L’éveil et son mythe

Quand on dit “il n’y a personne”, ça veut dire que notre personnage est vide, que ce n’est qu’une comédie. En fait, il n’y a jamais eu quelqu’un. Aussi, tout cela n’était qu’un jeu. À présent, combien voulons-nous l’entendre ? Car, voyez-vous, ici, tout est déjà fini avant d’avoir besoin de commencer.

Si je vous dis que le père Noël n’existe pas, qu’il s’agit d’une histoire, cela signifie que rien de ce qui le concerne n’a jamais été vrai. Il en va de même pour nous, avec l’éveil et ledit chemin qui est censé nous y conduire. Ce n’est pas dans le réel. Nous nous sommes pris pour “quelqu’un”, un personnage avec toute son histoire. Ce n’est pas arrivé ! Tout ce qui s’est produit n’a eu de réalité que celle d’un jeu relatif. Sous le masque nous n’avons jamais cessé d’être “nous”, le Soi immuable.

Alors, qu’attendons-nous encore pour laisser toute cette comédie et assumer la réalité qui Est ? Le “chemin” durera aussi longtemps que nous l’emprunterons, que nous voudrons croire en notre histoire et que nous essaierons de la faire aboutir.

[blockquote name= » »]Question : Qui est ce nous imaginaire qui va laisser toute cette comédie ? Et qui va choisir la durée du “chemin” ?

Je pourrai aussi demander, mais qui est “celui” qui pose cette question ?

Il n’y a pas deux. Il n’y a pas un “second”. Illusionnés, nous sommes comme un comédien qui doit clamer son rôle pour le faire “exister”. C’est l’illusion qui s’auto-alimente et qui recherche en vain sa propre confirmation. L’image que j’utilise parfois est celle du renard qui tourne sur lui en essayant d’attraper sa propre queue.

L’illusion est vide. Elle se croit existante dans la tension du devenir, dans la projection d’un aboutissement.

Nous faisons beaucoup d’efforts pour maintenir l’illusion de notre personnage. Aussi, il peut également cesser cet effort, cette programmation, afin de se détendre dans sa nature tout comme le poing se détend dans la main. Cela peut prendre un instant, tout comme des années ![/blockquote]

S'oublier pour se trouver

Il s’agit de se détendre, de s’appuyer, afin de s’accueillir dans “ce qui reste”. C’est précisément l’appui, le fait de s’en remettre, qui révèle “ce qui reste”. C’est probablement un acte de foi. En dernier lieu, il ne peut rester que la Nature, l’origine, le non-né, l’essentiel.

Nos idées, nos sentiments, nos certitudes, vont et viennent au cœur de l’instant. Cependant, la Présence naturelle demeure immuable comme le ciel. Depuis toujours elle nous porte. Aussi, tout ce que nous-mêmes pouvons porter, c’est grâce à elle.

Le point brûlant

Il y a ici, un point brûlant que nous ne cessons d’esquiver. En même temps, ce point persiste. Il ne subit pas nos indécisions.

Nous disons de la vérité qu’elle éclate. Elle éclate parce qu’elle n’est pas notre fait. Notre fait c´est de la nier, c’est de nous croire différents et séparés d’elle. Tout cela n’est qu’une histoire avec nous-mêmes. Tout cela ne concerne pas la vérité qui Est.

Alors, qu’est-ce qui “Est”, malgré toutes nos histoires, indépendamment de tout ce que nous racontons ?

Notre propre comédie

Malgré ce qu’ils vous disent, la plupart des gens ne veulent pas vraiment s’éveiller. Ils veulent continuer à « chercher », à « pratiquer », à « se projeter »… afin de conserver l’image d’eux, avec une histoire, un personnage, etc. Je n’essaie pas de leur faire des reproches, mais de pointer une attitude trompeuse qui consiste à entretenir de vains espoirs.

