Le point brûlant

Il y a ici, un point brûlant que nous ne cessons d’esquiver. En même temps, ce point persiste. Il ne subit pas nos indécisions.

Nous disons de la vérité qu’elle éclate. Elle éclate parce qu’elle n’est pas notre fait. Notre fait c´est de la nier, c’est de nous croire différents et séparés d’elle. Tout cela n’est qu’une histoire avec nous-mêmes. Tout cela ne concerne pas la vérité qui Est.

Alors, qu’est-ce qui “Est”, malgré toutes nos histoires, indépendamment de tout ce que nous racontons ?

Avec Soi

Où que nous soyons, nous sommes avec nous-mêmes, avec Soi. Rien ne peut nous priver de cette relation, de cette appartenance. Nous seuls pouvons l’occulter, nous en détourner et l’ignorer. C’est dans cette attitude que nous souffrons et avons l’illusion d’un “personnage” et d’une séparation.

Nous sommes encombrés de nous-mêmes, de la présence à Soi naturelle, qui ressort lorsque nous sommes désœuvrés. Cette Ouverture spontanée et cognitive est immuable. Elle ne vient ni ne repart. Pourtant, obstinément, nous cherchons à l’occulter.

Comment espérer un éveil en maintenant un tel évitement ?

Au regard de notre réaction, nous pouvons comprendre comment l’Ouverture inobstruable remet en question notre posture de fermeture. L’éveil n’est pas une obtention du personnage ; il en est la libération.

Nature de l'illusion

À quoi nous éveillons-nous ? À la vérité ! Et la vérité est déjà là. C’est pour cela que l’on parle d’une “illusion” : illusion de la séparation, illusion de la dualité… À travers l’esprit conceptuel, il est facile de concevoir et d’appliquer notre propre grille de lecture du monde. S’illusionner c’est donner l’avantage à notre version de la vérité. Cependant, ce filtre ne change en rien la vérité de ce qui est. C’est pour cela que nous n’allons pas la “rétablir”, ou bien nous “hisser” jusqu’à elle. Plus simplement, nous allons cesser de lui substituer nos idées et nos projections.

Mettre fin à la substitution revient à constater, à reconnaitre, qu’en réalité celle-ci à toujours été factice. Au regard du réel, notre jeu mental n’a pas plus de pouvoir que celui des reflets sur l’eau.

La main dans le sac

Il est salutaire de se prendre “la main dans le sac”, de se surprendre en train de mettre et de solidifier l’idée d’un obstacle entre soi et la vérité. Voilà qui pourrait nous épargner la tromperie d’un “second”. C’est à partir de la vision duelle que se déploie l’histoire prenante d’une séparation entre l’un et l’autre.

Tout a la nature de la vérité, le grossier comme le subtil. Cela comprend nos états, nos pensées, nos croyances, nos réflexions, nos efforts, l’entièreté de ce que nous vivons… Ne voyons-nous pas que tout cela n’est que le jeu d’une même nature ? Rien n’apparaît hors de la flamme nourricière du vivant. En l’unicité, ce que nous pensons comme “autre”, “différent”, “négatif”, etc., n’est que conceptuel et ne peut former un obstacle.

Le mythe d'une séparation

Pour moi, il est important de dire et de redire ce que nous “sommes” et “là”, où nous sommes. Sinon, je m’adresse à une croyance et donne ainsi du crédit à ce qui n’est pas. L’une des choses les plus dévastatrices et irréversibles qui m’a frappé lors de la réalisation, a été de constater que, aussi loin remontait ma mémoire, j’avais toujours été ici, dans cet instant vivant, dans ce monde. C’est uniquement dans mon récit, dans le mental et ma logique conceptuelle, que j’avais “bougé”.

Quelle blague ! Malgré toutes nos entreprises, tous nos déplacements, nos gesticulations, nos gloires et nos échecs… Jamais, nous ne quittons la Présence. Nous demeurons ici, dans cet instant, au cœur du monde. Comment pouvons-nous croire le contraire ?

