Rien ne manque

Se révéler au contact de l’ennui.

Si vous rencontrez une situation ennuyeuse, alors, ne cherchez pas à fuir. Ne cherchez pas à vous distraire. Au contraire, utilisez cette occasion afin de vous passer de votre personnage et d’être “cela” que vous êtes, “cela” que nous sommes en vérité. Comprenez que c’est seulement le personnage qui s’ennuie. L’être, la vérité que nous sommes, ne connaît pas l’ennui. Cette êtreté se déploie gratuitement, spontanément, de façon inconditionnelle. Comment ne serions-nous pas bien ici, étant donné que nous y sommes déjà, étant donné que nous y sommes sans cesse ? Quel besoin de tenir un rôle, de s’occuper ? Quel besoin de justifier cette présence ?

Si vous vous ennuyez, lâchez votre personnage. Lâchez-le encore, lâchez cette idée de vous-même, et permettez à “cela qui est” d’être naturellement, de s’imposer plus que toute idée. Dans cette simplicité, dans cette spontanéité, nous sommes “entièrement”. Rien ne manque.

Vivre en “live”

Passer dans le “live” ce n’est pas faire quelque chose de “spécial”. C’est “se distraire” et fuir le vivant, qui en est une. Je n’ai rien contre les loisirs et passer du bon temps. Cependant, on peut s’y adonner sans pour autant se détourner de Soi et de la Présence.

Malgré notre illusionnement, nous demeurons dans la vérité. Seulement, nous ne la connaissons pas, ou plus. Ne pas se distraire, c’est ne pas se couper de cet éclat spontané. On pourrait dire, c’est ne plus s’empêcher “d’être avec”, mais s’en remettre à “l’Ouverture” que nous nous employons à restreindre en vain. Lorsque nous cessons de maintenir, d’entretenir notre repli mental, il ne reste plus d’atermoiement, plus de filtre conceptuel, plus de condition pour vivre la Présence. Alors, spontanément, nous sommes en contact. Son flux nous emplit. Il nous rend participant et pleinement vivant.

Vidéo (extrait) Groupe Rencontre →

Amour en Soi

Bien que la Présence soit là, combien de temps la vivons-nous ? Combien recevons-nous ce don avec la joie et le contentement qu’il procure ?

La majorité de notre temps journalier est dédié à l’illusion. Cependant, afin de vivre la Présence, il n’est pas nécessaire d’avoir du temps et de se trouver devant un paysage inspirant.

Tout au long de la journée, la Présence nous accompagne, que ce soit dans le métro, au travail ou au supermarché… Nous prétextons qu’il s’agit d’une question de disponibilité et d’environnement. Selon moi, cela relève davantage d’une ignorance et de notre conditionnement. Nous avons pris l’habitude de nous distraire, de nous éviter, à travers toutes nos activités. Par se distraire, j’entends s’oublier, se détourner de soi et de l’Ouverture simple qui Est. Aujourd’hui, cette base ordinaire nous apparaît vide, déroutante et ennuyeuse. Pourtant, il s’agit de la Nature spacieuse, accueillante et généreuse, que nous touchons dans l’amitié, la paix, la liberté auxquelles nous aspirons. C’est ce champ d’appréciation, de plénitude radieuse, qui s’ouvre et nous comble dans nos bonheurs.

Lorsque nous nous retrouvons inactifs, rapidement, nous sommes encombrés de nous-mêmes. Nous parlons “d’ennui”, mais dans ce face à face, c’est une gêne et de l’inconfort que nous ressentons. En fait, c’est notre personnalité qui découvre son impersonnalité. Le limité commence à se déplier dans l’illimité. Sans doute, il y a cette peur de ne plus exister. Aussi, nous voudrions faire marche arrière. Pourtant, ce n’est que le “rôle” qui s’efface, et ainsi, qui révèle l’être qui l’anime.

Afin de changer, d’inverser nos tendances, c’est une démarche d’apprivoisement et d’accompagnement que nous devrions engager. Doucement, sans plus ré-agir, sans plus dramatiser, décider de nous rapprocher… s’autoriser… rendre possible ou valide la rencontre, la gratuité dans l’Ouverture. Lorsque nous cessons l’évitement, l’occupation, le jugement, nous sommes en notre propre compagnie. La Présence nous accueille, s’accueille… Elle est présente à elle-même, autant qu’elle l’est à l’ensemble. Elle reçoit sa propre radiance.

Pour éclairer une pièce, d’abord la lampe s’illumine. Ainsi, avant tout, nous sommes notre propre lumière, nous sommes amour en Soi.

Confiance en notre Nature

Ne pas se “distraire” ou ne pas « s’occuper » afin d’obtenir la relâche, la vacance naturelle de l’esprit.

Jusqu’ici, nous avons toujours dirigé l’esprit vers un état, vers une forme donnée. À travers la non-distraction, la non-manipulation, nous lui permettons de “reposer”, de se conformer à sa nature. Il en va de même pour l’eau qu’il n’est pas nécessaire de lisser avec le plat de la main pour qu’elle se calme. C’est précisément l’absence de toute intervention de notre part, qui permet et met en évidence son propre pouvoir de restauration, de retour constant à l’étale.

Surmonter l'ennui

Rompre avec notre demande insatiable de distractions.

Le renouveau de la Présence s’actualise spontanément à l’image du silence, ou comme le plat de l’eau se reforme en un miroir. Nous avons seulement à reconnaître cela, sans tenter d’intervenir dans ce rétablissement naturel.

Dans cette quête de “Soi”, certains nous exhortent à l’attention et au maintien de la conscience. D’une autre façon, je placerai l’accent sur le fait de ne pas succomber à la distraction et au remplissage par les occupations. Le but étant de mettre au jour la “vacance”, cette disponibilité, cette fraîcheur permanente de la Nature.

Interrogez-vous sur ce besoin incessant d’activités, de pseudojouets à manipuler dès que vous êtes livrés à vous-mêmes. Quel est ce “mal-être” lié au fait de se trouver simplement ici, dans l’instant ? Qu’essayez-vous d’éviter en trouvant d’habiles prétextes qui vous détournent de la Présence vive et de Soi ? Nous sommes accros à la distraction, au point de nous “occuper” spirituellement. Nous ne faisons que remplacer une distraction par une autre. Pouvons-nous reconnaître cette propension à l’esquive ?

Nous serions plus avisés de rester fidèles au “maintenant” et d’épouser l’éclat du vivant. Lorsque nous n’occultons pas cet “ici”, cet instant, nous pouvons constater que nous en sommes et que nous y demeurons sans réels efforts. C’est un peu comme le sens de l’équilibre. Nous éprouvons de l’inconfort dans sa recherche. Cependant, après l’avoir trouvé, nous parvenons, par exemple, à tenir sur un vélo sans que cela exige notre attention. Confiant de cette aptitude, nous n’hésitons pas à l’éprouver en nous aventurant sur des terrains inconnus et plus accidentés.

Lire aussi :

L’art de se distraire

Frontière de l’illusion…

L'art de se distraire

Nous recherchons comment nous éveiller, sans pour autant lâcher nos distractions. Nous espérons changer, tout en conservant nos vieilles habitudes. Nous pensons que nos “passe-temps” n’ont pas beaucoup d’incidence. Pourtant, c’est à travers chacun d’eux que nous éludons l’ouverture de “l’instant”, que nous nous soustrayons du “vivant”. Continuer la lecture de « L'art de se distraire »