L'eau de la Vie

À travers la pleine détente, nous découvrons une assise, un repos absolu, que nous nous étions jusque-là refusés. Ainsi, nous réalisons la plénitude d’une Nature que nous croyions divisée, du fait des jugements et des oppositions conceptuelles que nous lui prêtions. Autant, nous avons pu nous identifier à toutes nos tensions, autant nous constatons que nous ne sommes aucune d’elles. Celles-ci nous ont traversés comme les nuages glissent dans le ciel. Si ce n’est que dans notre souvenir, en vérité, elles nous ont laissés libres et sans trace. Il y a tant de souffrances, de craintes et d’espoirs, que nous avons revécus, alors qu’en réalité ils n’étaient plus. C’est comme se réveiller d’un rêve ou d’un cauchemar. Surpris, nous redécouvrons la quiétude de notre chambre, ainsi que la chaleur d’un lit confortable.

Appartenir à notre Nature nous donne à vivre sa douceur, à partager une étreinte intime et familière. Sans aucune exception, sans aucune différence, nous sommes ses enfants. Dès lors, nous ne sommes plus perdus, tels des amnésiques ou des orphelins. Nous avons retrouvé notre place et l’honneur de notre lignée. C’est par cette appartenance, cette consanguinité, que dans le souffle de l’instant nous recevons directement le précieux héritage de la vie.

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Note : Nous n’avons pas le “ça tient tout seul”, ou l’évidence de “nous y sommes déjà”, parce que nous continuons de maintenir. Peut-être l’avons-nous compris et admis intellectuellement, mais pas “corps et esprit” avec l’entièreté de notre être. Il s’agit d’être confiant et de se lâcher, comme nous le faisons afin de trouver l’équilibre, afin de réussir à nager.

Note 2 : L’équilibre auquel je fais allusion n’est pas celui de l’acrobate. Généralement, nous parlons de « tenir » son équilibre, de le « garder »… En termes de confiance, c’est l’inverse. Il s’agit de se laisser tenir, de se laisser porter. C’est pour cela que j’associe cette notion à celle de la flottaison. Il est toujours possible de se maintenir à la surface en nageant. De même qu’il est possible de rester en équilibre en contrebalançant. Cependant, cela ne procure pas la libération de “celui” ou de “cela” qui tient et qui contrôle. “Cela” qui tient, qui maintient, n’est pas nécessaire. Nous pouvons le comprendre et l’admettre intellectuellement, mais ce n’est pas suffisant. Nous devons l’incarner afin d’en être concrètement libres. L’adhésion du corps n’est pas aussi abstraite. Ce dernier ne ment pas. Soit il s’abandonne et il flotte, soit il se tend et se met à couler. Ainsi, encore, il nous faut contrôler.

Note 3 (suite à un échange avec Yves) :

La formule que j’utilise depuis bien longtemps : “le poing cherche la main”, illustre ce que j’essaie d’exprimer. Fondamentalement, il n’y a aucune différence entre le poing et la main. Cependant, le poing se sent différent. Il se “sent”, ça ne veut pas dire qu’il l’est !

Dans notre recherche pour comprendre et résoudre cette sensation de différence, nous engageons essentiellement notre esprit, notre intelligence. Nous ne faisons pas une complète remise en question. Alors, le “rôle” ou le “personnage” auquel nous nous identifions prend en charge la quête de l’éveil. Comme on dit, nous sommes à la fois juges et coupables. Nous “comprenons” le fonctionnement de l’illusion, mais nous ne parvenons pas à la désamorcer.

Ce que j’essaie de dire est qu’il ne suffit pas de “comprendre” pour que l’illusionnement cesse. Il nous faut aussi nous impliquer avec notre corps de façon concrète. La distance que nous avons à parcourir n’est pas celle de l’intelligence, mais celle de la confiance. Au final, elle s’incarne dans le corps. Le déclic de l’éveil c’est comme apprendre à faire du vélo, ou à nager. L’équilibre ce n’est pas un ajout, un talent qui vient de l’extérieur, c’est la confiance que cela est déjà en nous. Nous devons faire confiance au fait que la main est dans le poing. C’est pour nous la seule façon de la détendre, pour qu’ainsi nous ayons la preuve qu’il n’y a rien besoin de tenir.

