Le mythe d'une séparation

Pour moi, il est important de dire et de redire ce que nous “sommes” et “là”, où nous sommes. Sinon, je m’adresse à une croyance et donne ainsi du crédit à ce qui n’est pas. L’une des choses les plus dévastatrices et irréversibles qui m’a frappé lors de la réalisation, a été de constater que, aussi loin remontait ma mémoire, j’avais toujours été ici, dans cet instant vivant, dans ce monde. C’est uniquement dans mon récit, dans le mental et ma logique conceptuelle, que j’avais “bougé”.

Quelle blague ! Malgré toutes nos entreprises, tous nos déplacements, nos gesticulations, nos gloires et nos échecs… Jamais, nous ne quittons la Présence. Nous demeurons ici, dans cet instant, au cœur du monde. Comment pouvons-nous croire le contraire ?

Comment dans ma recherche, tous ces maîtres que j’avais rencontrés et suivi l’enseignement m’avaient, nous avaient, laissé croire que nous étions ailleurs et séparés ? Quel était donc leur éveil, puisque eux aussi donnaient foi à un ailleurs et à la pratique d’un chemin pour “revenir” ? Bien que des textes bouddhistes affirment cette vérité absolue et immuable, dans les faits cela reste théorique. Il semble qu’à notre “niveau”, celle-ci ne sera possible que sous certaines “conditions”, plus tard dans un “autre temps” !?

Comme je l’ai déjà dit, il n’est pas nécessaire de prolonger le rêve, ni de le changer, ni de le finir, pour se réveiller. Cela revient à reprendre des somnifères. Il y a “ce que nous sommes” et “ce qui nous arrive”. Il y a l’océan et il y a les vagues. La Nature absolue ne dépend pas du relatif. Elle l’est déjà, et demeure ABSOLUE. Elle EST spontanément.

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Note : Quoi qu’il en soit, là, maintenant, n’êtes-vous pas “ici”, en vérité “ici” ?

En aucune façon nous ne bougeons d’ici, de la Présence. Aussi, nous devrions nous détendre… cela n’arrivera jamais !

Nous ne partons et ne revenons qu’en pensée et en rêve.

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Trouver sans le chercheur

Ce que nous appelons quête spirituelle ne se déroule pas dans les investigations du mental. Curieusement, il ne s’agit pas d’investir le monde abstrait, mais de réaliser que le concret est de nature abstraite. Le ciel ne se situe pas au-dessus de nos têtes. Il est absolument partout. Aussi, il est vain de le rechercher ailleurs, ou dans un autre temps.

La forme recherche le fond. La vague recherche l’océan. Nous nous croyons différents, séparés, mais il n’en est rien. Tant que nous suivons l’esprit discursif et les projections mentales, nous demeurons en retrait du réel où nous sommes, auquel nous appartenons. Le mental nous “isole” dans une subjectivité, dans une individualité, dans un rêve éveillé, alors que nous sommes simplement ici, dans ce présent, dans une êtreté spontanée libre de tout conditionnement.

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Note : Il ne s’agit pas de se “maintenir”, mais de réaliser “cela” qui déjà nous porte. Le but n’est pas de devenir un expert, mais de reconnaître et de s’oublier en “cela” que nous sommes spontanément, indépendamment de toute volition. Si notre quête n’aboutit pas, c’est parce que nous continuons de nous investir dans le mental, comme tous les êtres qui s’illusionnent. Nous ne faisons qu’ajouter des idées, des projets spirituels à notre histoire. Dans les faits, nous continuons de nous détourner de la Présence, de l’êtreté, en maintenant notre bulle de rêve. Aussi, l’important n’est pas de chercher, mais de trouver. Arriver ici, arriver dans ce vivant, est un réveil à “ce qui Est”. C’est passer de “notre monde” “au monde”, celui de l’imaginaire et des théories au concret, au vivant. C’est être en “live”.

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Vivre en “live”

Passer dans le “live” ce n’est pas faire quelque chose de “spécial”. C’est “se distraire” et fuir le vivant, qui en est une. Je n’ai rien contre les loisirs et passer du bon temps. Cependant, on peut s’y adonner sans pour autant se détourner de Soi et de la Présence.

Malgré notre illusionnement, nous demeurons dans la vérité. Seulement, nous ne la connaissons pas, ou plus. Ne pas se distraire, c’est ne pas se couper de cet éclat spontané. On pourrait dire, c’est ne plus s’empêcher “d’être avec”, mais s’en remettre à “l’Ouverture” que nous nous employons à restreindre en vain. Lorsque nous cessons de maintenir, d’entretenir notre repli mental, il ne reste plus d’atermoiement, plus de filtre conceptuel, plus de condition pour vivre la Présence. Alors, spontanément, nous sommes en contact. Son flux nous emplit. Il nous rend participant et pleinement vivant.

