Ce qui est avant reste “avant”.

Ce qui, maintenant, va faire vraiment la différence, c’est combien vous lâchez tout le personnage qui veut contrôler l’affaire. C’est pour cela que, dans l’un des billets récents, j’ai parlé d’appuyer sur le bouton pause. Il ne s’agit pas de faire “une pause”. Il s’agit d’enlever le costume et de le démystifier. Parce que si nous nous contentons de faire une pause, cela reprendra ! Nous pourrions faire “pause” et “play” indéfiniment.

Vous voyez bien, cela fait maintenant des années que vous êtes là-dedans. Nous pouvons en effet faire des breaks, des coupures, mais nous revenons. Cela vient du fait que, fondamentalement, le “personnage” n’est pas désamorcé, il n’est pas démystifié, c’est-à-dire qu’il n’est pas vu juste pour ce qu’il est. Au regard de cette vérité, il est comme une ombre, mais l’ombre en elle-même se donne beaucoup de pouvoir.

À nouveau, passez du temps avec “ce qui Est”. Inversez l’énergie que vous avez donnée au pouvoir de l’imagination afin de redonner le pouvoir au réel ; soyez avec. Plus vous “serez avec”, plus le réel reprendra sa place. C’est comme un vêtement, plus nous retirons et plus nous voyons la nudité cachée en dessous et qui le soutient.

La question n’est pas d’enlever entièrement le costume. Nous nous en fichons ; c’est juste un costume ! Cependant, au départ, nous avons besoin de retrouver la confiance dans « l’éclat naturel”, en la Nature qui est “dessous”, qui nous “précède”, qui est “avant”. Aussi, cela passe peut-être par un petit “déshabillage” pour confirmer que cela va et qu’il existe bien “quelque chose” en dessous, qu’il n’y a pas que du “rien”. Il s’agit de restaurer la confiance, de sorte que nous puissions laisser le rôle et toute cette comédie… ou voir son humour tout simplement.

Lorsque je dis “laisser”, cela ne veut pas dire le mettre de côté ou s’en défaire. Cela veut dire “c’est juste un rôle” comme pour un comédien “c’est juste son rôle”. Il n’a pas besoin de prendre une douche pour l’enlever lorsqu’il quitte le théâtre. C’était une comédie, de l’humour, il n’a fait que jouer. Eh bien, dites-vous que vous avez joué pendant 20, 40, 50 ans… et ce n’est pas très grave, parce que c’est juste un jeu. La Vérité en vous, elle n’a pas bougé. Elle est restée intacte. Elle est parfaite. C’est en cela qu’à travers ma réalisation je n’ai rien trouvé, car c’est “ma vérité” qui a retrouvé la vérité, ce n’est pas l’illusion. L’illusion, elle, n’a rien retrouvé.

C’est un changement de référence. Nous passons du reflet à l’eau qui porte toutes les réflexions. Si nous avons l’eau, nous avons ses reflets, mais alors les reflets sont perçus différemment.

Rencontre du 30.06.2013 (extrait)

Se cacher de la vérité

J’entrevois que pour certains être vrai, être spirituel, c’est comme appuyer sur le bouton “pause”. C’est peut-être la raison pour laquelle ils ne changent pas complètement, de crainte de devenir inaptes dans leur vie et dans leurs responsabilités au quotidien.

Il est parfois utile de s’arrêter de jouer, de laisser le rôle quelque temps pour nous aider à nous retrouver. Cependant, ce n’est là qu’un moyen, non un but en soi. “Être vrai” ne veut pas dire être sans rôle, sans implication dans la vie. Cela veut dire ne plus se mentir, ne plus se cacher derrière un jeu, une fonction, des responsabilités… Ce n’est pas “l’habit”, l’activité, qui nous ont conduits dans l’illusion. C’est nous qui avons décidé de les utiliser pour donner une crédibilité à nos histoires.

