S’orienter

S’orienter

(M) Je suis toujours très heureux de vous lire. Très souvent, cependant, vous parlez à partir de votre niveau de conscience non-duel. Je comprends parfaitement ce que vous dites. Mais, seulement du point de vue intellectuel. Et je vous avoue que je me sens frustré et presque perdu. Il y a un désir tellement intense en moi de me découvrir , d’atteindre surtout la Paix, que je ne sais plus quoi faire. Certes, je médite toujours dans le silence et suis dans la mesure du possible, la Présence à soi.

Ceux qui ont réalisé l’Éveil ont pourtant tous ou, du moins la majorité d’entre eux, suivi une discipline. Que ce soit le Yoga, le bouddhisme, etc. C’est seulement une fois que l’Éveil est réalisé qu’ils disent qu’il n’y a rien à faire pour Être.

Que faire? Et surtout comment ne pas se perdre dans ce faire.

Merci, pour tout.

Mouloud

(DM) Je dirais qui faut être “orienté” vers la vérité, mais pas “tendu” vers elle.

Je donne des explications et une vision de ce qu’est l’éveil afin de “satisfaire” la logique conceptuelle de l’esprit. Notre esprit, bien que rebelle, doit devenir notre allié. En fin de compte, après avoir essayé de nombreuse fois, il doit en arriver à nous donner sa capitulation ayant compris qu’il est lui-même un obstacle à la réalisation.

Il nous faut voir, constater comment nous “Sommes”, comment “c’Est”, indépendamment de l’esprit. Si celui-ci intervient tout le temps, ce sera difficile de nous en donner la preuve. Par exemple, l’esprit devrait pouvoir dire : “je suis d’accord avec ta recherche et je veux t’aider. Aussi, je vais me taire et te laisser la place.”

Si nous voulons entendre le silence, il va bien falloir que nous nous taisions à un moment donné !

Si nous voulons connaître la paix, il va bien falloir cesser, laisser toute agitation !

Si nous voulons expérimenter la vérité, il va également falloir en finir avec le faux, avec les manipulations, les stratagèmes…

La vérité est spontanée et n’a pas besoin de toutes nos interventions.

Nous devons seulement permettre que les choses se calment, se déposent d’elles-mêmes.

Il s’agit d’une “détente” et non pas d’un contrôle ou d’un maintien particulier.

Il s’agit simplement de se retrouver chez soi, en nous-mêmes…

Il s’agit de Voir la nature du monde en ce qui Est,

“Tel que c’Est”.

Se distraire dans le “faire”

En fait, “le faire” ne nous prend pas. C’est toujours nous qui le prenons, qui l’adoptons.

On appelle cela la distraction.

Par exemple, lorsque nous sommes dans un endroit où il y a un téléviseur allumé, nous pouvons nous mettre à regarder le programme qui passe, ou juste être là, sans être captivés. Ce qu’il y a “à faire”, c’est rester disponible et justement ne pas “faire”, ne pas se distraire, masquer et fuir le silence.

Nous avons toujours de bonnes raisons pour ne pas demeurer ainsi. Pourtant, l’état frustré est très bien aussi. Il est en nature vrai. Sur le plan relatif, il représente un échec, mais comme ce que nous désirons profondément ne se situe pas sur ce plan… Il y a une main dans le poing, il y a une vérité dans l’échec.

Que voulons-nous vraiment dans cette vie ? Continuer d’arranger, d’embellir notre fuite ? Continuer de tirer le fil d’une histoire vide qui ne mène nulle part ? En quoi cette situation si, agréable ou pas, ne serait-elle pas valable et aussi vraie qu’une autre ? La vérité règne sur tout… Mais nous, à travers la distraction, nous recherchons une “belle” vérité. En fait, nous recherchons “ce qui est vrai”, l’authentique de l’histoire, mais dans l’histoire.

(M) Contrairement à ce que vous suggérez, je reconnais que depuis quatre ou cinq ans, je suis plus tendu, au sens propre et figuré, vers la vérité. C’est comme une urgence qui s’impose. Et c’est sans doute la raison qui m’empêche d’être détendu dans la simple ouverture. De fait, il y a une attente. Douloureuse, souvent. C’est extrêmement difficile de ne rien attendre, d’être seulement là, dans l’accueil.

Certes, j’ai connu par le passé, des périodes plus ou moins longues, de détente intérieure. Mais le mental m’attendait au tournant. Je le savais pourtant, de par mes lectures. Les difficultés ont commencé à partir du moment où j’ai abandonné, sauf occasionnellement – on y revient toujours semble-t-il, tant que l’on n’a pas réalisé l’éveil – toute pratique (méditation, etc.) impulsée en cela par l’étude de la non-dualité.

Vous avez visé juste quand vous dites que « Ce qu’il y a “à faire”, c’est rester disponible et justement ne pas “faire”, ne pas se distraire, masquer et fuir le silence. Nous avons toujours de bonnes raisons pour ne pas demeurer ainsi.» Je me rends compte maintenant que, dès qu’une angoisse s’élève, je cherche la distraction.

« Que voulons-nous vraiment dans cette vie? » Je me suis posé cette question il y a plus de trente ans. « Continuer d’arranger, d’embellir notre fuite? Continuer de tirer le fil d’une histoire vide qui ne mène nulle part? » En y réfléchissant, avec la distance, je pense bien que j’ai tenté de fuir ce qui Est.

Merci infiniment, Denis.


 

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