Vidéo (extrait) Groupe Rencontre →

“Tel que c'est”

Afin de réaliser le “tel que c’est”, il est préférable de “laisser la place”, de ne pas manipuler.

Généralement, je n’encourage pas les gens dans une approche méditative, parce que souvent, ils pratiquent avec l’idée d’un contrôle, ou bien d’un “maintien”. Dupés par la logique duelle et mensongère de leur personnage, ils s’imaginent être capables de surmonter l’illusion dont ils ne font que le jeu.

Notre Nature va bien. Elle n’a pas besoin d’être maintenue et encore moins de “quelqu’un” qui s’en charge. Si d’une façon ou d’une autre notre personnage intervient, comment pourra apparaître l’évidence de “ce qui Est”, de “ce” qui existe de lui-même, spontanément ?

[quote align= »left » color= »#999999″]Note : Parce que nous attendons quelque chose “d’autre”, quelque chose de “spécial”, l’ouverture spacieuse et l’éclat du vivant ne sont pas reconnus. Au lieu de cela, ils sont perçus comme “vide”, comme un “rien” insaisissable.

Lorsque nous rencontrons le caractère vide et ennuyeux de l’ouverture, comprenez que c’est encore le rôle qui expérimente ces perceptions. Ce n’est pas la vérité qui est vide, mais notre illusion et notre personnage. Arrêter de se projeter durant quelques instants ne fait pas que “celui” qui projette, ainsi que ses croyances, vont perdre toute force et disparaître. Pour un moment nous laissons notre jeu, mais sans être convaincus d’avoir à l’abandonner complètement. Nous voulons bien faire entrer un peu de vérité dans notre illusion, mais nous ne sommes pas prêts à libérer toute notre construction, à lâcher toute la tension et la crispation de notre personnage dans la vérité. À notre insu, nous tentons d’être l’acteur de notre libération, alors que la liberté c’est de se reconnaître libre de tout jeu.[/quote]

Éclat spontané

Pourquoi rechercher, espérer, ce qui est juste ici et auquel nous appartenons ?

Nous parlons d’éveil et de vérité, mais au lieu de nous intéresser à des concepts, nous devrions Voir et vivre ce qui est là, sous nos yeux. Nous nous laissons abuser par le langage et les mots, mais ceux-ci ne sont qu’une manifestation éphémère au sein de la Nature. La Nature, notre Nature, n’a pas besoin de mots, d’histoires ou de théories. Elle Est, spontanément, sans qu’il soit nécessaire d’intervenir.

Tout de suite, ne sommes-nous pas pleinement inclus dans l’espace de cet instant ? Voir, vivre, être embrassés par cette réalité concrète et dynamique, nous enseigne, nous fait réaliser, infiniment plus qu’avec les mots.

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Note : (réponse à Gilles au cours d’un échange)

L’éveil ou la réalisation ne repose pas sur une sorte de « saut » ou sur une quelconque action transcendante. En fait, il s’agit d’un dégagement, de la disqualification de l’esprit conceptuel par la reconnaissance que tout ce qu’il affirme est faux, dans le sens où il ne s’agit que de propos.

La Nature éveillée est directe, tout comme les sons que captent nos oreilles, ou les images qui parviennent à nos yeux. Cela opère spontanément, sans médium, depuis bien longtemps. Ça l’est pour tous et de façon équanime, que l’on soit intelligent ou idiot, adulte ou enfant… Cependant, nous l’avons négligé, minimisé et relégué au second plan.

Le réel n’a pas besoin de l’esprit, il s’en passe, et c’est déjà comme ça. Quelle merveille ! C’est bien mieux que tout ce que l’on a pu imaginer. On pourrait dire que tous nos mots sont mensonge, car ils ne peuvent dire la Vérité. Ils essaient de nous entraîner dans une représentation de celle-ci, mais ce n’est qu’imagination. La Vérité s’affirme directement. Il s’agit d’une seule et même Nature, d’un même Ciel auquel tout, absolument tout appartient.

Lorsqu’une information nous parvient, par habitude le mental s’en empare. Il se donne un rôle. Pourtant, il est important de Voir ce qui est déjà là, comme notre présence et le décor où nous nous tenons.

Une simplicité, une ouverture, un éclat, nous accueillent bien avant, indépendamment de tous les mouvements de l’esprit. Ainsi, nous pouvons ressentir et vivre cette appartenance. Nous pouvons goûtez la détente ineffable du « chez Soi »… Nous ne sommes plus orphelins, perdus et en quête de compensations.

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