Lumière de vie

Le corps c’est comme une chose que nous avons, ce n’est pas une chose que nous sommes ; d’ailleurs nous le perdons. Nous perdons tout ce que nous “avons”, mais nous ne perdons pas ce que nous “sommes”. Le corps, nous ne cessons de le perdre. Tous les jours, instant après instant, nous le perdons un peu plus. Il se dégrade, il ne va pas en s’améliorant. Cependant, le fait de vivre ce qui est périssable et qui passe permet, en contrepartie, de reconnaître ce qui dure et qui ne passe pas.

Qu’est-ce qui ne bouge pas ? C’est la Nature qui ne bouge pas, c’est “l’éclat” en vous. En nous, il y a l’éclat du Vivant présent dès la naissance. Il ne dépend pas de nous ; il s’agit de la vie qui nous anime. Si nous lui “laissons la place”, il transparaît, il ne reste que lui. Cependant, nous l’avons perdu de vue et nous continuons de nous en détourner. Par contre, nous savons l’utiliser pour entreprendre une multitude de choses. C’est pareil à la nudité que nous savons déguiser afin de jouer divers rôles. À la base de chacun d’eux, sous le costume, il y a bien un corps nu ? Sinon, comment pourrions-nous revêtir nos habits et jouer toutes ces comédies ?

Dans nos vies, il existe une Présence naturelle, lumineuse, radiante, vivante… Cela n’est pas inanimé, insensible, comme ce verre sur la table. Bien sûr, nous avons aussi cette qualité pareille au verre à travers le corps, sa masse et sa forme. La différence, c’est qu’en nous il y a une vie, une vraie vie, toute la vie. C’est comme un trésor merveilleux qui jaillit spontanément, simplement, sans besoin de faire quoi que ce soit. C’est comme un feu, ou bien la lumière de l’ampoule d’un projecteur qui produit tous les cinémas. Elle est vive… À présent, voyez comment nous nous sommes détournés d’elle. Nous ne regardons que l’écran et le film projeté. Nous ne voyons plus l’éclat originel de l’ampoule. Nous suivons nos pensées, nos projections, sans en voir, sans en vivre la Nature première.

C’est bien cela notre méprise, dans l’illusion nous cherchons “l’ampoule” dans le film. Elle ne s’y trouve pas ! En même temps, l’image est pleine de lumière aussi. En elle, nous pourrions la distinguer dans les photons, les particules lumineuses qui s’agitent. Bien sûr qu’elle existe aussi sur ce plan. C’est pour cette raison que même dans l’illusion nous pouvons expérimenter la vérité. Cependant, si vous vous “retournez”, si vous revenez en vous, elle apparaît, pleinement visible ! Le problème c’est que nous n’avons pas réellement envie de la voir. Nous voulons continuer le cinéma, nous voulons la “fin du film”. Nous avons passé tellement de temps avec ce film, que nous pensons que ce serait une perte de le laisser, que cela gâcherait tous nos plans et notre vie. À l’inverse, nous préférons tirer un peu plus les rideaux, afin qu’il y ait plus d’obscurité, afin que l’image ait plus de relief, qu’elle soit encore plus convaincante.

En somme, l’illusion, le plus souvent, entretient l’illusion. C’est un truisme ! C’est pour cela que les situations où nous sommes perdus sont aussi des occasions, des moments intéressants. C’est vrai que nous n’aimons pas ça, que cela nous dérange. Au cinéma, lorsque la lumière rentre d’un seul coup, nous ne voyons plus l’image projetée qui s’affadit. À cet instant, cela provoque un bref égarement : où sommes-nous ? Il n’y a plus d’histoire, de film ! Nous sommes frustrés. En fait, cet égarement dans la perte est intéressant, de même que tous les moments de la vie où nous vivons de telles ruptures. Il n’est pas nécessaire de subir de grands accidents, mais de petits incidents, que, généralement, nous sommes tentés de combler, d’occulter précisément. Ne les comblez pas ; soyez curieux ! Demandez-vous ce qui se passe vraiment. Tous ces moments d’apparence inconfortable constituent des ouvertures. Au milieu d’eux, essayez de voir comment resurgit la vérité, comment elle est là, en fait.

