Que décidons-nous ?

Pourquoi ne s’éveille-t-on pas ? Parce que nous ne le décidons pas. Plus précisément, parce que, déjà, nous avons décidé du contraire en continuant de jouer un rôle, d’assumer un personnage, une représentation de nous qui n’est pas nous.

L’illusion n’a pas d’existence en tant que telle. C’est le fait de s’illusionner, de se raconter une histoire, qui nous laisse croire le contraire. La vérité est très simple, très concrète, très immédiate. Cependant, ce n’est pas ce que nous regardons et vivons. Ce que nous retenons ce sont nos idées, notre opinion de la vérité.

Au lieu de vivre la présence au monde, l’adhésion naturelle au “vivant”, à “cela qui Est”, nous nous projetons dans un discours, dans une bulle mentale où nos pensées conversent entre elles. Nous tournons sur nous-mêmes, suivons notre reflet. Dans cette dualité illusoire, rien d’autre, rien d’extérieur à nous n’est impliqué. La vérité elle-même n’est pas impliquée. C’est uniquement “cela” qui se croit existant dans une saisie, dans l’action de valider sa propre confirmation.

Avec Soi

Où que nous soyons, nous sommes avec nous-mêmes, avec Soi. Rien ne peut nous priver de cette relation, de cette appartenance. Nous seuls pouvons l’occulter, nous en détourner et l’ignorer. C’est dans cette attitude que nous souffrons et avons l’illusion d’un “personnage” et d’une séparation.

Nous sommes encombrés de nous-mêmes, de la présence à Soi naturelle, qui ressort lorsque nous sommes désœuvrés. Cette Ouverture spontanée et cognitive est immuable. Elle ne vient ni ne repart. Pourtant, obstinément, nous cherchons à l’occulter.

Comment espérer un éveil en maintenant un tel évitement ?

Au regard de notre réaction, nous pouvons comprendre comment l’Ouverture inobstruable remet en question notre posture de fermeture. L’éveil n’est pas une obtention du personnage ; il en est la libération.

La nature de l'obstacle

Il est plus facile de se jeter d’un pont que de se lâcher dans la présence.

Le premier saut vous grandit l’ego. Le second vous en libère.

[quote align= »left » color= »#999999″]Note : Le saut à l’élastique n’est qu’une métaphore. Loin d’être une performance, “se lâcher” c’est faire face et s’ouvrir à l’évidence, à la simplicité de ce qui Est. La nature de l’illusion n’est pas extérieure ou différente de nous. Si nous sommes notre propre obstacle ; ne sommes-nous pas aussi la solution ?

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Ouverture inobstruable*

Si nous ne refermons pas ; c’est ouvert. Je parle de “fermer”, mais il ne s’agit ici, que d’un détournement ou d’un repli symbolique. Nos “constructions”, nos élaborations mentales, n’ont jamais rien créé. C’est comparable au château de sable sur la plage. Il n’y a rien d’autre que du sable. En cela, se protéger de l’illusion semble un peu ridicule.

Tout le roman de notre vie se résume dans une idée. Je ne dis pas cela pour minimiser notre responsabilité et les conséquences de nos actes. Je le dis, afin que nous réalisions que tout ce que nous voulons croire n’est qu’une histoire, n’est qu’un mensonge au regard de la Présence spontanée. Le vivant, le monde réel, notre Nature, n’est pas impliqué dans le jeu de nos projections mentales. Vouloir bâtir un « château » ou chercher à le détruire, faire ou ne pas faire, c’est toujours s’impliquer et croire au même plan relatif et illusoire.

Ouvrez les yeux… Voyez… Au cœur du maintenant, rien n’a changé depuis notre venue au monde. Nous sommes ici, vivants, et c’est tout. Certes, nous avons vieilli, le décor n’est plus le même. Cependant, de tout ce qui s’est produit, de tout ce que nous avons traversé, ne perdure que la Présence et l’Ouverture, les mêmes qu’au tout début de notre vie.

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Note : Nous attendons “quelque chose” dans notre ouverture, alors que c’est l’ouverture elle-même qui est la réponse. Notre nature, la Lumière fondamentale, rend possibles tous les cinémas sans pour autant qu’elle les devienne.

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*Inobstruable : Ce terme n’est pas répertorié dans les dictionnaires Larousse et Robert. Il apparaît seulement dans Reverso.

Rien ne manque

Se révéler au contact de l’ennui.

Si vous rencontrez une situation ennuyeuse, alors, ne cherchez pas à fuir. Ne cherchez pas à vous distraire. Au contraire, utilisez cette occasion afin de vous passer de votre personnage et d’être “cela” que vous êtes, “cela” que nous sommes en vérité. Comprenez que c’est seulement le personnage qui s’ennuie. L’être, la vérité que nous sommes, ne connaît pas l’ennui. Cette êtreté se déploie gratuitement, spontanément, de façon inconditionnelle. Comment ne serions-nous pas bien ici, étant donné que nous y sommes déjà, étant donné que nous y sommes sans cesse ? Quel besoin de tenir un rôle, de s’occuper ? Quel besoin de justifier cette présence ?

Si vous vous ennuyez, lâchez votre personnage. Lâchez-le encore, lâchez cette idée de vous-même, et permettez à “cela qui est” d’être naturellement, de s’imposer plus que toute idée. Dans cette simplicité, dans cette spontanéité, nous sommes “entièrement”. Rien ne manque.