La Nature du jeu

Voyez l’âne attaché à sa meule. Malgré les kilomètres parcourus à tourner durant des années, il se retrouve au même endroit lorsqu’il s’arrête. Comprenez que tout est déjà parfait en Nature. Ce que vous tentez d’accomplir ne se situe que sur le plan de l’histoire et d’une projection de l’esprit. “Décrochez” pour retrouver le “monde réel”. Comme vous le feriez pour vous défaire d’un jeu captivant sur un écran. Plus nous nous passons du jeu et moins il nous semble existant. De même que plus nous ouvrons les volets, moins il y a d’obscurité à dissoudre. Ce n’est pas qu’elle ait vraiment existé en tant que telle. Ce n’était qu’une conséquence, qu’un effet secondaire de la fermeture.

Vivre l'impersonnel

L’existence de notre personnage est basée sur son jeu. Il est donc intéressant de nous découvrir sans ce “jeu”, afin que se révèle notre impersonnalité première. Certains maîtres parlent de “l’observateur”. Cependant, par volonté et identification, il est très facile pour le “personnage” d’en faire un nouveau rôle.

Mon approche consiste à se donner des breaks, des vacances. À travers des moments courts, c’est une façon de se mettre sur la touche, des occasions de réaliser qu’au milieu de nos absences, de ce que nous pensons vide, demeure une “clarté cognitive” et spontanée. Il est moins aisé de s’identifier à une qualité qu’à un rôle, ou qu’à un état.

En nous aidant du mouvement naturel de la respiration, en lui donnant l’avantage et le premier plan, il devient possible de s’oublier et de reconnaître que “ça respire” sans “nous”, sans “moi”. En ouvrant notre “jeu”, en accompagnant le souffle, se goûte l’actualisation libre de toute identification.

D’instant en instant, le vivant nous anime. Par l’alternance spontanée de la respiration, s’affirment une émergence, une présence, un don qui est à l’œuvre, indépendamment de la participation du personnage. Expérimenter, constater que ce dernier n’est pas indispensable, n’est pas réel, renforce notre confiance et notre foi. Il en résulte que, concrètement, nous nous abandonnons, nous nous “déplions”. Alors, malgré un caractère et des particularités, se vit l’impersonnel, ce qui Est, libre d’un possesseur, d’un devenir, et bien plus encore…

“Tel que c'est”

Afin de réaliser le “tel que c’est”, il est préférable de “laisser la place”, de ne pas manipuler.

Généralement, je n’encourage pas les gens dans une approche méditative, parce que souvent, ils pratiquent avec l’idée d’un contrôle, ou bien d’un “maintien”. Dupés par la logique duelle et mensongère de leur personnage, ils s’imaginent être capables de surmonter l’illusion dont ils ne font que le jeu.

Notre Nature va bien. Elle n’a pas besoin d’être maintenue et encore moins de “quelqu’un” qui s’en charge. Si d’une façon ou d’une autre notre personnage intervient, comment pourra apparaître l’évidence de “ce qui Est”, de “ce” qui existe de lui-même, spontanément ?

[quote align= »left » color= »#999999″]Note : Parce que nous attendons quelque chose “d’autre”, quelque chose de “spécial”, l’ouverture spacieuse et l’éclat du vivant ne sont pas reconnus. Au lieu de cela, ils sont perçus comme “vide”, comme un “rien” insaisissable.

Lorsque nous rencontrons le caractère vide et ennuyeux de l’ouverture, comprenez que c’est encore le rôle qui expérimente ces perceptions. Ce n’est pas la vérité qui est vide, mais notre illusion et notre personnage. Arrêter de se projeter durant quelques instants ne fait pas que “celui” qui projette, ainsi que ses croyances, vont perdre toute force et disparaître. Pour un moment nous laissons notre jeu, mais sans être convaincus d’avoir à l’abandonner complètement. Nous voulons bien faire entrer un peu de vérité dans notre illusion, mais nous ne sommes pas prêts à libérer toute notre construction, à lâcher toute la tension et la crispation de notre personnage dans la vérité. À notre insu, nous tentons d’être l’acteur de notre libération, alors que la liberté c’est de se reconnaître libre de tout jeu.[/quote]

Autoconfirmation, autolibération…

Notre esprit a défini l’éveil : ce sera quand il sera plus là… ou plus au commandes.

