nature qui est “dessous”, qui nous “précède”, qui est “avant”. Aussi, cela passe peut-être par un petit “déshabillage” pour confirmer que cela va et qu’il existe bien “quelque chose” en dessous, qu’il n’y a pas que du “rien”. Il s’agit de restaurer la confiance, de sorte que nous puissions laisser le rôle et toute cette comédie… ou voir son humour tout simplement.

Lorsque je dis “laisser”, cela ne veut pas dire le mettre de côté ou s’en défaire. Cela veut dire “c’est juste un rôle” comme pour un comédien “c’est juste son rôle”. Il n’a pas besoin de prendre une douche pour l’enlever lorsqu’il quitte le théâtre. C’était une comédie, de l’humour, il n’a fait que jouer. Eh bien, dites-vous que vous avez joué pendant 20, 40, 50 ans… et ce n’est pas très grave, parce que c’est juste un jeu. La Vérité en vous, elle n’a pas bougé. Elle est restée intacte. Elle est parfaite. C’est en cela qu’à travers ma réalisation je n’ai rien trouvé, car c’est “ma vérité” qui a retrouvé la vérité, ce n’est pas l’illusion. L’illusion, elle, n’a rien retrouvé.

C’est un changement de référence. Nous passons du reflet à l’eau qui porte toutes les réflexions. Si nous avons l’eau, nous avons ses reflets, mais alors les reflets sont perçus différemment.

Rencontre du 30.06.2013 (extrait)

Libre en soi

L’êtreté naturelle se déploie d’elle-même. Elle n’a pas besoin d’un maintien, de la participation d’un “méditant”, ni d’un quelconque “observateur”. C’est à l’image du sens de l’équilibre qui, précisément, se révèle dès lors où toutes prises et toutes contraintes se trouvent libérées.