Nous avons une idée sur la façon dont ça devait être, mais ce n’est qu’une représentation. Cela ne ressemble vraiment pas à ce que nous imaginons. Croyez-moi, cela ne ressemble pas du tout à ce que je pensais, parce que ce n’est pas quelque chose que l’on pense, tout simplement. La Lumière est libre de pensée, c’est un éclat direct et radiant.

Question : C’est une sensation ?

D.M. : Oui, entre autres, c’est plein de choses… tellement de choses ! Imaginez un peu lorsque vous êtes dans le meilleur de votre forme, au top, avec la joie, la satisfaction et tout le bonheur que vous vivez… Essayez d’évoquer, de retrouver ces impressions, ce sentiment, lorsque vous êtes vraiment comblés… et bien c’est comme cela. Nous sommes comblés sans aucune raison particulière. Dans cette vie, il arrive que nous vivions cet état-là, parce qu’il y a une situation donnée et de bonnes circonstances pour qu’il se produise. Cependant, ici, dans la simple reconnaissance, cela ne dépend d’aucune cause particulière. Cela n’est dû qu’à la nature. En elle-même, elle détient toute cette richesse.

Comment cela peut-il survenir dans cette vie relative ? Parce que nous permettons aux circonstances d’être favorables et que cela nous rend d’accord avec “l’ouverture”, tout simplement. Parce que nous sommes réceptifs et ouverts, nous vivons et goûtons la Nature. Nous nous permettons d’être rejoint par elle. Nous lâchons le contrôle, nous lâchons cette volonté qui s’efforce de manager l’espoir et la crainte. Nous la lâchons complètement en nous accordant une sorte d’autorisation. Comme si nous pensions “Ok, c’est bon… là : bonheur ! Nous pouvons être heureux”.

Rencontre du 27.01.2013 (extrait)

La Nature du jeu

Voyez l’âne attaché à sa meule. Malgré les kilomètres parcourus à tourner durant des années, il se retrouve au même endroit lorsqu’il s’arrête. Comprenez que tout est déjà parfait en Nature. Ce que vous tentez d’accomplir ne se situe que sur le plan de l’histoire et d’une projection de l’esprit. “Décrochez” pour retrouver le “monde réel”. Comme vous le feriez pour vous défaire d’un jeu captivant sur un écran. Plus nous nous passons du jeu et moins il nous semble existant. De même que plus nous ouvrons les volets, moins il y a d’obscurité à dissoudre. Ce n’est pas qu’elle ait vraiment existé en tant que telle. Ce n’était qu’une conséquence, qu’un effet secondaire de la fermeture.

Voir et comprendre

Nous devrions bien faire la distinction entre “comprendre” et “voir”. Communément, nous disons “tu vois ce que je veux dire”. Sur le plan spirituel, “voir” n’est pas synonyme de “comprendre”. Il désigne la clarté et la qualité cognitive inhérente à la Nature. Lorsque nous “comprenons”, c’est notre mental, notre intellect, qui est sollicité. Le Voir est spontané. Pareil au miroir, il est un éclat non discriminant, une ouverture qui embrasse tout.

“Voir” n’a pas le seul sens de regarder ou de percevoir. De façon plus essentielle cela se rapporte à une Vue directe liée à notre Être, qui s’exerce à travers tous nos sens. Instantanément, ça Voit ! Ainsi, cela ne dépend pas d’une volonté. Nous pouvons ignorer cette qualité, mais cela ne fait pas qu’elle cesse en nous. Voir est spontané et constant.

La vie se donne, se produit ici, dans l’instant, dans un renouveau permanent. Illusionnés, nous oublions ce surgissement originel. Nous ne retenons que ce que nous en faisons, les façons dont nous l’exploitons. Comme on se branche à une source d’énergie, nous l’utilisons pour nos projections et toutes nos constructions. Pourtant, en nous, le vivant scintille comme un cristal flamboyant. Malgré notre cécité, depuis toujours, il brille et nous prodigue sa force, sa chaleur et son amour.

