Ce en quoi reposer

Connaissez-vous la saveur de votre Nature ? Je parle d’une saveur et non d’une définition, car cette “connaissance” n’est pas d’ordre intellectuel, mais de nature expérientielle.

Il ne sert pas à grand-chose d’avoir des “connaissances” sur l’équilibre si l’on ne sait pas comment le trouver. Toutefois, lorsque l’on y a “goûté”, ce n’est pas très difficile d’y revenir.

Savez-vous en quoi, à quoi revenir ? Savez-vous en quoi reposer ? “Voir” que l’on peut tenir sans rien, sans artifices, c’est le savoir. C’est une adhésion confiante ; la détente de la forme en le fond. C’est une transmission, un cadeau de vie.

Oublie “moi”…

« Oublie “moi” et ”Soi” se rappellera. »

À cause de notre attachement aux expériences, nous regardons derrière. Nous regardons dans le “rétroviseur” au lieu de regarder la direction vers laquelle nous avançons.

La seule expérience qui importe est celle que nous sommes en train de vivre ici, maintenant…

Nous n’avons pas le “ça tient tout seul”, ou l’évidence de “nous y sommes déjà”, parce que nous continuons de maintenir. Peut-être avons-nous compris et admis intellectuellement ce lâcher prise, mais pas en “corps-esprit” avec l’entièreté de notre être. Il s’agit d’être confiant et de se lâcher, comme nous le faisons afin trouver l’équilibre, afin de réussir à nager.

L'obstacle du doute

La réalisation n’est pas une “compréhension”. C’est davantage des retrouvailles qui se manifestent dans un contact à la fois du corps et de l’esprit. C’est un sentiment d’appartenance, qu’il est difficile de traduire par des mots. C’est pour cela qu’aucune compréhension intellectuelle n’est appropriée ou ne peut suffire. Lorsque l’on y a recours, cela démontre une inclination et un attachement à se projeter dans les vues de l’esprit.

S’éveiller c’est comme trouver son point d’équilibre. C’est l’équilibre dans le corps qui nous permet simplement de marcher. Je ne parle pas de devenir équilibriste. Toute personne en possession de ses moyens tient debout naturellement, sans faire d’effort. Illusionnés, c’est comme si nous ne pouvions nous passer d’une aide, d’une rambarde ou d’une béquille pour y parvenir.

Se laisser porter c’est ne plus faire de différenciation. C’est au contraire permettre que s’exprime l’homogénéité, l’appartenance. Souvenez-vous enfant, c’est le doute qui nous empêchait de tenir et de réussir à faire du vélo. C’est le doute qui nous empêchait de flotter et de nager sur l’eau… À chaque fois, à l’occasion d’une première fois, c’est le doute qui nous a paralysés et mis en échec. Quelle aptitude nous détenons pour nous disqualifier !

Apprendre à faire du vélo ou à nager n’exige pas un talent exceptionnel. Une fois que nous avons “pris le coup”, nous n’avons plus à nous en soucier. L’équilibre nous l’avions. C’est seulement la confiance qui nous faisait défaut. Nous parlons de “perdre” l’équilibre, mais ce n’est pas ainsi ; nous ne faisons qu’en sortir. L’équilibre fait partie de nous.

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Note : C’est notre personnage qui veut s’éveiller.

Tant qu’il espère que ça va lui arriver, tant qu’il s’en fait l’artisan, il va demeurer !

J’ai écrit quelque part : « n’allez pas vers l’éveil, vous en venez ! ».

Avant que le personnage se soucie de l’éveil, celui-ci est déjà là.

Le mental a seulement la force que nous lui donnons. Nous devons Voir et vivre, comment nous « Sommes », combien ça « Est », indépendamment de lui. Nous n’avons pas besoin du rôle pour exister. C’est bien de le savoir, mais il nous faut l’expérimenter concrètement afin de le valider.

Pour commencer, nous pouvons faire une pause afin de contacter cette qualité, cette identité naturelle et gratuite qui n’a pas besoin d’être jouée. Ainsi, dans la pause ou de pause en pause, nous trouvons la « vacance » … Laisser être … Voir ce qui reste… ce qui survit à tous nos « jeux », à tous nos « faires ». Plus nous goûtons, plus nous reconnaissons comment nous sommes portés ; plus nous nous lâchons… Le « poing » ne devient pas la « main », c’est la main qui se réalise en lui grâce à sa détente.

L’êtreté nous précède, la vérité précède tous nos mensonges. C’est elle qui ressent. C’est elle qui est continuellement bafouée dans l’illusion. Pour mentir, il faut une vérité. Paradoxalement, indirectement, chaque mensonge nous rappelle la vérité, nous la confirme !! Les mensonges ne remplacent pas la vérité, ils essaient de la cacher.

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L'eau de la Vie

À travers la pleine détente, nous découvrons une assise, un repos absolu, que nous nous étions jusque-là refusés. Ainsi, nous réalisons la plénitude d’une Nature que nous croyions divisée, du fait des jugements et des oppositions conceptuelles que nous lui prêtions. Autant, nous avons pu nous identifier à toutes nos tensions, autant nous constatons que nous ne sommes aucune d’elles. Celles-ci nous ont traversés comme les nuages glissent dans le ciel. Si ce n’est que dans notre souvenir, en vérité, elles nous ont laissés libres et sans trace. Il y a tant de souffrances, de craintes et d’espoirs, que nous avons revécus, alors qu’en réalité ils n’étaient plus. C’est comme se réveiller d’un rêve ou d’un cauchemar. Surpris, nous redécouvrons la quiétude de notre chambre, ainsi que la chaleur d’un lit confortable.

