Écouter et entendre

Être dans l’écoute, ce n’est pas écouter mieux ou écouter davantage. Nous n’allons pas devenir ce que déjà nous sommes. Voyez en vous et tout autour comment s’actualise constamment le renouveau de la vie, dans sa fraîcheur et son éclat virginal. Être dans l’écoute, c’est permettre “cela”, être à “cela” qui entend. Habituellement, l’esprit s’emploie à analyser et à décrypter ce qui survient dans l’instant, ainsi que ses propres réactions… À présent, quel est le cœur, quel est “cela” qui les reçoit et qui les vit en définitive ?

L’écoute est une adhésion par le repos, en confiance avec le mouvement naturel. Spontanément, lorsque nous ne les retenons pas, nos constructions, nos solidifications mentales, se résorbent en leur propre nature, pareil aux vagues dans l’océan. Constamment, l’illusion, l’apparence, s’épuise laissant place à nouveau à la Présence originelle et immuable que, par-delà les formes, nous ne cessons jamais d’être.

S'illusionner

En empêchant la lumière d’entrer, l’obscurité s’établit dans une pièce et la rend propice aux projections de cinéma. Nous concernant, c’est par différents moyens que nous nous fermons, que nous nous détournons de l’éclat de vie et de vérité afin de donner du pouvoir à nos histoires.

Avant que nous nous intéressions à la Présence, la Présence est déjà là. Tous les cinéma ont une source lumineuse sans laquelle ils n’existeraient pas. L’illusion pense détenir une vérité, mais celle-ci n’est pas la sienne. Si l’éclat du soleil scintille sur l’eau, c’est parce que, déjà, il brille au-dessus d’elle dans le ciel.

Lorsque nous plaçons nos propres mains sur nos yeux, nous sommes aveugles. Pourtant ici, il n’y a aucune cause, aucun élément extérieur qui s’interposent. L’unité est intacte. Ni nos yeux, ni nos mains, ne portent un handicap. Cependant, comment pouvons-nous fonctionner ainsi ?

Nous utilisons nos questionnements pour nous pré-occuper. Nous désertons la Présence et le concret pour aller dans notre cinéma intérieur et mieux nous attacher à une réalité abstraite et imaginaire.

“Tel que c'est”

Afin de réaliser le “tel que c’est”, il est préférable de “laisser la place”, de ne pas manipuler.

Généralement, je n’encourage pas les gens dans une approche méditative, parce que souvent, ils pratiquent avec l’idée d’un contrôle, ou bien d’un “maintien”. Dupés par la logique duelle et mensongère de leur personnage, ils s’imaginent être capables de surmonter l’illusion dont ils ne font que le jeu.

Notre Nature va bien. Elle n’a pas besoin d’être maintenue et encore moins de “quelqu’un” qui s’en charge. Si d’une façon ou d’une autre notre personnage intervient, comment pourra apparaître l’évidence de “ce qui Est”, de “ce” qui existe de lui-même, spontanément ?

[quote align= »left » color= »#999999″]Note : Parce que nous attendons quelque chose “d’autre”, quelque chose de “spécial”, l’ouverture spacieuse et l’éclat du vivant ne sont pas reconnus. Au lieu de cela, ils sont perçus comme “vide”, comme un “rien” insaisissable.

Lorsque nous rencontrons le caractère vide et ennuyeux de l’ouverture, comprenez que c’est encore le rôle qui expérimente ces perceptions. Ce n’est pas la vérité qui est vide, mais notre illusion et notre personnage. Arrêter de se projeter durant quelques instants ne fait pas que “celui” qui projette, ainsi que ses croyances, vont perdre toute force et disparaître. Pour un moment nous laissons notre jeu, mais sans être convaincus d’avoir à l’abandonner complètement. Nous voulons bien faire entrer un peu de vérité dans notre illusion, mais nous ne sommes pas prêts à libérer toute notre construction, à lâcher toute la tension et la crispation de notre personnage dans la vérité. À notre insu, nous tentons d’être l’acteur de notre libération, alors que la liberté c’est de se reconnaître libre de tout jeu.[/quote]

Arrêter d'être “spécial”

Si nous pouvons fermer la main, nous pouvons aussi l’ouvrir. Si nous pouvons masquer nos yeux avec les mains, nous pouvons aussi les retirer. Aujourd’hui, dans notre attitude illusionnée, c’est une idée, une croyance, une forme mentale, que nous avons placée sur notre conscience.

Nous ne sommes pas tous illusionnés de la même façon, parce que c’est chacun qui crée son illusion. Cela a commencé dans notre plus tendre enfance. Nous nous sommes détournés de l’innocence afin de nous conformer, afin de nous intégrer et parvenir à devenir une “personne”. Peut-on vraiment devenir autre chose ? Nous pouvons développer cette croyance. Cependant, l’illusion se conjugue au présent. Elle n’a pas d’existence concrète. Elle est comme un rôle qui doit être joué et déclamé encore pour prendre forme. Bien que nous soyons conditionnés, programmés, à tout moment nous pouvons relâcher cette logique, laisser le costume, afin d’être “simplement”, au contact de notre identité naturelle.

S’illusionner réclame un effort. C’est comme imposer une posture à notre corps alors qu’il en est libre.

Du mortel à l'éternel

Heureusement que le monde illusoire est impermanent. Ainsi, par l’usure et la destruction, par le vieillissement et la mort, nous pouvons reconnaître l’éternité en laquelle toute forme vient et repart.

