La vue directe libre de concept

Certaines personnes ont réalisé la vacuité de leur personnage. Pour autant, elles n’ont pas réalisé l’illusion de leur mental. Du personnage, elles sont passées à d’autres concepts comme celui du “non-personnage” ou de “il n’y a personne”. Par conséquent, c’est toujours leur mental qui argumente et cherche à vendre cette découverte. Au lieu de laisser place à la vue directe, au “live”, à la grâce, elles s’en remettent encore à une(des) idée(s).
C’est une bonne chose de réaliser la vanité de certaines de nos idées maîtresses, toutefois, il est plus bénéfique de réaliser l’illégitimité et l’emprise du jeu hypnotique qui leur donne du pouvoir. Face au miroir, vous pouvez comprendre que cette image qui vous ressemble ce n’est pas vous, sans pour autant déduire, reconnaître que tous les reflets qu’il contient sont également des ombres vides.

Laisser tout tomber…

Laissez tout tomber… jusqu’à laisser tomber “le fait de laisser tomber”, ainsi que toutes les stratégies d’évitement. Il est important que plus une seule projection ne vous encombre, ne vous accapare. Videz tout votre sac, comme vous le feriez sous le regard d’un douanier tatillon, afin de lui confirmer que plus rien ne s’y trouve, et qu’ainsi, il le voit parfaitement vide.

Afin de découvrir notre Nature et d’en faire l’expérience concrète, nous devons nous dépouiller de tous nos états, ne retenir aucune forme, aucune posture. C’est dans une détente totale, dans le relâchement de toutes nos constructions que nous pouvons réaliser ce qui est libre d’élaboration ; la Nature fondamentale à laquelle nous appartenons.

Tout lâcher peut se résumer au fait de se lâcher soi.. En relâchant la seule saisie de nous-mêmes, de “celui” qui retient, tout est libéré de surcroît. Ainsi, nous vivons concrètement “ce qui est”, “tel que c’est”, la pure Présence. Toutefois, nous réalisons proportionnellement à ce que nous lâchons. C’est lorsque le lâchage est entier que se désamorce le jeu duel et qu’ainsi apparaît et s’impose “cela” qui tient de lui-même. Ce faisant, nous sommes affranchis de la vision conceptuelle. Il n’y a plus “ici” et “là-bas”, plus de quête. Dans l’unique instant, nous sommes libres de toute histoire entre un “sujet” et un “objet”. La Présence vive s’impose et se trouve magnifiée.

Être en vérité

Marquez votre appartenance en étant ici, chez vous, dans la Présence. En la présence vive la Lumière règne et dissout tous les cinémas mentaux. Le jeu duel n’a plus cours. Il n’y a plus d’histoire, de théorie avec “deux” ou un “second”. Il n’y a plus un dehors et un dedans, un haut et un bas, un vrai et un faux… Plus aucun concept ne prévaut. L’unité prime comme elle l’a toujours fait. Forme et fond, Terre et Ciel s’étreignent spontanément au sein d’un même espace clair et infini.

Soyez fidèles au Soi, à votre cœur, plutôt que d’être attachés à vos projections. À travers chacune d’elles, nous cultivons notre rêverie et le mythe d’une séparation. Nous prolongeons l’identification au personnage, qui à son tour se justifie par le biais de croyances.

Revenir chez soi, ce n’est pas changer de “film” ou le réécrire ; c’est oublier le cinéma pour nous retrouver à la maison. Aucun film ne comblera, ne compensera, ne remplacera, l’entièreté que nous ne vivons plus lorsque nous sommes dans l’ignorance, détournés de l’amour et de l’unicité de notre Nature.

[quote align= »left » color= »#999999″]Note : Si nous n’étions pas en divorce de nous-mêmes, si nous n’étions pas dans un jugement, dans notre propre disqualification, nous vivrions constamment dans la Présence. De par notre corps nous y sommes, mais à travers l’abstrait et les projections mentales nous éludons régulièrement le concret de notre incarnation. Au lieu d’être dans “le” monde, nous sommes dans “notre” monde.