D’ici là, il gère, et se promet de tout faire pour que « ça » arrive…

L’esprit veille, bien présent, dans « L’attente », pour être sur d’être là, et de bien comprendre, bien tout saisir, le jour de sa disparition… 🙂 !

Tant qu’il est là, « ça » n’est pas arrivé… alors il reste là, attentif, pour saisir quand « ça » arrivera… et tant qu’il est là…

Pendant ce temps, autour de cet esprit, nous sommes là, déjà là… en pleine réalité…

Tout ce jeu fait partie de la réalité, complètement, et ne l’altère en rien.

Aucune fin de ce jeu ne peut rien apporter, ou changer à la réalité

C’est autolibéré, ca se voit et se libère, de soi-même, sans intervention.

Donc c’est en effet la vérité qui libère tout, et ce ne sera pas nous…

Ainsi tout est achevé, avant que de commencer…

Ne pas en reprendre

Certains pensent qu’avec le temps, l’éveil finira par leur tomber dessus, comme “tout cuit dans le bec”. Cela arrive dans certains cas, mais c’est assez exceptionnel.

J’ai plutôt envie de dire que, si l’éveil et la libération ne sont pas en haut sur la liste de nos priorités, ils ne se produiront pas.

Lorsque l’on est en addiction, on ne lâche pas le morceau comme ça. Sortir de nos croyances réclame certains efforts, de l’endurance, de la persévérance, du courage… Il y a des rechutes, des passages à vide… Probablement que nous avons une formidable compréhension, une expérience des pièges que l’on rencontre tout au long de la quête. Cependant, si nous ne lâchons pas certains automatismes, certaines habitudes illusoires, aucun changement radical ne prendra place. Nous resterons coincés “entre deux chaises”. Cela peut durer longtemps.

Nous aimons dire qu’il n’y a “rien à faire” pour s’éveiller. C’est vrai, l’éveil se manifeste de lui-même. Toutefois, il s’agit de le permettre, afin de passer de la connaissance à l’évidence. Si nous continuons de “consommer” l’illusion, “d’en faire”, nous ne parviendrons pas à reconnaître, à réaliser l’autolibération, la Vérité spontanée. Tant que nous agitons l’eau, elle s’agite… sa nature absolue ne nous apparaît pas. Notre effort dans ce cas ne porte pas sur l’éveil, mais sur l’irrépressible envie de s’impliquer dans l’illusion.

La façon simple de se désintoxiquer, c’est de “ne pas en reprendre” et ce, jusqu’à en être libre.

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Note : Je suis convaincu que nombre d’entre vous ont une bonne compréhension, et pour certains, la reconnaissance de leur Nature. À présent, sommes-nous libres dans les faits ? Notre réalisation doit également se traduire dans l’action. Parce que notre illusion s’est propagée sur un plan trivial, c’est au cœur de la trivialité qu’il est nécessaire de libérer. Je conviens qu’il est possible de se libérer sur un seul déclic. Il existe des témoignages. Mais, la plupart du temps, notre addiction est tenace, elle s’est enkystée et nous devons nous y reprendre à plusieurs fois. 

Si vous vous arrêtez la première fois, vous n’aurez pas besoin d’une seconde fois. Si vous le faites la seconde, vous n’aurez pas besoin de la troisième… Cela se fera progressivement en fonction de la “solidité” de vos croyances et de votre détermination. Finalement, dans le fait de “s’arrêter”, nous n’atteignons rien de nouveau. Nous ne faisons que permettre un “état ordinaire”, ou l’expression naturelle de ce qui Est fondamentalement. C’est parce que vous re-vivrez le caractère immuable et parfait de votre Nature que s’imposera la réalisation, étant donné qu’il n’y a jamais rien eu d’autre.

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Note II : “Le beurre et l’argent du beurre”, on en revient à cette formule.