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… Quand nous échouons, il nous faut bien comprendre que ce n’est pas nous qui échouons, mais notre aspect illusionné. En vérité, c’est l’échec de l’illusion. Notre esprit échoue, Dieu merci ! Sinon, nous ne pourrions jamais lui échapper. Bien qu’il échoue, notre identification à lui est telle que cela nous empêche de réaliser l’ouverture qui se trouve ainsi recréée. Dans notre réaction, alors que nos constructions s’écroulent, nous nous empressons de rebâtir de suite en oubliant de tirer les vraies leçons, tant il est vital pour nous de réussir. Réussir n’est pas mauvais en soi, mais il est probable que l’idée que nous nous en faisons ne soit pas juste. (L’éveil ordinaire, page 128)

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Se prendre pour

La relation avec l’aspect illusionné

Le mental n’est pas “quelqu’un”, de même qu’il n’est pas “autre”. Il s’agit d’un outil, d’une fonction que nous détenons. C’est comme le miroir que nous utilisons pour nous apprêter. Le reflet qu’il nous renvoie est vide. Il en va de même pour notre personnage. Il ne s’agit que d’une idée. L’illusion, ce n’est qu’une idée qui se gêne elle-même, et qui décide de se mettre en quête d’une solution en recherchant la vérité. Mais de quoi parlons-nous ??? C’est aussi cette idée qui veut rester dans “l’observateur” et qui tente d’éviter de “s’impliquer”…  Cela paraît logique du fait de notre identification. Aussi, c’est l’écueil que nous devrions éviter afin de ne pas mettre l’illusion sur le chemin de l’éveil.  

Fondamentalement, il n’y a même pas besoin de défaire cette identification. Il ne s’agit que d’une IDENTIFICATION. “Se prendre pour…” ne fait pas qu’on le devient. Au contraire, parce que nous ne pouvons pas le devenir, il nous faut nous y investir en essayant encore et encore. Comme il m’est arrivé de le dire : “nous pratiquons l’illusion”. Plutôt que d’assumer notre nudité, nous nous habillons, nous nous masquons. Tous les matins nous revêtons notre “costume”. Si le rôle se manifeste, s’impose, c’est parce qu’il est joué, c’est parce qu’il est nourri. Il y a donc bien un corps, une Présence initiale qui est à l’origine de l’illusionnement. C’est pour cela que j’invite à nous découvrir “avant”, plutôt que de nous rechercher “après”. 

La vérité reste vraie. Elle s’accomplit d’elle-même.  

Devant nous, il n’y a jamais eu qu’un “miroir”. Il n’y a personne d’autre.

(billet en réponse à l’e-mail de Nordine et à celui de Sylvain)

Ouvrir les cinémas

Ne changez pas de “film”, ouvrez le “cinéma”… Bougez au bon endroit !

Toutes les remises en question, les changements que nous avons faits jusqu’ici se sont produits dans la sphère de l’illusion. Nous avons changé d’illusion, mais nous n’avons pas mis au jour la mécanique de l’illusionnement.

Parce que nous nous détournons du concret, l’illusion, l’imagination, trouve les conditions qui lui permettent de s’imposer. Il faut de l’obscurité pour que le cinéma fonctionne. Aussi, préférez tirer les rideaux, ouvrir les volets, lever les paupières, afin que la lumière entre. Ainsi, l’image sur l’écran s’affadira et perdra naturellement sa force attractive.

Nous ne sommes pas “dans” l’illusion. Nous maintenons l’illusionnement. Les erreurs restent des erreurs parce que nous les considérons comme telles. À la base, il n’y a que la Nature, le flux du vivant, qui apparaît tantôt clair, tantôt sombre, comme l’alternance du jour et la nuit. La Présence est immuable. Elle est à l’image du ciel qui permet toutes les variations de climats possibles sans jamais les devenir.

Éveil de l'illusion, illusion de l'éveil

Certains ne veulent pas faire de choix, parce qu’ils considèrent que c’est “l’ego” ou leur “personnage” qui décide et qui ainsi se perpétue. Ils redoutent que l’illusion ne fasse que de l’illusion et que l’éveil ne demeure qu’un projet.

Cependant, ce qui n’est pas pris en compte ici, c’est le fait que d’être illusionné, de s’illusionner, relève déjà d’un choix. C’est en choisissant “l’histoire”, une “interprétation” à la place du réel, que nous nous en détournons. Cette préférence, c’est nous seuls qui la faisons. Nous ne sommes pas la victime d’un pouvoir tyrannique.

Si, dans notre vie, nous avons décidé de fermer “une porte”, il nous revient de décider de l’ouvrir ou du moins de ne plus la retenir. Il arrive que nous soyons exposés à des influences. Mais, il n’y a personne d’autre ou une force étrangère qui décide pour nous. Tant que nous croyons en un pouvoir extérieur, nous rejetons notre responsabilité et nous nous disqualifions dans l’attente. L’attente, c’est ce que la plupart “pratique”. Le résultat n’est pas probant !

C’est en décidant de ne plus nous bercer d’histoires, de ne plus souscrire aux croyances, de nous cacher derrière des idées en subissant, que nous permettons à l’éveil de nous rejoindre. Lorsque nous cessons de nous détourner de la vérité, de l’interpréter, celle-ci redevient pertinente. C’est grâce à cette évidence que nous nous éveillons.

Nous savons qu’à travers les pratiques spirituelles notre personnage peut continuer et même se renforcer. Cependant, la forme n’étant pas différente du fond, il est possible de l’utiliser pour “switcher”. À travers le « live » nous glissons du personnage sans qu’il n’en devienne l’acteur. Par une immersion totale dans le réel et le vivant, la forme se “donne” au fond.