C’est à travers le “live” et son actualisation que nous rejoignons la vérité de l’instant. Être ici, entièrement, sans atermoiements. Dès que nous lâchons notre cinéma, nous y sommes. Au départ, c’est comme une habitude qu’il nous faut inverser. Et puis, nous finissons par reconnaître notre fuite. Nous nous surprenons à choisir notre cinéma, notre interprétation du réel, plutôt que d’être en vérité. Nous réalisons qu’il n’y a ni victime, ni oppresseur, que nous seuls sommes à nous battre avec nos constructions, en proie à une vision duelle, à dédoublement schizophrénique.[/quote]

Éclat spontané

Pourquoi rechercher, espérer, ce qui est juste ici et auquel nous appartenons ?

Nous parlons d’éveil et de vérité, mais au lieu de nous intéresser à des concepts, nous devrions Voir et vivre ce qui est là, sous nos yeux. Nous nous laissons abuser par le langage et les mots, mais ceux-ci ne sont qu’une manifestation éphémère au sein de la Nature. La Nature, notre Nature, n’a pas besoin de mots, d’histoires ou de théories. Elle Est, spontanément, sans qu’il soit nécessaire d’intervenir.

Tout de suite, ne sommes-nous pas pleinement inclus dans l’espace de cet instant ? Voir, vivre, être embrassés par cette réalité concrète et dynamique, nous enseigne, nous fait réaliser, infiniment plus qu’avec les mots.

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Note : (réponse à Gilles au cours d’un échange)

L’éveil ou la réalisation ne repose pas sur une sorte de « saut » ou sur une quelconque action transcendante. En fait, il s’agit d’un dégagement, de la disqualification de l’esprit conceptuel par la reconnaissance que tout ce qu’il affirme est faux, dans le sens où il ne s’agit que de propos.

La Nature éveillée est directe, tout comme les sons que captent nos oreilles, ou les images qui parviennent à nos yeux. Cela opère spontanément, sans médium, depuis bien longtemps. Ça l’est pour tous et de façon équanime, que l’on soit intelligent ou idiot, adulte ou enfant… Cependant, nous l’avons négligé, minimisé et relégué au second plan.

Le réel n’a pas besoin de l’esprit, il s’en passe, et c’est déjà comme ça. Quelle merveille ! C’est bien mieux que tout ce que l’on a pu imaginer. On pourrait dire que tous nos mots sont mensonge, car ils ne peuvent dire la Vérité. Ils essaient de nous entraîner dans une représentation de celle-ci, mais ce n’est qu’imagination. La Vérité s’affirme directement. Il s’agit d’une seule et même Nature, d’un même Ciel auquel tout, absolument tout appartient.

Lorsqu’une information nous parvient, par habitude le mental s’en empare. Il se donne un rôle. Pourtant, il est important de Voir ce qui est déjà là, comme notre présence et le décor où nous nous tenons.

Une simplicité, une ouverture, un éclat, nous accueillent bien avant, indépendamment de tous les mouvements de l’esprit. Ainsi, nous pouvons ressentir et vivre cette appartenance. Nous pouvons goûtez la détente ineffable du « chez Soi »… Nous ne sommes plus orphelins, perdus et en quête de compensations.

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Ne pas en reprendre

Certains pensent qu’avec le temps, l’éveil finira par leur tomber dessus, comme “tout cuit dans le bec”. Cela arrive dans certains cas, mais c’est assez exceptionnel.

J’ai plutôt envie de dire que, si l’éveil et la libération ne sont pas en haut sur la liste de nos priorités, ils ne se produiront pas.