(les commentaires ne sont pas ouverts pour cet article)

Ouverture inobstruable*

Si nous ne refermons pas ; c’est ouvert. Je parle de “fermer”, mais il ne s’agit ici, que d’un détournement ou d’un repli symbolique. Nos “constructions”, nos élaborations mentales, n’ont jamais rien créé. C’est comparable au château de sable sur la plage. Il n’y a rien d’autre que du sable. En cela, se protéger de l’illusion semble un peu ridicule.

Tout le roman de notre vie se résume dans une idée. Je ne dis pas cela pour minimiser notre responsabilité et les conséquences de nos actes. Je le dis, afin que nous réalisions que tout ce que nous voulons croire n’est qu’une histoire, n’est qu’un mensonge au regard de la Présence spontanée. Le vivant, le monde réel, notre Nature, n’est pas impliqué dans le jeu de nos projections mentales. Vouloir bâtir un « château » ou chercher à le détruire, faire ou ne pas faire, c’est toujours s’impliquer et croire au même plan relatif et illusoire.

Ouvrez les yeux… Voyez… Au cœur du maintenant, rien n’a changé depuis notre venue au monde. Nous sommes ici, vivants, et c’est tout. Certes, nous avons vieilli, le décor n’est plus le même. Cependant, de tout ce qui s’est produit, de tout ce que nous avons traversé, ne perdure que la Présence et l’Ouverture, les mêmes qu’au tout début de notre vie.

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Note : Nous attendons “quelque chose” dans notre ouverture, alors que c’est l’ouverture elle-même qui est la réponse. Notre nature, la Lumière fondamentale, rend possibles tous les cinémas sans pour autant qu’elle les devienne.

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*Inobstruable : Ce terme n’est pas répertorié dans les dictionnaires Larousse et Robert. Il apparaît seulement dans Reverso.

Le concret nature de l'abstrait

À travers le “live” nous prenons appui sur ce que vos yeux voient, sur l’évidence et le concret. Lorsque nous ne le faisons pas, c’est vers le mental et nos pensées que nous nous tournons.

Ce contact, cette communion, au réel qui nous entoure, visent à la détente, à l’adhésion confiante. Ça n’a rien à voir avec une sorte d’exercice de focalisation. En posant notre regard sur ce qui l’emplit, c’est un abandon, un repos complet que nous permettons, pareil à celui que nous vivons à travers le sentiment d’amour ou dans l’étreinte du giron.

Aujourd’hui, notre tendance est de penser ce que nous voyons et de voir ce que nous pensons. In fine, nous ne faisons qu’observer notre propre intellect sans le reconnaître. À la réalité du moment, nous superposons une nouvelle projection. Ainsi, nous inventons “notre monde”…

Trouver sans le chercheur

Ce que nous appelons quête spirituelle ne se déroule pas dans les investigations du mental. Curieusement, il ne s’agit pas d’investir le monde abstrait, mais de réaliser que le concret est de nature abstraite. Le ciel ne se situe pas au-dessus de nos têtes. Il est absolument partout. Aussi, il est vain de le rechercher ailleurs, ou dans un autre temps.

La forme recherche le fond. La vague recherche l’océan. Nous nous croyons différents, séparés, mais il n’en est rien. Tant que nous suivons l’esprit discursif et les projections mentales, nous demeurons en retrait du réel où nous sommes, auquel nous appartenons. Le mental nous “isole” dans une subjectivité, dans une individualité, dans un rêve éveillé, alors que nous sommes simplement ici, dans ce présent, dans une êtreté spontanée libre de tout conditionnement.

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Note : Il ne s’agit pas de se “maintenir”, mais de réaliser “cela” qui déjà nous porte. Le but n’est pas de devenir un expert, mais de reconnaître et de s’oublier en “cela” que nous sommes spontanément, indépendamment de toute volition. Si notre quête n’aboutit pas, c’est parce que nous continuons de nous investir dans le mental, comme tous les êtres qui s’illusionnent. Nous ne faisons qu’ajouter des idées, des projets spirituels à notre histoire. Dans les faits, nous continuons de nous détourner de la Présence, de l’êtreté, en maintenant notre bulle de rêve. Aussi, l’important n’est pas de chercher, mais de trouver. Arriver ici, arriver dans ce vivant, est un réveil à “ce qui Est”. C’est passer de “notre monde” “au monde”, celui de l’imaginaire et des théories au concret, au vivant. C’est être en “live”.