Appartenir à notre Nature nous donne à vivre sa douceur, à partager une étreinte intime et familière. Sans aucune exception, sans aucune différence, nous sommes ses enfants. Dès lors, nous ne sommes plus perdus, tels des amnésiques ou des orphelins. Nous avons retrouvé notre place et l’honneur de notre lignée. C’est par cette appartenance, cette consanguinité, que dans le souffle de l’instant nous recevons directement le précieux héritage de la vie.

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Note : Nous n’avons pas le “ça tient tout seul”, ou l’évidence de “nous y sommes déjà”, parce que nous continuons de maintenir. Peut-être l’avons-nous compris et admis intellectuellement, mais pas “corps et esprit” avec l’entièreté de notre être. Il s’agit d’être confiant et de se lâcher, comme nous le faisons afin de trouver l’équilibre, afin de réussir à nager.

Note 2 : L’équilibre auquel je fais allusion n’est pas celui de l’acrobate. Généralement, nous parlons de « tenir » son équilibre, de le « garder »… En termes de confiance, c’est l’inverse. Il s’agit de se laisser tenir, de se laisser porter. C’est pour cela que j’associe cette notion à celle de la flottaison. Il est toujours possible de se maintenir à la surface en nageant. De même qu’il est possible de rester en équilibre en contrebalançant. Cependant, cela ne procure pas la libération de “celui” ou de “cela” qui tient et qui contrôle. “Cela” qui tient, qui maintient, n’est pas nécessaire. Nous pouvons le comprendre et l’admettre intellectuellement, mais ce n’est pas suffisant. Nous devons l’incarner afin d’en être concrètement libres. L’adhésion du corps n’est pas aussi abstraite. Ce dernier ne ment pas. Soit il s’abandonne et il flotte, soit il se tend et se met à couler. Ainsi, encore, il nous faut contrôler.

Note 3 (suite à un échange avec Yves) :

La formule que j’utilise depuis bien longtemps : “le poing cherche la main”, illustre ce que j’essaie d’exprimer. Fondamentalement, il n’y a aucune différence entre le poing et la main. Cependant, le poing se sent différent. Il se “sent”, ça ne veut pas dire qu’il l’est !

Dans notre recherche pour comprendre et résoudre cette sensation de différence, nous engageons essentiellement notre esprit, notre intelligence. Nous ne faisons pas une complète remise en question. Alors, le “rôle” ou le “personnage” auquel nous nous identifions prend en charge la quête de l’éveil. Comme on dit, nous sommes à la fois juges et coupables. Nous “comprenons” le fonctionnement de l’illusion, mais nous ne parvenons pas à la désamorcer.

Ce que j’essaie de dire est qu’il ne suffit pas de “comprendre” pour que l’illusionnement cesse. Il nous faut aussi nous impliquer avec notre corps de façon concrète. La distance que nous avons à parcourir n’est pas celle de l’intelligence, mais celle de la confiance. Au final, elle s’incarne dans le corps. Le déclic de l’éveil c’est comme apprendre à faire du vélo, ou à nager. L’équilibre ce n’est pas un ajout, un talent qui vient de l’extérieur, c’est la confiance que cela est déjà en nous. Nous devons faire confiance au fait que la main est dans le poing. C’est pour nous la seule façon de la détendre, pour qu’ainsi nous ayons la preuve qu’il n’y a rien besoin de tenir.

Généralement, tout le monde parvient à faire du vélo. Ce qui aide à franchir le pas, c’est d’enlever les petites roues que l’on a rajoutées à l’arrière. Aussi, pour nous, ces « petites roues », c’est notre masque, notre personnage avec ses histoires…

“Il nous faut aussi nous impliquer avec notre corps de façon concrète.” ?

Je veux dire “l’habiter”, comme notre maison de vie. Si nous sommes “chez-nous” dans notre corps, nous pouvons nous détendre et faire confiance. Comment nous sommes détendus dans le corps, nous dit quelle est notre adhésion à la vie.

C’est seulement par une adhésion complète, totale, comme sur l’eau, que l’on peut savoir qu’elle nous porte. La révélation, la libération, vient de voir, de constater, d’expérimenter, que c’est la vie qui nous porte, que ce n’est pas nous qui la portons. Alors, il n’y a plus besoin de nous cacher derrière un personnage, un ego, des stratégies…

Dans cette vie, à chaque fois que nous avons pris confiance, alors, nous avons lâché la main ou la rambarde à laquelle nous nous tenions.

On lâche ce qui nous a aidés, mais qui à présent nous encombre et nous empêche de vivre notre capacité. Ce lâchage est naturel et systématique ! Lorsque l’on sait nager, on se débarrasse de sa bouée. Le corps devient la « bouée ». Il est l’appui, le véhicule qui nous porte et qui nous lie à ce monde.

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