Le point brûlant

Il y a ici, un point brûlant que nous ne cessons d’esquiver. En même temps, ce point persiste. Il ne subit pas nos indécisions.

Nous disons de la vérité qu’elle éclate. Elle éclate parce qu’elle n’est pas notre fait. Notre fait c´est de la nier, c’est de nous croire différents et séparés d’elle. Tout cela n’est qu’une histoire avec nous-mêmes. Tout cela ne concerne pas la vérité qui Est.

Alors, qu’est-ce qui “Est”, malgré toutes nos histoires, indépendamment de tout ce que nous racontons ?

La vanité du combat

Il ne s’agit pas de gagner ou de perdre un “combat”, celui de l’éveil contre l’illusion, mais de laisser définitivement tout combat, toute lutte, tout enjeu.

Si l’illusion continue c’est parce que, systématiquement, nous la reprenons à l’endroit où nous la laissons. Nous avons l’idée d’une alternance. Cependant, n’est-ce pas le même qui se croit d’un côté puis de l’autre. Nous sommes à la fois celui qui dit “j’y suis” et aussi “je n’y suis pas”.

Si l’illusion consiste à prendre son reflet pour un “autre”, alors, il n’y a pas de problème à résoudre. S’il n’y a pas un “second” réel, il n’y a pas d’histoire entre deux parties.

Le mythe de l'éveil

Bien que nous comprenions que l’illusion soit un mythe, nous ne cessons de nous débattre avec celui-ci comme s’il était réel. C’est comme si l’on nous avait dit que le père Noël n’existait pas, mais que dans notre incrédulité nous continuions de lui écrire pour commander de nouveaux jouets.

Perdre ses illusions semble si difficile. Pourtant, qu’avons-nous concrètement à abandonner ? Nous nous accrochons à une histoire vide dans le but de nous rassurer. Nous essayons de trouver le remède pour guérir un mal imaginaire. La vérité est plus évidente et plus simple ; “le père Noël n’existe pas !”

La main dans le sac

Il est salutaire de se prendre “la main dans le sac”, de se surprendre en train de mettre et de solidifier l’idée d’un obstacle entre soi et la vérité. Voilà qui pourrait nous épargner la tromperie d’un “second”. C’est à partir de la vision duelle que se déploie l’histoire prenante d’une séparation entre l’un et l’autre.

Tout a la nature de la vérité, le grossier comme le subtil. Cela comprend nos états, nos pensées, nos croyances, nos réflexions, nos efforts, l’entièreté de ce que nous vivons… Ne voyons-nous pas que tout cela n’est que le jeu d’une même nature ? Rien n’apparaît hors de la flamme nourricière du vivant. En l’unicité, ce que nous pensons comme “autre”, “différent”, “négatif”, etc., n’est que conceptuel et ne peut former un obstacle.

Avant tout, nous sommes

Notre Nature ne provient pas de nous, c’est nous qui provenons de notre Nature. C’est cela qui doit être reconnu. C’est une question de sincérité et d’humilité.

Que nous soyons silencieux ou bruyants, actifs ou passifs, confortables ou inconfortables… nous ne cessons d’être l’expression de la Nature. S’attacher à une forme, à un état plus qu’à un autre, c’est la plupart du temps ne plus vivre cette appartenance commune. C’est toujours croire que nous avons un quelconque pouvoir, une quelconque possibilité, d’être plus ou moins dans notre Nature, d’en être plus ou moins différents. C’est par cette croyance et notre réaction que l’illusion de prolonge. Nous nous fions à nos sensations, mais qu’elles soient agréables ou désagréables, elles ne nous qualifient ni ne nous disqualifient. Dans l’harmonieux et le dysharmonieux, avant tout, nous sommes. Notre êtreté est sans discontinuité. Nous n’allons pas devenir constants. Nous le sommes et le demeurons de par notre Nature. Le sable du château est aussi vrai lorsqu’il est érigé, que lorsqu’il est en ruine.