Dans l’éveil, il n’y a pas « d’obtention », mais plutôt un abandon. Le « regard premier » et libérateur est déjà là ! Nous nous éveillons à « notre Nature » qui ne dépend pas de conditions extérieures ou intérieures. Il n’y a rien à négocier, à rajouter, à stabiliser, à discuter. Notre seul « empêchement » repose sur une logique « d’occupation », sur un « jeu » qui nous est propre, qui consiste à masquer et s’imposer à la place du réel. En même temps, cette comédie se joue au sein même du réel ; elle n’en est pas la condition. C’est simplement quelque chose que nous lui préférons !

Munis du flambeau de l’honnêteté, nous pourrions instantanément la reconnaître pour ce qu’elle est, et nous voir libres.

Se cacher de la vérité

J’entrevois que pour certains être vrai, être spirituel, c’est comme appuyer sur le bouton “pause”. C’est peut-être la raison pour laquelle ils ne changent pas complètement, de crainte de devenir inaptes dans leur vie et dans leurs responsabilités au quotidien.

Il est parfois utile de s’arrêter de jouer, de laisser le rôle quelque temps pour nous aider à nous retrouver. Cependant, ce n’est là qu’un moyen, non un but en soi. “Être vrai” ne veut pas dire être sans rôle, sans implication dans la vie. Cela veut dire ne plus se mentir, ne plus se cacher derrière un jeu, une fonction, des responsabilités… Ce n’est pas “l’habit”, l’activité, qui nous ont conduits dans l’illusion. C’est nous qui avons décidé de les utiliser pour donner une crédibilité à nos histoires.

Le mythe de l'éveil

Bien que nous comprenions que l’illusion soit un mythe, nous ne cessons de nous débattre avec celui-ci comme s’il était réel. C’est comme si l’on nous avait dit que le père Noël n’existait pas, mais que dans notre incrédulité nous continuions de lui écrire pour commander de nouveaux jouets.

Perdre ses illusions semble si difficile. Pourtant, qu’avons-nous concrètement à abandonner ? Nous nous accrochons à une histoire vide dans le but de nous rassurer. Nous essayons de trouver le remède pour guérir un mal imaginaire. La vérité est plus évidente et plus simple ; “le père Noël n’existe pas !”

Avant tout, nous sommes

Notre Nature ne provient pas de nous, c’est nous qui provenons de notre Nature. C’est cela qui doit être reconnu. C’est une question de sincérité et d’humilité.

Que nous soyons silencieux ou bruyants, actifs ou passifs, confortables ou inconfortables… nous ne cessons d’être l’expression de la Nature. S’attacher à une forme, à un état plus qu’à un autre, c’est la plupart du temps ne plus vivre cette appartenance commune. C’est toujours croire que nous avons un quelconque pouvoir, une quelconque possibilité, d’être plus ou moins dans notre Nature, d’en être plus ou moins différents. C’est par cette croyance et notre réaction que l’illusion de prolonge. Nous nous fions à nos sensations, mais qu’elles soient agréables ou désagréables, elles ne nous qualifient ni ne nous disqualifient. Dans l’harmonieux et le dysharmonieux, avant tout, nous sommes. Notre êtreté est sans discontinuité. Nous n’allons pas devenir constants. Nous le sommes et le demeurons de par notre Nature. Le sable du château est aussi vrai lorsqu’il est érigé, que lorsqu’il est en ruine.

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La vue directe libre de concept

Certaines personnes ont réalisé la vacuité de leur personnage. Pour autant, elles n’ont pas réalisé l’illusion de leur mental. Du personnage, elles sont passées à d’autres concepts comme celui du “non-personnage” ou de “il n’y a personne”. Par conséquent, c’est toujours leur mental qui argumente et cherche à vendre cette découverte. Au lieu de laisser place à la vue directe, au “live”, à la grâce, elles s’en remettent encore à une(des) idée(s).
C’est une bonne chose de réaliser la vanité de certaines de nos idées maîtresses, toutefois, il est plus bénéfique de réaliser l’illégitimité et l’emprise du jeu hypnotique qui leur donne du pouvoir. Face au miroir, vous pouvez comprendre que cette image qui vous ressemble ce n’est pas vous, sans pour autant déduire, reconnaître que tous les reflets qu’il contient sont également des ombres vides.