Comment dans ma recherche, tous ces maîtres que j’avais rencontrés et suivi l’enseignement m’avaient, nous avaient, laissé croire que nous étions ailleurs et séparés ? Quel était donc leur éveil, puisque eux aussi donnaient foi à un ailleurs et à la pratique d’un chemin pour “revenir” ? Bien que des textes bouddhistes affirment cette vérité absolue et immuable, dans les faits cela reste théorique. Il semble qu’à notre “niveau”, celle-ci ne sera possible que sous certaines “conditions”, plus tard dans un “autre temps” !?

Comme je l’ai déjà dit, il n’est pas nécessaire de prolonger le rêve, ni de le changer, ni de le finir, pour se réveiller. Cela revient à reprendre des somnifères. Il y a “ce que nous sommes” et “ce qui nous arrive”. Il y a l’océan et il y a les vagues. La Nature absolue ne dépend pas du relatif. Elle l’est déjà, et demeure ABSOLUE. Elle EST spontanément.

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Note : Quoi qu’il en soit, là, maintenant, n’êtes-vous pas “ici”, en vérité “ici” ?

En aucune façon nous ne bougeons d’ici, de la Présence. Aussi, nous devrions nous détendre… cela n’arrivera jamais !

Nous ne partons et ne revenons qu’en pensée et en rêve.

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Trouver sans le chercheur

Ce que nous appelons quête spirituelle ne se déroule pas dans les investigations du mental. Curieusement, il ne s’agit pas d’investir le monde abstrait, mais de réaliser que le concret est de nature abstraite. Le ciel ne se situe pas au-dessus de nos têtes. Il est absolument partout. Aussi, il est vain de le rechercher ailleurs, ou dans un autre temps.

La forme recherche le fond. La vague recherche l’océan. Nous nous croyons différents, séparés, mais il n’en est rien. Tant que nous suivons l’esprit discursif et les projections mentales, nous demeurons en retrait du réel où nous sommes, auquel nous appartenons. Le mental nous “isole” dans une subjectivité, dans une individualité, dans un rêve éveillé, alors que nous sommes simplement ici, dans ce présent, dans une êtreté spontanée libre de tout conditionnement.

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Note : Il ne s’agit pas de se “maintenir”, mais de réaliser “cela” qui déjà nous porte. Le but n’est pas de devenir un expert, mais de reconnaître et de s’oublier en “cela” que nous sommes spontanément, indépendamment de toute volition. Si notre quête n’aboutit pas, c’est parce que nous continuons de nous investir dans le mental, comme tous les êtres qui s’illusionnent. Nous ne faisons qu’ajouter des idées, des projets spirituels à notre histoire. Dans les faits, nous continuons de nous détourner de la Présence, de l’êtreté, en maintenant notre bulle de rêve. Aussi, l’important n’est pas de chercher, mais de trouver. Arriver ici, arriver dans ce vivant, est un réveil à “ce qui Est”. C’est passer de “notre monde” “au monde”, celui de l’imaginaire et des théories au concret, au vivant. C’est être en “live”.

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Sans “moi”

Ça marche sans nous… c’est parce que nous occupons la place que nous ne le voyons pas. C’est pourquoi nous devrions “laisser la place”. La main est bien plus qu’un poing, mais celui-ci ne le sait pas. Aussi, il trouve toujours une raison de s’accrocher. C’est en cela que lorsque nous essayons d’être présents nous faisons toujours un effort. Nous n’atterrissons pas. Nous ne laissons pas la Présence nous porter. “Celui” qui expérimente ne veut pas s’en aller. C’est un peu comme si la vague restait suspendue à regarder l’eau, gardant une certaine distance pour ne pas se mélanger. La croyance de la séparation, ou en un “second”, n’est donc pas démystifiée. C’est pourquoi la vague demeure en quête de l’océan.

La finalité de mourir dans la forme est de se redécouvrir en l’origine du fond. Ne meurt que ce qui est relatif, impermanent et voué à disparaître, sublimant ainsi l’éclat de la Nature immuable.

Signe d'appartenance

Que nous nous sentions dignes ou indignes, acceptés ou rejetés, notre appartenance au monde ne change pas, ne s’altère pas. Tout ce qui advient, favorable ou défavorable, marque et signifie cette appartenance. Finalement, la reconnaître, c’est constater notre présence, notre émanation, et aussi que rien ne pourrait être sans elle. Toute tentative de faire quelque chose pour qu’elle existe ou pour la confirmer, ne vient que dans un second temps, ne servant qu’à valider la croyance d’une séparation.

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