Généralement, tout le monde parvient à faire du vélo. Ce qui aide à franchir le pas, c’est d’enlever les petites roues que l’on a rajoutées à l’arrière. Aussi, pour nous, ces « petites roues », c’est notre masque, notre personnage avec ses histoires…

“Il nous faut aussi nous impliquer avec notre corps de façon concrète.” ?

Je veux dire “l’habiter”, comme notre maison de vie. Si nous sommes “chez-nous” dans notre corps, nous pouvons nous détendre et faire confiance. Comment nous sommes détendus dans le corps, nous dit quelle est notre adhésion à la vie.

C’est seulement par une adhésion complète, totale, comme sur l’eau, que l’on peut savoir qu’elle nous porte. La révélation, la libération, vient de voir, de constater, d’expérimenter, que c’est la vie qui nous porte, que ce n’est pas nous qui la portons. Alors, il n’y a plus besoin de nous cacher derrière un personnage, un ego, des stratégies…

Dans cette vie, à chaque fois que nous avons pris confiance, alors, nous avons lâché la main ou la rambarde à laquelle nous nous tenions.

On lâche ce qui nous a aidés, mais qui à présent nous encombre et nous empêche de vivre notre capacité. Ce lâchage est naturel et systématique ! Lorsque l’on sait nager, on se débarrasse de sa bouée. Le corps devient la « bouée ». Il est l’appui, le véhicule qui nous porte et qui nous lie à ce monde.

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Signe d'appartenance

Que nous nous sentions dignes ou indignes, acceptés ou rejetés, notre appartenance au monde ne change pas, ne s’altère pas. Tout ce qui advient, favorable ou défavorable, marque et signifie cette appartenance. Finalement, la reconnaître, c’est constater notre présence, notre émanation, et aussi que rien ne pourrait être sans elle. Toute tentative de faire quelque chose pour qu’elle existe ou pour la confirmer, ne vient que dans un second temps, ne servant qu’à valider la croyance d’une séparation.

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Le giron en Soi

Parce que nous sommes toujours divisés, une part en nous n’est pas accueillie. Comment avoir du cœur, comment aimer les autres, ceux qui nous entourent, si nous n’aimons pas “l’autre” en nous ?

Il est possible de s’adonner à de nombreux exercices spirituels, de pratiquer de longues heures, de développer notre compréhension, malgré tout, la dualité se prolongera du fait de notre divorce intime.

La réconciliation avec soi n’a besoin que d’amour généreux, que de compassion dirigée envers “celui” ou “celle” que nous rejetons intérieurement. C’est l’inverse de la dureté, du mépris, du jugement dont nous l’accablons. Lorsque nous cessons de marquer la différence, il n’y a plus de séparation. Tout comme se rejoignent naturellement les deux côtés d’un bras d’eau que l’on avait divisé.

Ce n’est pas par la force, à coup de mésestime, de soumission, que nous aidons les êtres et les incitons à s’élever. C’est par la confiance, la patience et les encouragements solidaires. Ce rôle incombe au “giron” qui prend sa source dans notre poitrine. L’ayant déjà vécu, nous portons son pouvoir à la fois maternel, paternel et divin. Nous détenons cette bonté réparatrice qui nourrit et qui prend soin. Si nous le laissons se donner en nous, il déploiera une énergie nouvelle. Il consumera notre honte, l’amertume, les doutes qui nous divisent. Il nous rendra aimants.

Mus par la douceur et la bienveillance, nous saurons relever l’enfant, “celle” ou “celui” qui tombe, le faible qui échoue. Nous lui viendrons en aide et resterons de son côté, au lieu de le morigéner, de le rabaisser, de le renier, comme le ferait un tyran.

 

Note : Dans “mystique ordinaire” lire : L’appel de la Source, le sein consolateur