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Le mythe d'une séparation

Pour moi, il est important de dire et de redire ce que nous “sommes” et “là”, où nous sommes. Sinon, je m’adresse à une croyance et donne ainsi du crédit à ce qui n’est pas. L’une des choses les plus dévastatrices et irréversibles qui m’a frappé lors de la réalisation, a été de constater que, aussi loin remontait ma mémoire, j’avais toujours été ici, dans cet instant vivant, dans ce monde. C’est uniquement dans mon récit, dans le mental et ma logique conceptuelle, que j’avais “bougé”.

Quelle blague ! Malgré toutes nos entreprises, tous nos déplacements, nos gesticulations, nos gloires et nos échecs… Jamais, nous ne quittons la Présence. Nous demeurons ici, dans cet instant, au cœur du monde. Comment pouvons-nous croire le contraire ?

Comment dans ma recherche, tous ces maîtres que j’avais rencontrés et suivi l’enseignement m’avaient, nous avaient, laissé croire que nous étions ailleurs et séparés ? Quel était donc leur éveil, puisque eux aussi donnaient foi à un ailleurs et à la pratique d’un chemin pour “revenir” ? Bien que des textes bouddhistes affirment cette vérité absolue et immuable, dans les faits cela reste théorique. Il semble qu’à notre “niveau”, celle-ci ne sera possible que sous certaines “conditions”, plus tard dans un “autre temps” !?

Comme je l’ai déjà dit, il n’est pas nécessaire de prolonger le rêve, ni de le changer, ni de le finir, pour se réveiller. Cela revient à reprendre des somnifères. Il y a “ce que nous sommes” et “ce qui nous arrive”. Il y a l’océan et il y a les vagues. La Nature absolue ne dépend pas du relatif. Elle l’est déjà, et demeure ABSOLUE. Elle EST spontanément.

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Note : Quoi qu’il en soit, là, maintenant, n’êtes-vous pas “ici”, en vérité “ici” ?

En aucune façon nous ne bougeons d’ici, de la Présence. Aussi, nous devrions nous détendre… cela n’arrivera jamais !

Nous ne partons et ne revenons qu’en pensée et en rêve.

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Être son propre obstacle

S’éveiller c’est revenir chez soi. Je devrais dire : se “retrouver” chez soi. L’instant d’avant, nous étions encore dans une histoire. Nous étions identifiés à nos idées, à nos théories…

“Cela qui est” ne dépend pas de la pensée. Le réaliser entièrement nous fait passer de la forme au fond, du “poing à la main”. Se mettre en “live” permet d’entreprendre ce “passage”. Nous pouvons faire des interruptions dans notre histoire. Cependant, ce qui nous libère réellement, c’est de voir et de reconnaître que la forme qui nous retient n’est que notre création. L’histoire en laquelle nous croyons n’a pas de solidité. Elle est comme un mythe. Elle est une représentation mentale, un discours que l’on se raconte. Nul autre que nous-même ne nous retient. Il est difficile de concevoir que nous puissions être à la fois geôliers et prisonniers.

En “cela qui est”, nous sommes ici, dans cet instant, nulle part ailleurs, ni dans une quelconque construction de l’esprit.

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Note : Bien sûr, le but n’est pas de s’accabler. Il est au contraire de réaliser la bonne nouvelle que véhicule cette information. Si nous sommes notre propre obstacle, alors, il nous appartient de cesser de l’être.

Il n’y a pas d’excuses à trouver, puisque cela ne provient pas de “l’extérieur”. Nous n’avons pas, non plus, à nous battre contre l’un de nos aspects “rebelle” ou “négative”. Ce que nous considérons comme négatif n’est pas “autre” et prend place dans la vérité. Par-delà les apparences et les jugements, nous demeurons dans une unicité où il n’y a jamais eu deux. Ce n’est que dans notre regard illusionné que cela à pris forme.