Nous aimons penser que si l’absolu englobe notre relatif, c’est bon, nous pouvons le garder comme il est. La seule chose, c’est qu’en agissant de la sorte, c’est le relatif, la vision étroite de l’absolu que nous continuons de vivre dans les faits. La “solidité” de notre illusion demeure intacte. Notre avancée consiste à nous satisfaire seulement d’une potentialité. Sinon, nous expérimenterions la liberté. Nous irions “au-dehors”, plutôt que de préférer notre vieille prison. Il est possible d’être libre dans sa prison. Cependant, si celle-ci est notre création, pourquoi à nouveau la recréer ? Pourquoi s’y enfermer ?

Toutes nos considérations dans l’illusion ont aussi la nature de l’illusion. C’est comme si c’était toujours l’illusion qui donnait la réponse. Bien sûr, c’est aussi l’illusion qui pose les questions, mais là, ça semble plus normal. Lorsque l’on vit l’impersonnalité, ça n’a rien a voir avec le costume, avec le théâtre et le jeu. Nous passons sur une autre dimension. Nous devenons le céleste plus que le terrestre. Nous réalisons que le bonheur réside en le Ciel (le Royaume), bien plus qu’en tous les objets qui s’y trouvent. Toutes ces choses, en fait, n’ont jamais fait que nous le montrer. La saveur du Bonheur céleste rend les bonheurs terrestres bien fades, pareils à de simples reflets. Aussi, leur attrait s’épuise de lui-même.

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Forme vide

Nous sautons de forme en forme en prenant soin d’éviter le fond. Nous adhérerons à de nouveaux concepts, plus subtils, mais finalement, notre référentiel reste le même.

Si la forme est le vide, pourquoi ne pas se contenter du vide, du non formé ? Pourquoi faire une distinction et ne pas voir le fond dans toutes formes ? Lorsque vous le verrez, c’est par jeu que vous bondirez, que vous “formerez” !

L'humour du “jeu”

C’est la vérité qui libère, pas “l’histoire”.

Il nous arrive d’aborder notre démarche spirituelle comme une sorte de challenge, comme une lutte contre l’illusion. Nous appuyant sur une certaine technicité et une volonté farouche pour mettre en œuvre certains principes… Il est important de bien comprendre que l’illusion n’est qu’illusion. Ce qui veut dire qu’elle n’existe pas, qu’elle est en nature aussi vide qu’un reflet. Toute action que nous dirigeons sur elle, lui donne du pouvoir, ne fait que renforcer son apparente solidité. Ainsi, le jeu duel est maintenu.

C’est dans l’adhésion naturelle et confiante en la perfection et en l’unité de la Nature, de la Présence, que la libération s’actualise. Elle se dérobe, lorsque s’exerce la moindre lutte, lorsque nous continuons de croire en la moindre de nos histoires, dialogues et “tricotages” avec le mental.

Il est difficile de comprendre que nous n’ayons pas à “faire quelque chose”. Aussi, entendez cette expression “ne pas faire” comme le fait de ne pas nourrir ou servir le rôle. Nous sommes semblables à des comédiens sur la scène de la vie. C’est par la croyance en notre jeu que nous sommes identifiés au personnage et prisonniers du décor. La façon d’y échapper est de ne plus investir et tenir dramatiquement le rôle. Plus directement, c’est Voir et admettre que tout ceci n’est pas vrai. Nous restons libres d’agir et d’occuper avec humour notre place dans le monde évanescent, voyant comme un rappel qu’à la fin de chaque acte, ainsi que chaque soir, le rideau tombe.

L'art de se distraire

Nous recherchons comment nous éveiller, sans pour autant lâcher nos distractions. Nous espérons changer, tout en conservant nos vieilles habitudes. Nous pensons que nos “passe-temps” n’ont pas beaucoup d’incidence. Pourtant, c’est à travers chacun d’eux que nous éludons l’ouverture de “l’instant”, que nous nous soustrayons du “vivant”. Continuer la lecture de « L'art de se distraire »