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L'illumination dans l'Écoute

Un don s’actualise, une vérité se dit, mais cela nous ne le voyons pas parce que nous ne sommes pas disponibles. Nous sommes emplis de nous-mêmes et de toutes nos idées, aussi, il n’y a pas la place. Comment Voir et vivre la Nature du monde, telle qu’elle est, lorsque nous projetons en permanence sur elle ? L’êtreté nous en parlons beaucoup, mais combien la vivons-nous, la laissons-nous éclairer notre vie ?

Au nom d’une pseudo liberté intellectuelle, certains jugent, interprètent, contredisent mes propos. Les personnes illusionnées savent mieux que celui qui est éveillé. Si vous voulez, très bien, c’est comme ça… Mais à quoi ça les avance ? À se prouver qu’eux aussi ils ont une sagesse et le pouvoir de l’éveil ?

Je ne suis qu’un vecteur. Je ne prétends pas dire la vérité, car celle-ci se proclame d’elle-même, spontanément. Tout est vrai (nous inclus), tout le temps, et rien ne sera plus vrai que ça ne l’est actuellement. En avoir la seule compréhension intellectuelle ne fait pas qu’on en jouit concrètement au quotidien. Par contre, c’est dans le contact, dans notre écoute, dans notre regard, qu’enfin cela apparaîtra. Aussi, permettez-vous d’être rejoint. Rendez-vous disponible, réceptif, en communion… L’enseignement ultime et salvateur réside, se révèle, à travers notre capacité d’écoute et non dans la transmission d’un quelconque secret.

Être en vérité

Marquez votre appartenance en étant ici, chez vous, dans la Présence. En la présence vive la Lumière règne et dissout tous les cinémas mentaux. Le jeu duel n’a plus cours. Il n’y a plus d’histoire, de théorie avec “deux” ou un “second”. Il n’y a plus un dehors et un dedans, un haut et un bas, un vrai et un faux… Plus aucun concept ne prévaut. L’unité prime comme elle l’a toujours fait. Forme et fond, Terre et Ciel s’étreignent spontanément au sein d’un même espace clair et infini.

Soyez fidèles au Soi, à votre cœur, plutôt que d’être attachés à vos projections. À travers chacune d’elles, nous cultivons notre rêverie et le mythe d’une séparation. Nous prolongeons l’identification au personnage, qui à son tour se justifie par le biais de croyances.

Revenir chez soi, ce n’est pas changer de “film” ou le réécrire ; c’est oublier le cinéma pour nous retrouver à la maison. Aucun film ne comblera, ne compensera, ne remplacera, l’entièreté que nous ne vivons plus lorsque nous sommes dans l’ignorance, détournés de l’amour et de l’unicité de notre Nature.

[quote align= »left » color= »#999999″]Note : Si nous n’étions pas en divorce de nous-mêmes, si nous n’étions pas dans un jugement, dans notre propre disqualification, nous vivrions constamment dans la Présence. De par notre corps nous y sommes, mais à travers l’abstrait et les projections mentales nous éludons régulièrement le concret de notre incarnation. Au lieu d’être dans “le” monde, nous sommes dans “notre” monde.

C’est à travers le “live” et son actualisation que nous rejoignons la vérité de l’instant. Être ici, entièrement, sans atermoiements. Dès que nous lâchons notre cinéma, nous y sommes. Au départ, c’est comme une habitude qu’il nous faut inverser. Et puis, nous finissons par reconnaître notre fuite. Nous nous surprenons à choisir notre cinéma, notre interprétation du réel, plutôt que d’être en vérité. Nous réalisons qu’il n’y a ni victime, ni oppresseur, que nous seuls sommes à nous battre avec nos constructions, en proie à une vision duelle, à dédoublement schizophrénique.[/quote]