Toute notion de séparation et de division n’a toujours été que symbolique. Sur l’Ouverture, nous projetons ces visions antagonistes soutenues par un discours diviseur ou rassembleur. Elles n’ont jamais eu d’autre “réalité” que celle issue de la croyance que nous leur prêtons.

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Sans “moi”

Ça marche sans nous… c’est parce que nous occupons la place que nous ne le voyons pas. C’est pourquoi nous devrions “laisser la place”. La main est bien plus qu’un poing, mais celui-ci ne le sait pas. Aussi, il trouve toujours une raison de s’accrocher. C’est en cela que lorsque nous essayons d’être présents nous faisons toujours un effort. Nous n’atterrissons pas. Nous ne laissons pas la Présence nous porter. “Celui” qui expérimente ne veut pas s’en aller. C’est un peu comme si la vague restait suspendue à regarder l’eau, gardant une certaine distance pour ne pas se mélanger. La croyance de la séparation, ou en un “second”, n’est donc pas démystifiée. C’est pourquoi la vague demeure en quête de l’océan.

La finalité de mourir dans la forme est de se redécouvrir en l’origine du fond. Ne meurt que ce qui est relatif, impermanent et voué à disparaître, sublimant ainsi l’éclat de la Nature immuable.

Être en vérité

Marquez votre appartenance en étant ici, chez vous, dans la Présence. En la présence vive la Lumière règne et dissout tous les cinémas mentaux. Le jeu duel n’a plus cours. Il n’y a plus d’histoire, de théorie avec “deux” ou un “second”. Il n’y a plus un dehors et un dedans, un haut et un bas, un vrai et un faux… Plus aucun concept ne prévaut. L’unité prime comme elle l’a toujours fait. Forme et fond, Terre et Ciel s’étreignent spontanément au sein d’un même espace clair et infini.

Soyez fidèles au Soi, à votre cœur, plutôt que d’être attachés à vos projections. À travers chacune d’elles, nous cultivons notre rêverie et le mythe d’une séparation. Nous prolongeons l’identification au personnage, qui à son tour se justifie par le biais de croyances.

Revenir chez soi, ce n’est pas changer de “film” ou le réécrire ; c’est oublier le cinéma pour nous retrouver à la maison. Aucun film ne comblera, ne compensera, ne remplacera, l’entièreté que nous ne vivons plus lorsque nous sommes dans l’ignorance, détournés de l’amour et de l’unicité de notre Nature.

[quote align= »left » color= »#999999″]Note : Si nous n’étions pas en divorce de nous-mêmes, si nous n’étions pas dans un jugement, dans notre propre disqualification, nous vivrions constamment dans la Présence. De par notre corps nous y sommes, mais à travers l’abstrait et les projections mentales nous éludons régulièrement le concret de notre incarnation. Au lieu d’être dans “le” monde, nous sommes dans “notre” monde.

C’est à travers le “live” et son actualisation que nous rejoignons la vérité de l’instant. Être ici, entièrement, sans atermoiements. Dès que nous lâchons notre cinéma, nous y sommes. Au départ, c’est comme une habitude qu’il nous faut inverser. Et puis, nous finissons par reconnaître notre fuite. Nous nous surprenons à choisir notre cinéma, notre interprétation du réel, plutôt que d’être en vérité. Nous réalisons qu’il n’y a ni victime, ni oppresseur, que nous seuls sommes à nous battre avec nos constructions, en proie à une vision duelle, à dédoublement schizophrénique.[/quote]

Signe d'appartenance

Que nous nous sentions dignes ou indignes, acceptés ou rejetés, notre appartenance au monde ne change pas, ne s’altère pas. Tout ce qui advient, favorable ou défavorable, marque et signifie cette appartenance. Finalement, la reconnaître, c’est constater notre présence, notre émanation, et aussi que rien ne pourrait être sans elle. Toute tentative de faire quelque chose pour qu’elle existe ou pour la confirmer, ne vient que dans un second temps, ne servant qu’à valider la croyance d’une séparation.

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