Lorsque l’on est en addiction, on ne lâche pas le morceau comme ça. Sortir de nos croyances réclame certains efforts, de l’endurance, de la persévérance, du courage… Il y a des rechutes, des passages à vide… Probablement que nous avons une formidable compréhension, une expérience des pièges que l’on rencontre tout au long de la quête. Cependant, si nous ne lâchons pas certains automatismes, certaines habitudes illusoires, aucun changement radical ne prendra place. Nous resterons coincés “entre deux chaises”. Cela peut durer longtemps.

Nous aimons dire qu’il n’y a “rien à faire” pour s’éveiller. C’est vrai, l’éveil se manifeste de lui-même. Toutefois, il s’agit de le permettre, afin de passer de la connaissance à l’évidence. Si nous continuons de “consommer” l’illusion, “d’en faire”, nous ne parviendrons pas à reconnaître, à réaliser l’autolibération, la Vérité spontanée. Tant que nous agitons l’eau, elle s’agite… sa nature absolue ne nous apparaît pas. Notre effort dans ce cas ne porte pas sur l’éveil, mais sur l’irrépressible envie de s’impliquer dans l’illusion.

La façon simple de se désintoxiquer, c’est de “ne pas en reprendre” et ce, jusqu’à en être libre.

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Note : Je suis convaincu que nombre d’entre vous ont une bonne compréhension, et pour certains, la reconnaissance de leur Nature. À présent, sommes-nous libres dans les faits ? Notre réalisation doit également se traduire dans l’action. Parce que notre illusion s’est propagée sur un plan trivial, c’est au cœur de la trivialité qu’il est nécessaire de libérer. Je conviens qu’il est possible de se libérer sur un seul déclic. Il existe des témoignages. Mais, la plupart du temps, notre addiction est tenace, elle s’est enkystée et nous devons nous y reprendre à plusieurs fois. 

Si vous vous arrêtez la première fois, vous n’aurez pas besoin d’une seconde fois. Si vous le faites la seconde, vous n’aurez pas besoin de la troisième… Cela se fera progressivement en fonction de la “solidité” de vos croyances et de votre détermination. Finalement, dans le fait de “s’arrêter”, nous n’atteignons rien de nouveau. Nous ne faisons que permettre un “état ordinaire”, ou l’expression naturelle de ce qui Est fondamentalement. C’est parce que vous re-vivrez le caractère immuable et parfait de votre Nature que s’imposera la réalisation, étant donné qu’il n’y a jamais rien eu d’autre.

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Note II : “Le beurre et l’argent du beurre”, on en revient à cette formule.

Nous aimons penser que si l’absolu englobe notre relatif, c’est bon, nous pouvons le garder comme il est. La seule chose, c’est qu’en agissant de la sorte, c’est le relatif, la vision étroite de l’absolu que nous continuons de vivre dans les faits. La “solidité” de notre illusion demeure intacte. Notre avancée consiste à nous satisfaire seulement d’une potentialité. Sinon, nous expérimenterions la liberté. Nous irions “au-dehors”, plutôt que de préférer notre vieille prison. Il est possible d’être libre dans sa prison. Cependant, si celle-ci est notre création, pourquoi à nouveau la recréer ? Pourquoi s’y enfermer ?

Toutes nos considérations dans l’illusion ont aussi la nature de l’illusion. C’est comme si c’était toujours l’illusion qui donnait la réponse. Bien sûr, c’est aussi l’illusion qui pose les questions, mais là, ça semble plus normal. Lorsque l’on vit l’impersonnalité, ça n’a rien a voir avec le costume, avec le théâtre et le jeu. Nous passons sur une autre dimension. Nous devenons le céleste plus que le terrestre. Nous réalisons que le bonheur réside en le Ciel (le Royaume), bien plus qu’en tous les objets qui s’y trouvent. Toutes ces choses, en fait, n’ont jamais fait que nous le montrer. La saveur du Bonheur céleste rend les bonheurs terrestres bien fades, pareils à de simples reflets. Aussi, leur attrait s’épuise de lui-même.

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