Écouter et entendre

Être dans l’écoute, ce n’est pas écouter mieux ou écouter davantage. Nous n’allons pas devenir ce que déjà nous sommes. Voyez en vous et tout autour comment s’actualise constamment le renouveau de la vie, dans sa fraîcheur et son éclat virginal. Être dans l’écoute, c’est permettre “cela”, être à “cela” qui entend. Habituellement, l’esprit s’emploie à analyser et à décrypter ce qui survient dans l’instant, ainsi que ses propres réactions… À présent, quel est le cœur, quel est “cela” qui les reçoit et qui les vit en définitive ?

L’écoute est une adhésion par le repos, en confiance avec le mouvement naturel. Spontanément, lorsque nous ne les retenons pas, nos constructions, nos solidifications mentales, se résorbent en leur propre nature, pareil aux vagues dans l’océan. Constamment, l’illusion, l’apparence, s’épuise laissant place à nouveau à la Présence originelle et immuable que, par-delà les formes, nous ne cessons jamais d’être.

Le mythe d'une séparation

Pour moi, il est important de dire et de redire ce que nous “sommes” et “là”, où nous sommes. Sinon, je m’adresse à une croyance et donne ainsi du crédit à ce qui n’est pas. L’une des choses les plus dévastatrices et irréversibles qui m’a frappé lors de la réalisation, a été de constater que, aussi loin remontait ma mémoire, j’avais toujours été ici, dans cet instant vivant, dans ce monde. C’est uniquement dans mon récit, dans le mental et ma logique conceptuelle, que j’avais “bougé”.

Quelle blague ! Malgré toutes nos entreprises, tous nos déplacements, nos gesticulations, nos gloires et nos échecs… Jamais, nous ne quittons la Présence. Nous demeurons ici, dans cet instant, au cœur du monde. Comment pouvons-nous croire le contraire ?

Comment dans ma recherche, tous ces maîtres que j’avais rencontrés et suivi l’enseignement m’avaient, nous avaient, laissé croire que nous étions ailleurs et séparés ? Quel était donc leur éveil, puisque eux aussi donnaient foi à un ailleurs et à la pratique d’un chemin pour “revenir” ? Bien que des textes bouddhistes affirment cette vérité absolue et immuable, dans les faits cela reste théorique. Il semble qu’à notre “niveau”, celle-ci ne sera possible que sous certaines “conditions”, plus tard dans un “autre temps” !?

Comme je l’ai déjà dit, il n’est pas nécessaire de prolonger le rêve, ni de le changer, ni de le finir, pour se réveiller. Cela revient à reprendre des somnifères. Il y a “ce que nous sommes” et “ce qui nous arrive”. Il y a l’océan et il y a les vagues. La Nature absolue ne dépend pas du relatif. Elle l’est déjà, et demeure ABSOLUE. Elle EST spontanément.

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Note : Quoi qu’il en soit, là, maintenant, n’êtes-vous pas “ici”, en vérité “ici” ?

En aucune façon nous ne bougeons d’ici, de la Présence. Aussi, nous devrions nous détendre… cela n’arrivera jamais !

Nous ne partons et ne revenons qu’en pensée et en rêve.

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Que reste-t-il ?

Dans de nombreux textes spirituels, on nous dit que la vie est semblable à un rêve. Pouvez-vous en faire l’expérience, ou trouvez-vous que c’est exagéré et que ce monde vous paraît plutôt réel ? Généralement, c’est seulement au réveil que nous réalisons que nous étions plongés dans un rêve. Aussi, dans notre cas, comment savoir si nous sommes endormis ?

Le matin, lorsque nous émergeons, nous retrouvons notre lit. Nous étions dans une histoire, et à présent il n’en reste rien. Ce qui caractérise le rêve c’est qu’il n’a pas de réalité. Il ne s’agit que d’une histoire. À tout moment, indépendamment de tout ce qui arrive, nous pouvons nous réveiller.

Peut-être vous êtes vous déjà dit que la mort n’était finalement qu’un réveil, que la fin d’une histoire. Qu’à travers elle, nous ne disparaissions pas, mais qu’au contraire nous réintégrions ce que nous sommes réellement. Pouvez-vous reconnaître que vous vivez une histoire ? Les histoires sont comme des rêves ; il n’en reste rien.

Que reste-t-il ici, où nous en sommes ? Que reste-t-il de notre vie ? Il n’en reste rien. Il ne nous reste que cet ici, que cette présence. Et tout ce que nous croyons avoir accumulé, construit, l’expérience, les souvenirs d’une vie accomplie, etc., reconnaissez que cela vous échappe et se passe de vous. A cet instant, cela prend forme et ne nous appartient que dans nos pensées qui, elles aussi, disparaissent et nous laissent seulement dans cet ici, dans cette présence vivante, claire et infinie.

Vivre en “live”

Passer dans le “live” ce n’est pas faire quelque chose de “spécial”. C’est “se distraire” et fuir le vivant, qui en est une. Je n’ai rien contre les loisirs et passer du bon temps. Cependant, on peut s’y adonner sans pour autant se détourner de Soi et de la Présence.

Malgré notre illusionnement, nous demeurons dans la vérité. Seulement, nous ne la connaissons pas, ou plus. Ne pas se distraire, c’est ne pas se couper de cet éclat spontané. On pourrait dire, c’est ne plus s’empêcher “d’être avec”, mais s’en remettre à “l’Ouverture” que nous nous employons à restreindre en vain. Lorsque nous cessons de maintenir, d’entretenir notre repli mental, il ne reste plus d’atermoiement, plus de filtre conceptuel, plus de condition pour vivre la Présence. Alors, spontanément, nous sommes en contact. Son flux nous emplit. Il nous rend participant et pleinement vivant.

Vidéo (extrait) Groupe Rencontre →